[p. XXXI] Reste la tour à prendre. Les assaillants cherchent encore à user de ruse. La Vieille, qui garde Bel-Accueil, passe à l'ennemi, revient trouver son prisonnier avec des présents de l'Amant, et fait tous ses efforts pour le corrompre et le séduire. Bel-Accueil résiste d'abord aux conseils de la Vieille et refuse. Mais elle insiste; il finit par accepter et consent à recevoir l'Amant. Celui-ci arrive aussitôt et va voir combler tous ses voeux. Mais Danger veille. Aidé de Honte et Peur, il accourt, et tous trois se précipitent sur l'Amant. Ils vont l'étrangler, lorsque l'armée de Dieu d'Amours entend ses cris de détresse et vient à la rescousse. Une bataille s'engage. Mais la victoire reste indécise; les pertes sont grandes, surtout dans l'ost d'Amour, et l'on convient d'une trêve de part et d'autre, tout en restant chacun dans ses positions. Amour profite du répit, et aussitôt envoie prévenir Vénus sa mère de sa position critique. Vénus arrive au moment où son fils vient de rompre la trêve et de recommencer le combat. Mais elle et son fils eussent sans doute succombé sans l'intervention de Nature, qui vient réclamer ses droits. Désolée, celle-ci court à son prêtre Génius, se plaint à lui qu'on lui fasse tel outrage et l'envoie au secours de l'Amant. Génius arrive, relève le courage des assaillants et disparaît. L'assaut recommence, et Vénus incendie la tour de son brandon ardent. Panique générale; toute la garnison fuit abandonnant la place. Franchise et Pitié conduisent alors l'Amant à Bel-Accueil, et celui-ci peut enfin cueillir la Rose.

Avant de passer à l'examen détaillé de tout l'ouvrage, nous ferons remarquer au lecteur que la partie de Guillaume de Lorris contient environ 4,500 vers, celle de Jehan de Meung à peu près 19,000.

[p. XXXII] Cette énorme disproportion surprend tout d'abord. Mais en lisant ce qui va suivre, le lecteur s'expliquera bien vite cette étrange anomalie. Nous nous dispenserons pour le moment de réflexions sur ce sujet; elles trouveront naturellement leur place à la fin de ce travail.


ANALYSE DÉTAILLÉE.

PARTIE DE GUILLAUME DE LORRIS.

Cette analyse a pour but de faire bien saisir la pensée de l'auteur, en la dégageant des mille allégories dans lesquelles il s'est plu a l'envelopper.

CHAPITRE I.

L'Amant s'endort à la fin d'une belle journée de printemps. Il voit en songe une prairie magnifique, toute couverte de fleurs et de buissons verdoyants, où mille oiselets chanteurs font entendre leurs cris d'allégresse. Cette prairie est traversée par une rivière délicieuse, dont la source est proche, car l'onde est fraîche et pure. L'Amant ravi se prend à suivre tranquillement la rive.

GLOSE.