L’usage, comme Racine, paraît aussi préférer cette expression. Nous croyons cependant cette opinion plus spécieuse que solide. Jusqu’aujourd’hui, se sera-t-on dit probablement, est composé des mots jusques à le jour de hui, lesquels, par des contractions fort communes dans notre langue, ont été amenés à ne plus présenter à l’œil qu’un seul mot. Or, si vous disiez jusqu’à aujourd’hui, en faisant la décomposition de ce mot ne trouveriez-vous pas un pléonasme? n’auriez-vous pas la préposition à deux fois, jusques à à le jour d’hui? Voilà, nous l’avouons, un raisonnement qui est fort juste, mais voici ce que nous répondons. Aujourd’hui est un mot qui doit être à la vérité considéré comme composé lorsqu’il s’agit d’étymologie, mais que la grammaire ne veut et ne peut, dans l’usage ordinaire, considérer que comme un seul mot, sans nul égard pour les élémens qui le composent. Ce qui le prouve évidemment c’est son emploi dans ces expressions: d’aujourd’hui, depuis aujourd’hui, qui, soumises à l’analyse, donneraient de à le jour d’hui, depuis à le jour d’hui, ce qui serait souverainement ridicule. On sentira que, pour être conséquent, celui qui dira jusqu’aujourd’hui devra dire du jour d’hui, à compter du jour d’hui. Mais ce n’est pas ainsi que l’usage veut qu’on s’exprime. Il veut qu’on dise d’aujourd’hui, et, comme il ne s’oppose pas formellement à ce qu’on dise jusqu’à aujourd’hui, puisqu’on en trouve des exemples dans de bons auteurs: supposons qu’il ne soit arrivé aucun changement dans les cieux jusques à aujourd’hui (Fontenelle. Entr. sur la plur. des mondes), nous nous prononçons décidément en faveur de cette locution, afin surtout d’établir une contradiction de moins dans notre langue qui en a déjà tant.—Aujourd’hui est maintenant un seul mot, un adverbe, comme demain, hier, et l’on doit dire jusqu’à aujourd’hui comme on dit jusqu’à demain, jusqu’à hier. Vaugelas, qui est d’un sentiment contraire au nôtre sur la locution jusqu’aujourd’hui, dit à la fin de sa cinq cent quatorzième remarque: «Il y a pourtant certains endroits où non-seulement on peut dire à aujourd’hui, mais il le faut dire nécessairement, comme on m’a assigné à aujourd’hui, et non pas on m’a assigné aujourd’hui; car ce dernier mot serait équivoque, ou, pour mieux dire, il ne signifierait pas que l’on m’a assigné à aujourd’hui, mais que c’est aujourd’hui qu’on m’a assigné. De même on a remis cette affaire aujourd’hui ne serait pas bien dit pour dire on a remis cette affaire à aujourd’hui. Il y aurait dans l’intelligence de ces paroles: on a remis cette affaire aujourd’hui le même vice et le même inconvénient qu’en celles-ci: on m’a assigné aujourd’hui.»
AU PARFAIT.
| Locut. vic. | Je me porte au parfait. |
| Locut. corr. | Je me porte parfaitement. |
Féraud a accueilli cet adverbe blâmé par Voltaire, mais en y ajoutant cette note assez plaisante dans un dictionnaire, adverbe à la mode, et qui paraît prouver qu’il ne s’en servait qu’avec quelque répugnance.
L’Académie ne l’admet pas dans son dictionnaire.
AUSSITOT.
| Locut. vic. | Aussitôt la lettre écrite, le courrier partit. |
| Locut. corr. | Dès que la lettre fut écrite, le courrier partit. |
On ne peut donner à l’adverbe aussitôt un complément qui ne convient qu’à une préposition. Laveaux tolère l’emploi de cette phrase de commerce: aussitôt votre lettre reçue, j’ai fait votre commission. Cette tolérance est blâmable.