Homêros.
— La sagesse d’Hannibal, dit Hannon, m’a toujours rempli d’étonnement : j’ai la conviction qu’il serait tout à fait propre à servir de singe à ce chanteur.
— Nous sommes tous comme cela à Arvad, répondit modestement Hannibal. Si je comprenais le langage du vieillard, je pourrais parfaitement faire tous les gestes, aussi bien et même mieux que n’importe quel singe. »
VIII
Des prouesses que nous fîmes contre les Phokiens.
Dans l’après-midi, après avoir fait nos adieux à nos compatriotes qui se chargèrent de nos commissions et d’une lettre que je fis écrire pour le roi Hiram, je fis voile vers l’est, profitant du vent favorable. Je me dirigeai d’abord au nord, pour passer entre Céphallénie et Leucade. De là je n’avais plus qu’à courir directement à l’est, pour arriver sur la pointe sud du grand golfe des Iapyges. Le Cabire, qui nous précédait d’environ dix stades, contourna le premier la pointe nord de l’île de Céphallénie. Comme nous arrivions à notre tour et que la pointe de l’île nous masquait encore le Cabire, il me sembla que j’entendais, dans sa direction au loin, des cris et des appels de trompette. Je fis mettre les rameurs en place et forcer de vitesse. En dépassant la pointe de l’île, les cris et les sonneries devinrent plus distincts. Je fis aussitôt sonner l’alarme à mon tour et faire les préparatifs de combat. Quand la côte de Céphallénie m’eut démasqué la vue, j’aperçus le Cabire, à moins de six stades de nous, entouré de plus de vingt grandes barques hellènes, qui grouillaient autour de lui. Il y en avait bien une cinquantaine d’autres, qui arrivaient en débandade du sud de l’île. Elles l’avaient contournée par l’ouest, pendant que nous la longions par l’est, ce qui nous avait empêchés de les voir ; le Cabire, en doublant la pointe, était tombé au milieu d’elles, comme dans une embuscade, sans quoi sa vitesse lui aurait permis de se tenir aisément hors de portée et de ne pas se laisser entourer.
Le Cabire nous précédait d’environ dix stades.
Le tonnage du Cabire était trop faible pour qu’il pût être muni d’un éperon, de sorte qu’il se défendait à coups de flèches et de traits, tournant sans cesse en cercle pour éviter les tentatives d’abordage. Il avait d’ailleurs été complétement surpris, n’ayant vu les Hellènes qu’au moment où il se trouvait déjà au milieu d’eux.