Si r'avoit aillors grans escoles 663
De roietiaus et torteroles,
De chardonnereaus, d'arondeles,
D'aloes et de lardereles;
Calendres i ot amassées
En ung autre leu, qui lassées
De chanter furent à envis:
Melles y avoit et mauvis
Qui baoient à sormonter
Ces autres oisiaus par chanter.
Il r'avoit aillors papegaus,
Et mains oisiaus qui par ces gaus
Et par ces bois où il habitent,
En lor biau chanter se délitent.
Trop parfesoient bel servise
Cil oisel que je vous devise;
Il chantoient ung chant itel
Cum s'il fussent esperitel.
De voir sachiés, quant les oï,
Moult durement m'en esjoï:
Que mès si douce mélodie
Ne fu d'omme mortel oïe.
Tant estoit cil chans dous et biaus,
Qu'il ne sembloit pas chans d'oisiaus,
Ains le péust l'en aesmer
A chant de seraines de mer,
Qui par lor vois qu'eles ont saines
Et series, ont non seraines.
A chanter furent ententis
Li oisillon qui aprenti
Ne furent pas ne non sachant;
Et sachiés quant j'oï lor chant,
Et je vi le leu verdaier
Je me pris moult à esgaïer:
Et là grand assaut se livrait 665
Entre le geai, le roitelet,
Et l'alouette et la mésange;
Plus loin, la joyeuse phalange
Des rossignols harmonieux
S'égosillait à qui mieux mieux.
Ailleurs merles et mauviettes,
Étourneaux et bergeronnettes
Des autres oisillons chanteurs
S'efforçaient d'être les vainqueurs.
Enfin, perruches éclatantes
Et maints oiseaux aux voix savantes
S'étaient dans ce verger riant
Donné rendez-vous en chantant.
Formaient, caquetant à leur guise,
Ces oiseaux que je vous devise
Un concert si délicieux
Qu'on eût dit qu'il venait des cieux.
Jamais si douce mélodie
Ne fut d'homme mortel ouïe.
Les chants étaient si doux, si beaux,
Qu'ils ne semblaient pas chants d'oiseaux,
Mais je crus ouïr les syrènes
De la mer séduisantes reines;
Série et saine était leur voix
Dont on fit syrène autrefois.
Des oisillons, sous la feuillée,
La savante et gente assemblée
Lors déploya tout son talent.
Et sachez, quand j'ouïs leur chant,
Emmi ce beau lieu qui verdoie,
Je fus tout inondé de joie.
Que n'avoie encor esté onques 697
Si jolif cum je fui adonques;
Por la grant delitableté
Fui plains de grant jolieté.
Et lores soi-je bien et vi
Que Oiseuse m'ot bien servi,
Qui m'avoit en tel déduit mis:
Bien déusse estre ses amis,
Quant ele m'avoit deffermé
Le guichet du vergier ramé.
Dès ore si cum je sauré,
Vous conterai comment j'ovré.
Primes de quoi Déduit servoit,
Et quel compaignie il avoit
Sans longue fable vous veil dire,
Et du vergier tretout à tire
La façon vous redirai puis.
Tout ensemble dire ne puis,
Mès tout vous conteré par ordre,
Que l'en n'i sache que remordre.
Grant servise et dous et plaisant
Aloient cil oisel faisant;
Lais d'amors et sonnés cortois
Chantoit chascun en son patois,
Li uns en haut, li autre en bas;
De lor chant n'estoit mie gas.
La douçor et la mélodie
Me mist où cuer grant reverdie;
Mès quant j'oi escouté ung poi
Les oisiaus, tenir ne me poi
Que dant Déduit véoir n'alasse,
Car à savoir moult désirasse
Son contenement et son estre.
Lors m'en alai tout droit à destre,
Oncques n'avait goûté bonheur 697
Si pur qu'en cet instant mon coeur,
Et dans une extase infinie
Se plongeait mon âme ravie.
Oyseuse, alors j'ai reconnu
Quel service tu m'as rendu
Par cette douce jouissance.
Éternelle reconnaissance
Je te dois de m'avoir ouvert
Le guichet du beau verger vert!
Dès lors, poursuivant mon histoire,
Je vais chercher dans ma mémoire
Ce que je fis; puis ce qu'était
Déduit, quelle suite il avait,
Sans longue fable vais vous dire,
Et du beau verger tire à tire
Vous dirai la façon depuis.
Tout ensemble dire ne puis,
Mais tout vous conterai par ordre
Pour qu'on n'y sache que remordre.
Parmi ce jardin ravissant
Les oiselets allaient faisant
Leurs jeux et prodiguaient sans cesse
Leurs chants et leur vive allégresse.
Lais d'amour et sonnets courtois,
Chantait chacun en son patois.
Et ces voix perçantes et graves
Formaient des concerts si suaves,
Si doux et si mélodieux,
Que j'étais ravi, radieux.
Quand j'eus tout à ma fantaisie
Leurs chants ouïs, moult grande envie
Me prit de connaître Déduit.
J'oublie tout, tant fus séduit
Par une petitete sente 731
Plaine de fenoil et de mente;
Mès auques près trové Déduit,
Car maintenant en ung réduit
M'en entré où Déduit estoit.
Déduit ilueques s'esbatoit;
S'avoit si bele gent o soi,
Que quant je les vi, je ne soi
Dont si très beles gens pooient
Estre venu; car il sembloient
Tout por voir anges empennés,
Si beles gens ne vit homs nés.