Ce mot n’est pas français à Paris, mais il l’est toujours en province. Un nouvel arrivé dans la capitale s’informe d’un restaurat; on le mène au restaurant, où il dîne fort bien, absolument comme dans un restaurat. Cela n’empêche pas l’ingrat de demander le lendemain le chemin du restaurat.

Restaurat a été expulsé de nos dictionnaires, et, plaisanterie à part, on pourrait avoir quelque droit de s’en étonner, lorsqu’on y trouve le mot restaurateur, qui, dans son acception culinaire, vient évidemment de restaurat et non de restaurant. C’est encore là un des mille caprices de l’usage.


RESTER.

Locut. vic. Vous êtes resté trois jours chez moi.
Nous l’avons quitté hier: il a resté à Lille.
Locut. corr. Vous avez resté trois jours chez moi.
Nous l’avons quitté hier: il est resté à Lille.

Rester prend l’auxiliaire avoir quand il exprime une action, quand le sujet n’est plus au lieu dont on parle. Il a resté deux jours à Lyon. (Académie.) J’ai resté sept mois à Colmar sans sortir de ma chambre. (Voltaire.) Il prend l’auxiliaire être, quand il exprime l’état de séjour du sujet, quand le sujet est encore dans le lieu dont on parle. Je l’attendais à Paris, mais il est resté à Lyon. (Académie.)


RESTER.

Locut. vic. Je reste dans la même maison que lui.
Tous mes amis sont restés à la campagne.
Locut. corr. Je loge dans la même maison que lui.
Tous mes amis sont demeurés à la campagne.

Rester ne peut jamais s’employer pour loger, et loger ne doit pas s’employer indifféremment pour demeurer. «Demeurer se dit par rapport au lieu topographique où l’on habite, et loger par rapport à l’édifice où l’on se retire. On demeure à Paris, en province, à la ville, à la campagne. On loge au Louvre, chez soi, en hôtel garni.