L’une de ces barques s’engloutit, brisée par le choc ; une grêle de pierres, de traits et de pots à feu tomba, du haut du Dagon, sur la fourmilière qui montait à l’assaut de l’Astarté.

Je fis un signal aux timoniers et à quelques matelots qui étaient remontés à l’arrière, déblayé d’ennemis. D’autres se jetèrent aux rames, par les panneaux ; le peu d’ennemis qui avaient osé descendre dans l’entrepont furent écharpés en un instant, et l’Astarté, virant brusquement de bord, bouscula les barques pressées autour d’elle et vint ranger le Dagon, puis, tournant encore, nous allâmes prendre le Cabire au milieu de nous. Hannibal remonta sur notre pont avec une vingtaine d’hommes et aida à dépêcher les Hellènes qui s’y trouvaient encore et qui firent une défense désespérée. Puis nous coulâmes une grande barque ; deux autres furent abandonnées par leur équipage qui se jeta à la mer, saisi de frayeur, et nagea vers celles des barques qui s’enfuyaient en toute hâte, accompagnées par les flèches de Bicri et de ses archers.

Nous nous dirigions vers le grand convoi dont trois barques, abandonnées par leur équipage, se balançaient au gré des flots. En me penchant par-dessus la poupe, je vis, à ma grande surprise, notre barque, attachée derrière nous, qui était remplie d’Hellènes armés. Je fis signe à Bicri, qui accourut avec quelques archers. L’un des Hellènes, sa faucille à la main, allait justement couper la remorque ; une flèche, qui lui traversa la gorge, l’en empêcha.

« Bas les armes, vous autres ! » criai-je en ionien.

Les hommes qui s’étaient malencontreusement jetés dans la barque pour monter à l’abordage, et qui n’avaient pas eu le temps de s’en aller, me répondirent par une nouvelle tentative de couper la remorque, mais elle n’eut pas plus de succès que la première ; une nouvelle flèche de Bicri l’arrêta court.

« Faut-il les enfiler tous ? me dit l’archer en remettant une flèche sur sa corde.

— Non pas, lui répondis-je. Ce sont des hommes vigoureux. Cela se vend très-bien à Carthage. Ne gâtons pas la marchandise. »

Je les sommai encore une fois de se rendre, mais inutilement. L’un d’eux me jeta sa lance, qui me rasa l’épaule, et un autre, voyant l’affaire désespérée, sauta à la mer, où il s’est vraisemblablement noyé, car nous étions encore assez loin de la côte.

Il en restait quinze. Je les fis haranguer en leur langage par Chryséis et par Hannon, dont l’éloquence eut plus de succès. Hannon, sur mes ordres, leur promit qu’on les conduirait dans un pays dont le roi les prendrait à sa solde comme guerriers, et qu’ils y seraient bien traités et bien nourris. Ils me livrèrent alors leurs armes, que je fis hisser par un grelin, puis, leur ayant jeté un bout de manœuvre, ils montèrent sur le pont un à un, très-humiliés et médiocrement rassurés.