Nos codes n’ont certainement pas le pouvoir de forcer personne à remplir les fonctions de vidangeur. On conviendra cependant que, sans tourmenter en aucune façon le sens des mots, c’est exactement ce qu’on pourrait inférer de l’arrêt que nous venons de citer, en le prenant à la lettre. Aussi sommes-nous persuadé que cette dégoûtante expression de vider les lieux disparaîtra quelque jour du style judiciaire.
«La langue française, a dit fort judicieusement Andry de Boisregard (Réfl. sur l’usage prés. de la langue française), est, à proprement parler, la plus modeste de toutes les langues; elle rejette non seulement toutes les expressions qui blessent la pudeur, mais encore celles qui peuvent recevoir un mauvais sens. Nos écrivains les plus polis vont en cela jusqu’au scrupule, et un mot devient insupportable parmi nous dès qu’il peut être interprété en mal.
VIE.
| Locut. vic. | C’est défendu sous peine de vie, sous peine de la vie. |
| Locut. corr. | C’est défendu sous peine de mort. |
La mort est une peine qu’on peut infliger; la vie n’en est pas une. C’est donc sous peine de mort que l’on doit dire.
L’Académie regarde l’expression sous peine de la vie comme elliptique, et elle a raison: cela signifie sous peine de perdre la vie. Mais pourquoi préférer une construction elliptique à une construction pleine? La peine de la perte de la vie n’est-elle pas la peine de mort?
VIN.
L’abbé Delille questionnait un jour l’abbé Cosson sur la manière dont il s’était comporté dans un grand dîner auquel il avait assisté chez l’abbé de Radonvilliers. Le premier de ces abbés était, comme on sait, un homme de cour; le second un simple professeur, peu au fait des usages du grand monde. Aussi l’abbé Delille trouva-t-il dans les réponses de son ami un ample sujet de critique. Après maintes questions: «Vous ne dites rien de votre manière de demander à boire», ajouta-t-il. «J’ai, comme tout le monde, demandé du Champagne, du Bordeaux, aux personnes qui en avaient devant elles.—Sachez donc qu’on demande du vin de Champagne, du vin de Bordeaux.» (Berchoux, la Gastronomie, poëme, ch. II, notes.)