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On n'eût su trouver certes guère 563
Plus beau corps de femme sur terre.
Un frais chapel doré portait[17b];
Nulle part pucelle n'était
Plus gracieuse et plus jolie;
Ses charmes tretoute ma vie
A dépeindre ne suffirait.
Robe élégante la drapait.
Sur son chapel, fraîches écloses,
Courait un chapelet de roses,
En sa main un miroir brillait,
Un riche peigne maintenait,
Surmontant sa riche coiffure,
Les tresses de sa chevelure.
Enfin d'un riche vert de Gans
Était sa cote, et des gans blancs
Gardaient du hâle ses mains blanches;
A lacets étaient ses deux manches,
Un cordon régnait tout autour.
Bien semblait-elle à son atour
N'être pas trop embesognée;
Car était faite sa journée
Quant ses cheveux avait peigné,
Paré son corps et atourné.
Bon temps et douce servitude!
Sans souci, sans inquiétude,
Rien ne l'occupait seulement
Que s'atourner moult noblement.
Quand ainsi m'eut ouvert la porte
Du jardin la pucelle accorte,
Je lui dis merci doucement,
Et puis lui demandai comment
Elle avait nom, qui était-elle.
Ne fut pas fière la pucelle

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Ne de respondre desdaigneuse: 595
Je me fais apeler Oiseuse,
Dist-ele, à tous mes congnoissans;
Si sui riche fame et poissans.
S'ai d'une chose moult bon tens,
Car à nule riens je ne pens
Qu'à moi joer et solacier,
Et mon chief pignier et trecier:
Quant sui pignée et atornée,
Adonc est fete ma jornée.
Privée sui moult et acointe
De Déduit le mignot, le cointe:
C'est cil cui est cest biax jardins.
Qui de la terre as Sarradins
Fist çà ces arbres aporter,
Qu'il fist par ce vergier planter.
Quant li arbres furent créu,
Le mur que vous avez véu,
Fist lors Déduit tout entor faire,
Et si fist au dehors portraire
Les ymages qui i sunt paintes,
Qui ne sunt mignotes ne cointes;
Ains sunt dolereuses et tristes,
Si cum vous orendroit véistes.
Maintes fois por esbanoier
Se vient en cest leu umbroier
Déduit et les gens qui le sivent,
Qui en joie et en solas vivent.
Encores est léens sans doute
Déduit orendroit qui escoute
A chanter gais rossignolés,
Mauvis et autres oiselés.
Il s'esbat iluec et solace
O ses gens, car plus bele place

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Et répondit incontinent: 597
«De tous mes intimes vraiment
Je me fais appeler Oyseuse,
Je suis riche, puissante, heureuse;
Car tout le jour j'ai moult bon temps
Et veille à mes ajustements;
Quand ma toilette est terminée,
Tout le reste de la journée
Tranquille passe à mon plaisir,
A jouer, à me divertir.
De Déduit suis la bonne amie,
Charmante et douce compagnie,
Le maître de ces beaux jardins.
De la terre des Sarrazins
Il fit jadis venir les plantes
En ce verger si florissantes.
Quand tous ces arbres furent grands,
Ce mur, qu'avez dû voir céans,
Alors Déduit fit autour faire,
Et par dehors y fit pourtraire
Ces peintures et ces tableaux
Qui ne sont séduisants ni beaux,
Mais pleins de tristesse et misère,
Ainsi que l'avez vu naguère.
Souvent vient s'éjouir en paix,
Ici, cherchant l'ombre et le frais,
Déduit et les gens qui le suivent,
Qui de joie et de soulas vivent.
Tenez, les gais rossignolets,
Pinsons et autres oiselets,
Ici près encore sans doute
Déduit tranquillement écoute.
Avec ses gens tretout le jour
Il s'ébat, car plus beau séjour

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Ne plus biau leu por soi joer 629
Ne porroit-il mie trover;
Les plus beles gens, ce sachiés,
Que vous jamès nul leu truissiés,
Si sunt li compaignon Déduit
Qu'il maine avec li et conduit.
Quant Oiseuse m'ot ce conté,
Et j'oi moult bien tout escouté,
Je li dis lores? Dame Oyseuse,
Jà de ce ne soyés douteuse,
Puis que Déduit li biaus, li gens
Est orendroit avec ses gens
En cest vergier, ceste assemblée
Ne m'iert pas, se je puis, emblée,
Que ne la voie encore ennuit,
Véoir la m'estuet, car je cuit
Que bele est cele compaignie,
Et cortoise et bien enseignie.
Lors m'en entrai, ne dis puis mot,
Par l'uis que Oiseuse overt m'ot,
Ou vergier, et quant je fui ens
Je fui liés et baus et joiens.
Et sachiés que je cuidai estre
Por voir en Paradis terrestre,
Tant estoit li leu delitables,
Qu'il sembloit estre esperitables:
Car si cum il m'iert lors avis,
Ne féist en nul Paradis
Si bon estre, cum il faisoit
Ou vergier qui tant me plaisoit.
D'oisiaus chantans avoit assés
Par tout le vergier amassés;
En ung leu avoit rossigniaus,
En l'autre gais et estorniaus;

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Il ne saurait trouver sur terre 631
Pour reposer et se distraire.
Les amis que le beau Déduit
Avec lui mène et qu'il conduit
Sont la plus gente compagnie
Que ne verrez de votre vie.»
Quand Oyseuse m'eut ce conté,
Que j'ai tout au long écouté,
Je luis dis alors: «Dame Oyseuse,
De ceci ne soyez douteuse,
Si Déduit le beau, le joli,
Avec ses gens repose ici
Dans ce verger, cette assemblée
Ne me sera certes volée.
Dès aujourd'hui, si je le puis,
Je la verrai, car, m'est avis
Que belle est cette compagnie,
Noble et pleine de courtoisie.»
Lors j'entrai, sans plus dire un mot,
Par l'huis qu'Oyseuse ouvrit tantôt,
Dans cette terre enchanteresse.
Grande alors fut mon allégresse;
Je crus être, je vous le dis,
Dans le terrestre Paradis.
Par sa beauté sans plus, du reste,
Ce séjour me semblait céleste,
Car il n'est point de paradis
Au ciel, comme il m'était avis,
Où douceurs nous soient réservées
Telles qu'ici les ai rêvées.
Oiseaux chantants étaient assez
Partout le jardin amassés;
Ici chantaient les hirondelles,
Chardonnerets et tourterelles,