Les yex ot plus vairs c'uns faucons.
Vair, vairon, vairs, varons, vayron, veiron, veirs, ver, verz; au féminin vaire, vert: mots appliqués à tout ce qui était de couleurs différentes ou changeantes; d'où le nom de vairons, donné à de petits poissons que l'on voit sur le bord des rivières, parce qu'ils sont de différentes couleurs et changeantes; fourrure de couleur gris blanc mêlé, et fort recherchée des anciens Français, qui fut ainsi nommée de varius, qui signifie varié, et non pas de variola, [p.288] comme le dit Borel. On dit aussi: yeux vairs, pour: yeux bleus, parce que, comme dans la fourrure vaire, ils sont parsemés de petits points blancs. On appelle encore des yeux de différentes couleurs des yeux vairons. La Ravallière, dans les Chansons du Roy de Navarre, tome I, page 451, trompé par l'orthographe, a cru que le mot vair signifiait couleur verte, viridis; il s'étonne de ce qu'on ne trouve plus d'yeux verts, et comment la nature peut en avoir formé de pareils; il invite les philosophes à examiner pourquoi ce phénomène n'arrive plus. Ronsard, qui florissait sous Charles IX et Henri III, est tombé dans la même erreur. Voyez son ode à M. Peltier.
«Mestre Robert ... me dit: Je vous veil demander se le Roy se séoit en cest prael, et vous vous aliez séoir sur son banc plus haut que li, se on vous en devroit bien blasmer, et je li dis que oil; et il me dit: Dont faites-vous bien à blasmer, quant vous estes plus noblement vestu que le Roy; car vous vous vestez de vair et de vert, ce que le Roy ne fait pas; et je li diz: Mestre Robert, salve vostre grace, je ne foiz mie à blasmer, se je me vest de vert et de vair, car cest abit me lessa mon pere et ma mere; mais vous faites à blasmer, car vous estes filz de vilain et de vilaine, et avez lessié l'abit vostre pere et vostre mere, et estes vestu de plus riche camelin que le Roy n'est.» (Joinville, Histoire de saint Louis.)
On voit par cette citation que Joinville fait la distinction de l'étoffe vaire et de la couleur verte; le Roman de la Rose, cité au mot Pers, l'a faite aussi; lé Reclus de Moliens, cité au mot Aversaire, compare [p.289] le diable à un geai vair: tout le monde connaît cet oiseau, et l'on sait qu'il n'en fut jamais de couleur verte. Dans les citations suivantes, on verra quelles étaient les qualités qu'il fallait posséder pour être mis au rang des belles:
Ot vairs iex, rians et fendus,
Les bras bien fès et estendus,
Blanches mains longues et ouvertes,
Aux templieres que vi apertes
Apparut qu'ele ot teste blonde.
(Fabliau, ms. n° 7218, f° 280 v°, col. I.)
Les iex ot vairs corne cristal.
(Fabliau de Gombert et des deux clercs.)
Vairs ot les leux, et les crins blois.
(Roman de la Violette.)
Le palefroy vair était un cheval gris pommelé, ou de différentes couleurs. Huon le Roy, poète du XIIIe siècle, a fait un lay intitulé: Le vair Palefroy; il fait partie de la nouvelle édition des Fabliaux de Barbazan qu'on vient de publier. On ne présumera pas qu'un cheval ait jamais été de couleur verte, à moins qu'on ne l'ait peint. Dans le Fabliau des chevaliers, des clercs et des vilains, l'un des chevaliers est monté sur un dextrier vairon, parce qu'il était de couleurs différentes, et non pas, comme le dit le Père Joubert, parce qu'il avait un oeil de couleur différente de l'autre. Penne vaire, plume tachée de noir et de blanc ou d'autre couleur; menu vair, étoffe ou fourrure dont les taches étaient très-petites, de façon que l'on avait peine à distinguer laquelle des couleurs était la plus dominante. (Glossaire de la langue romane, par Roquefort, t. II, p. 680.)
NOTE 17, pages [38]-[39]. [p.290]
D'orfrois ot ung chapel mignot.
Orfrois, dentelle d'or ou d'argent, point d'Espagne. (F.M.)