Par cette commission, Keux réunissoit en sa personne les deux plus grandes charges de l'État: comme gonfanier, il portoit la grande bannière, et comme sénéchal, il étoit le grand maître de la maison du roi, ce que l'on appeloit Dapifer et princeps coquorum, ou grand-queux.

Cette charge de grand maître était considérable, puisque ceux qui en étoient revêtus signoient les actes de conséquence, comme on le voit dans plusieurs chartres.

Keux étoit encore maître-d'hôtel, ce qui se prouve par un passage du Roman de Merlin, chap. 107:

«Et lors vecy venir Keux le sénéchal, et le villain le veit, et lui dit: damps sénéchal, tenez ses oyseaux, si les donnez ce soir à souper à vostre roi.»

Sénéchal se prenoit aussi pour un pourvoyeur.

Judas estoit sénéchaux des apôtres,

dit un autre roman de Merlin. [p.305]

Juda Schariot era camerlingo et despenciere de beni loro (les apôtres) dati per Dio,» dit un auteur italien.

Aujourd'hui le sénéchal est la même chose que le grand-bailli. Sénéchal vient du mot celtique seniesscalc ou senikschal, c'est-à-dire officier de la famille expérimenté dans le gouvernement d'une maison.

Cette charge se donnoit anciennement à des chevaliers déjà âgés. (Lantin de Damery.)