— Le scribe d’un navire sidonien, répondit fièrement Hannon, est l’égal des rois de la terre. Je ne reconnais au-dessus de moi que les dieux et mon capitaine.

— Quand il serait le dernier des matelots, dit Chryséis, mon cœur est à lui. Dzeus le veut ainsi, et sa déesse Astarté m’a déjà sauvée du péril.

— Tu veux donc encore, s’écria le Dorien, t’exposer à la fureur des mers et courir au-devant de la colère des dieux qui envoient des monstres ? Regarde là-bas, la mer sombre et menaçante, et ici, les fraîches montagnes, les riantes prairies, les forêts ombreuses.

— Roi des Doriens, dit Chryséis en souriant, la mer contient des merveilles que tu ne connais pas, et la déesse Astarté, qu’Hannon m’apprit à révérer, la déesse qui m’unit à lui, me montre dans les vagues des pays aussi riants que les prairies et les montagnes.

— Vive Astarté ! s’écria Hannon en attirant Chryséis sur sa poitrine. Un marin de Sidon, n’eût-il que son écritoire, lui plaît davantage qu’un roi entouré de guerriers. Chryséis, Chryséis, regarde nos navires qui se balancent là-bas ; vois comme ils sont beaux et gracieux ! N’entends-tu pas la déesse t’appeler du fond des eaux ? Fi de la terre !

— Et toi, roi des Phéaciens, me dit le Dorien, t’en tiens-tu là ? C’est ton dernier mot ?

— La fille a parlé, répondis-je. La volonté des dieux s’est révélée par sa bouche. J’en rends grâce à mon Astarté et ton Dzeus ! »

Le roi monta sur son char avec colère, et s’éloigna rapidement, sans détourner la tête.

« Aujourd’hui, dit Hannon à Chryséis en revenant à bord, je t’ai vraiment conquise. Maintenant, que pouvons-nous craindre ? La dame des cieux t’a faite sa prêtresse, et tu protéges nos navires.

— Haute la voile ! criai-je de mon banc, et vous, rameurs, nagez ferme ! »