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Cette sentence ici rimée7429
Tu trouveras dans le Thimée
De Platon qui n'était pas sot;
Et quand tu m'objectais tantôt
Qu'il est des mots vilains sans doute,
Je dis devant Dieu qui m'écoute:
Toi qui les noms céans blâmais
Qu'aux choses donnai, si j'avais
Couilles reliques appelées
Et reliques couilles nommées,
Toi qui telle noise m'en fais,
Alors reliques trouverais
Un mot vilain et laid de même;
Couille est un beau mot et je l'aime,
Comme, ma foi, couillon et vit;
De plus beaux oncques nul ne vit.
Je fis les mots et suis certaine
De n'avoir fait chose vilaine,
Et si les reliques j'avais
Couilles nommé, tu trouverais
Ce mot si beau, qu'en nos églises,
Dans l'or et dans l'argent assises,
T'en irais couilles admirer,
Baiser et pieux adorer.
Or Dieu, la sagesse suprême,
Trouva bien ce que fis moi-même.
Par le corps du grand saint Omer,
Comment, je n'oserais nommer,
Ami, les oeuvres de mon père?
Me convient-il noise lui faire?
Bien fallait-il nom leur donner
Pour que l'on pût les désigner.
C'est pourquoi de tels noms ces choses
Avons nommé sans mettre gloses,

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Se fames nes noment en France, 7429
Ce n'est fors desacoustumance:
Car le propre non lor pléust,
Qui acoustumé lor éust:
Et se proprement les nomassent,
Jà certes de riens n'i pechassent.
Acoustumance est trop poissans[57],
Et se bien la sui congnoissans,
Mainte chose desplest novele,
Qui par acoustumance est bele:
Chascune qui les va nomant,
Les apele ne sai comment,
Borces, hernois, riens, piches, pines,
Ausinc cum se fussent espines;
Mès quant les sentent bien joignans,
Ne les tiennent pas à poignans.
Or les noment si cum el suelent,
Quant proprement nomer nes vuelent.
Ge ne lor en ferai jà force;
Mès à riens nule ne m'efforce,
Quant riens voil dire apertement,
Tant cum à parler proprement.
Si dist-l'en bien en nos escoles
Maintes choses par paraboles,
Qui moult sunt beles à entendre;
Si ne doit l'en mie tout prendre
A la letre quanque l'en ot.
En ma parole autre sens ot,
Dont si briément parler voloie,
Au mains quant des coilles parloie,
Que celi que tu i vués metre:
Et qui bien entendroit la letre,

[p.201]

Pour que de ces noms seulement 7463
On les nommât, pas autrement.
Si point ne les nomment en France
Les dames, c'est faute d'usance,
Et le propre nom leur plairait
Si telle la coutume était,
Car nommer par son nom la chose
Ne serait lors de péché cause.
Coutume est un lien puissant[57b],
Et si la suis bien connoissant,
Mainte chose déplaît nouvelle
Qui par accoutumance est belle.
Chacune qui les va nommant
Les appelle ne sais comment,
Bourses, harnais, pieux, choses, pines,
Comme si c'était des épines;
Mais quand elle les sent tout près
Du piquant ne se plaint jamais.
Suivant son habitude, en somme,
Chacune par un nom les nomme.
Je ne veux pas leur reprocher;
Mais moi, quand je veux m'attacher
A clairement dire une chose,
Je ne saurais y mettre glose.
En nos écoles maint savant
Dit en paraboles souvent
Vérités belles à entendre;
Mais il ne faudrait pas tout prendre
A la lettre ce qu'on ouït.
En mon discours autre sens gît
Que celui que tu veux y mettre.
C'était pour mon penser émettre
Plus bref, quand des couilles parlais;
Mais si bien la lettre entendais,

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Le sens verroit en l'escripture 7461
Qui esclarcist la chose oscure.
La vérité dedens reposte
Seroit clere, s'ele iert esposte:
Bien l'entendras, se bien répetes
Les argumens as grans poëtes;
Là verras une grant partie
Des secrés de philosophie,
Où moult te voldras déliter,
Et si porras moult profiter.
En délitant profiteras,
En profitant déliteras:
Car en lor gieus et en lor fables
Gisent profit moult delitables,
Sous qui lor pensées covrirent,
Quant le voir des fables ovrirent:
Si te convendroit à ce tendre,
Se bien vués la parole entendre.
Mès puis t'ai tiex deus mos rendus,
Se tu les as bien entendus,
Qui pris doivent estre à la letre
Tout proprement, sans glose metre.
L'Amant.
Dame, bien les i puis entendre,
Qu'il i sunt si légiers à prendre,
Qu'il n'est nus qui françois séust,
Qui prendre ne les i déust.
N'ont mestier d'autres déclarences,
Mais des poëtes les sentences,
Les fables et les métafores
Ne bé-ge pas à gloser ores;
Mès se ge puis estre garis,
Et li servises m'iert meris,

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Le sens verrais en l'écriture 7497
Qui éclaircit la chose obscure.
Lève le voile où vérité
Se cache et verras sa clarté;
Bien l'entendras si tu répètes
Les arguments des grands poètes,
Et tu pourras en profiter,
Tout en sachant te délecter.
Car là verras en grand' partie
Les secrets de philosophie;
En profitant t'amuseras,
En t'amusant profiteras.
Car en leurs jeux comme en leurs fables
Gisent profits moult délectables,
Quand ils vont leurs pensers couvrant
Dessous un voile transparent,
Et c'est ce que tu peux apprendre
Si bien veux la parole entendre.
Mais depuis t'ai deux mots rendus
Si tu les as bien entendus,
Qui doivent pris être à la lettre,
Tout proprement sans glose y mettre.
L'Amant.
Dame, qui sait bien son français
Les doit comprendre ou bien jamais;
Aussi je crois bien les entendre,
Car ils sont aisés à comprendre.
Pas n'ai besoin d'autres raisons;
Des poètes les fictions,
Fables, sentences, paraboles,
Ne veux point gloser en écoles.
Je gloserai tout à loisir
(Si Dieu mon coeur daigne guérir