Bientôt vous aurez le renom 3853
D'un lâche et d'un stupide ânon
Que le premier trompeur enjôle!
Peur à son tour prit la parole:
Peur.
Certes, je m'étonne, Danger,
De vous voir si sot, si léger.
Dit-elle, en votre surveillance;
Il vous en cuirait fort, je pense,
Si de Jalousie en devait
L'ire grandir, que chacun sait
Si dure et cruelle et sévère.
Elle a tancé Honte naguère
Et d'ici Bel-Accueil chassé
De ses menaces tout glacé,
Disant: Je n'aurai nulle joie
Qu'en prison tout vif ne le voie.
Or, c'est par pure lâcheté
Que vous l'avez si bien traité.
Le coeur vous a manqué sans doute,
Mais grands maux pour vous je redoute
Et grandes peines désormais,
Si Jalousie or je connais.
L'Auteur.
Lors le vilain lève la hure,
Frotte ses yeux et sa figure,
Fronce le nez, roule les yeux,
Et puis soudain tout furieux
Voyant ainsi qu'on le malmène:
Dangier.
Bien puis, fet-il, vis forcener, 3872
Quant vous me tenés por vaincu.
Certes or ai-ge trop vescu,
Se cest porpris ne puis garder:
Tout vif me puisse-l'en arder,
Se jamès homs vivans i entre.
Moult ai iré le cuer où ventre,
Quant nus i mist onques les piés;
Miex amasse de deux espiés
Estre ferus parmi le cors.
Ge fis que fox, bien men recors,
Or l'amenderai par vous deus,
Jamès ne serai pareceus
De ceste porprise deffendre;
Se g'i puis nului entreprendre,
Miex li vausist estre à Pavie.
Jamès à nul jor de ma vie
Ne me tendrés por recréant,
Ge le vous jur et acréant.
L'Amant.
[Voir image]
Lors s'est Dangier en piés dreciés,
Semblant fet d'estre correciés;
En sa main a ung baston pris,
Et va cerchant par le porpris
S'il trovera partuis, ne trace,
Ne sentier qu'à estouper face.
Dès or est moult changié li vers:
Car Dangiers devient moult divers,
Et plus fel qu'il ne soloit estre.
Mort m'a qui si l'a fait irestre,
Danger.
Je puis bien être fou sans peine, 3880
Dit-il, quand on me dit vaincu,
Et j'ai trop jusqu'ici vécu
Si ne puis garder une haie.
Qu'à présent un seul homme essaie
D'entrer; dussé-je vif rôtir,
Il n'en pourra vivant sortir.
J'ai trop de coeur et d'ire au ventre;
Que de deux glaives on m'éventre
Si quelqu'un les pieds y remet.
Oui, bien fol j'étais en effet.
Grâce à vous, je puis ma paresse
Réparer; dès lors sans faiblesse
Je veux surveiller ce pourpris,
Et le premier qui sera pris
Mieux lui vaudrait être à Pavie.
Jamais à nul jour de ma vie
Ne me tiendrez pour fainéant,
Je vous le jure par serment.
L'Amant.
Lors Danger sur ses pieds se dresse,
Feignant grand' fureur et rudesse.
Un bâton dans sa main a pris
Et va cherchant par le pourpris,
Afin, s'il trouve d'aventure
Pertuis ou trace en la clôture
Ou sentier, d'y mettre renfort.
J'ai vu soudain changer mon sort;
Pour moi Danger si bon naguère
Est plus félon qu'à l'ordinaire.
Car ge n'aurai jamès lesir 3901
De véoir ce que je desir.
Moult ai le cuer du ventre irié
Dont j'ai Bel-Acueil adirié;
Et bien sachiés que tuit li membre
Me fremissent, quant il me membre
De la Rose que ge soloie
De près véoir quant ge voloie;
Et quant du baisier me recors,
Qui me mist une odor où cors
Assés plus douce que n'est basme,
Par ung poi que ge ne me pasme:
Car encor ai où cuer enclose
La douce savor de la Rose.
Et sachiés quant il me sovient
Que à consirrer m'en convient,
Miex vodroie estre mors que vis.
Mar toucha la Rose à mon vis
Et à mes yex et à ma bouche,
S'Amors ne sueffre que g'i touche
Tout de rechief autre fiée,
Se j'ai la douçor essaiée,
Tant est graindre la covoitise
Qui esprent mon cuer et atise.
Or revendront plor et sopir,
Longues pensées sans dormir,
Friçons, espointes et complaintes,
De tex dolors aurai-ge maintes,
Car ge sui en enfer chéois.
Maie-Bouche soit maléois!
Sa langue desloiaus et fauce
M'a porchaciée ceste sauce.