MILLE.

Orth. vic. Marot est mort en l’an mille cinq cent quarante-quatre.
L’an deux mille deux cent neuf du monde.
Trois mil hommes arrivèrent au secours de la ville.
Orth. corr. Marot est mort en l’an mil cinq cent quarante-quatre.
L’an deux mil deux cent neuf du monde.
Trois mille hommes arrivèrent au secours de la ville.

Tous les grammairiens reconnaissent que le mot mil doit s’écrire ainsi lorsqu’il exprime une date, un millésime. Domergue, suivi par Laveaux, veut cependant que l’on écrive mille lorsque ce mot est multiplié par un autre nom de nombre. Il suit de là que Mercier, qui a intitulé un de ses ouvrages: L’an deux mille quatre cent quarante aurait bien écrit mille en deux syllabes, tandis que notre Béranger, dans sa jolie chanson de la Prédiction de Nostradamus, aurait fait un solécisme:

En l’an deux mil, date qu’on peut débattre, etc.

Selon nous le contraire a lieu. Le solécisme est à Mercier, et la pureté de langage à Béranger, poète correct s’il en fut jamais. Béranger aura probablement été guidé en cette circonstance par cette admirable justesse d’esprit qui l’a toujours distingué, non-seulement des chansonniers, ses prétendus confrères, mais de presque tous les poètes de notre époque, et nous sommes un peu fâché, nous l’avouerons, de voir des grammairiens distingués vaincus dans leur spécialité par un poète. Pourquoi ces grammairiens s’avisent-ils aussi d’être inconséquens?


MINABLE.

Locut. vic.Son ami a l’air bien minable.
Locut. corr.Son ami a l’air bien pauvre.

Nous repoussons ce mot parce que nous ne le croyons réellement digne que d’un langage minable. Nous ne l’avons jamais lu dans un ouvrage bien écrit, ni entendu dans la conversation des gens bien élevés. En vérité notre langue peut bien faire le sacrifice d’un terme de mépris pour la pauvreté; elle en a tant d’autres à sa disposition.