Le fons de l'iave de gravele; 123
La praérie grant et bele
Très au pié de l'iave batoit,
Clere et serie et bele estoit
La matinée et atrempée:
Lors m'en alai parmi la prée
Contre val l'iave esbanoiant,
Tot le rivage costoiant.
II
Ci raconte l'Amant et dit:
Des sept ymaiges que il vit
Pourtraites el mur du vergier,
Dont il li plest à desclairier
Les semblances et les façons,
Dont vous porrez oïr les nons.
L'ymaige premiere nommée,
Si estoit Haïne apelée.
Quant j'oi ung poi avant alé,
Si vi ung vergié grant et lé,
Tot clos d'ung haut mur bataillié,
Portrait defors et entaillié
A maintes riches escritures,
Les ymages et les paintures
Ai moult volentiers remiré:
Si vous conteré et diré
De ces ymages la semblance,
Si cum moi vient à remembrance,
HAINE.
Ens où milieu je vi Haïne
[Voir image]
Qui de corrous et d'ataïne
Et jusqu'au pied de l'eau battait; 125
Or comme claire et douce était
Et sereine la matinée,
Parmi la plaine diaprée,
Sans but, je suivis le courant,
Tout le rivage côtoyant.
II
Ici, l'Amant en quelques pages
Va raconter les sept images
Qu'il vit sur les murs du verger.
Il va sous nos yeux les ranger;
Puis leurs façons et leurs postures,
Leurs costumes et leurs figures
Avant peindre, il les nommera,
Par la Haine il commencera.
Quand je fus à quelque distance,
J'aperçus un verger immense
Tout clos d'un haut mur crénelé,
Par dehors peint et ciselé
De maintes riches écritures.
Les images et les peintures
Je pus à mon aise admirer;
Or, je vais peindre et vous narrer
De ces images la semblance
Telle qu'en ai la souvenance.
HAINE.
La Haine au milieu se dressait.
Tout d'abord en elle on sentait