Par la simplesse des prélats11745.
Qui trop fort redoutent mes lacs.
Nul d'eux contre moi ne s'essaie
Et ne prend rien qu'il ne le paie.
Aussi je fais tout mon content
Par ma feintise et mon semblant.
Mais si moult confessé doit être
Tous les ans chacun par son prêtre,
Selon l'Écriture, une fois,
Pour jouir de tretous ses droits
(Car ainsi l'ordonne le pape),
Du statut nous rions sous cape;
S'il en vient, nous les exhortons,
Mais nous, bien nous en exemptons,
Car nous avons un privilége
Qui de plusieurs faix nous allége.
Or, celui-ci point ne taisons;
Au contraire nous renforçons
Encor du pape l'ordonnance;
Car tout pécheur peut d'assurance
En faisant sa confession
Dire sans hésitation:
«Un tel m'a confessé naguère,
M'a déchargé de tout, mon père;,
Absolu m'a de tout péché
Dont je me sentais entaché,
Et je ne veux pousser le zèle
Jusqu'à confession nouvelle
Venir aujourd'hui réciter;
Veuillez donc céans m'acquitter,
Et ceci vous doit moult suffire,
Quelque raison qu'en puissiez dire,
Car l'eussiez-vous cent fois juré,
Je ne crains prélat ni curé

[p.88]

Car je m'en ai bien à qui plaindre.11675.
Vous ne m'en poés pas contraindre,
Ne faire force, ne troubler
Por ma confession doubler:
Ne si n'ai pas affeccion
D'avoir double absolucion.
Assés en ai de la premiere,
Si vous quit cette darreniere;
Desliés sui, nel' quier nier,
Ne me poés plus deslier:
Car cil qui le pooir i a,
De tous liens me deslia.
Et se vous m'en osés contraindre,
Si que ge m'en aille complaindre,
Jà voir juges emperiaus,
Rois, prévos, ne officiaus
Por moi n'en rendra jugement;
Ge m'en plaindrai tant solement
A mon bon confesseur novel,
Qui n'a pas non frère Lovel,
Mès frère Leus qui tout deveure,
Combien que devant la gent eure:
Que cil, jurer l'ose et plevir,
Me saura bien de vous chevir.
Car si vous saura atraper,
Que ne li porrés eschaper
Sans honte et sans diffamement,
S'il n'a du vostre largement.
Qu'il n'est si fox ne si entules,
Qu'il n'ait bien de Rome des bules,
S'il li plest, à vous tous semondre,
Por vous travaillier et confondre
Assés plus loing de deus jornées.
Ses letres sunt à ce tornées,

[p.89]

Qui de confesser me contraigne,11779.
Autrement que je ne m'en plaigne;
Car vous ne me pouvez troubler
Pour ma confession doubler,
Ni faire force, ni contraindre,
Ou je saurais à qui m'en plaindre:
Or je n'ai pas l'intention
D'avoir double absolution;
Assez j'en ai de la première;
Grâce vous fais d'une dernière:
Car tel, qui le pouvoir en a,
De tous liens me délia,
Et si vous m'y vouliez contraindre
Aussitôt je m'en irais plaindre:
N'oseraient rois, officiaux,
Prévôts, juges impériaux,
Un jugement contre moi rendre;
Car j'irais simplement l'apprendre
A mon bon confesseur nouveau
Qui n'a nom frère Louveteau,
Mais frère Loup qui tout dévore,
Combien que Dieu devant implore,
Et lui n'aura qu'à l'affirmer
Pour tôt votre bouche fermer.
Si bien vous en fera rabattre
Que ne vous en sauriez débattre
Sans honte et sans diffamement
S'il n'a du vôtre largement.
Il n'est si fol qu'il n'articule
Avoir de Rome quelque bulle,
S'il lui plaît, pour vous travailler,
Vous confondre et vous foudroyer
Certes en moins de deux journées.
Ses lettres sont si bien tournées

[p.90]

Qu'eles valent miex qu'autentiques11709.
Communes, qui sunt si escliques,
Que ne valent qu'à huit personnes.
Tex letres ne sunt mie bonnes;
Mès les soes à tous s'estendent
Et à tous leus qui droit deffendent;
Mès de vos drois n'a-il que faire,
Tant est poissant, de grant affaire.
Ainsinc de vous esploitera,
Jà por priere nel' lera,
Ne por defaute de deniers,
Qu'assés en a en ses greniers:
Car Chevance est ses senechaus,
Qui d'aquerre est ardens et chaus,
Et Porchas ses freres germains,
Qui n'est pas de porchacier vains,
Mès curieus trop plus d'assés,
Por quoi il a tant amassés,
Par ce est-il si haut monté,
Que tous autres a sormonté.
Et si m'aïst Diex et saint Jaques,
Se vous ne me volés à Pasques
Doner le Cors nostre Seigneur,
Sans vous faire presse greigneur,
Ge vous lairrai, sans plus atendre,
Et l'irai tantost de li prendre;
Car hors sui de vostre dangier,
Si me vueil de vous estrangier.
Ainsinc se puet cil confessier
Qui vuet son provoire lessier;
Et se le prestre le refuse,
Ge sui prest que ge l'en encuse,
Et de li pugnir en tel guise,
Que perdre l'i ferai s'eglise.

[p.91]

Que valent mieux que parchemins11813.
Communs et qui sont si restreints
Qu'ils ne sont bons qu'à huit personnes.
Telles chartes ne sont pas bonnes;
Mais son pouvoir à tous s'étend
Partout où le droit on défend,
Mais de vos droits n'a-t-il que faire,
Tant est puissant, de grande affaire:
Ainsi son droit exploitera
Et jamais ne le laissera
Ni pour prières, ni pour offres;
Il a d'argent trop dans ses coffres.
Car Chevance est son pourvoyeur
Et Ruse sa germaine sœur,
Toutes deux ardentes et chaudes
D'acquérir. Ainsi par leurs fraudes
Il a tant et tant amassé
Que tous autres a surpassé.
Aussi, Dieu m'assiste et saint Jacques,
Si vous me refusez à Pâques
Le saint corps de Notre-Seigneur,
Sans plus de façons, cher pasteur,
Vous laisserai, sans plus attendre,
Et l'irai tantôt de lui prendre.
Je suis à l'abri de vos coups,
S'il me plaît me passer de vous.»
Selon son gré donc se confesse
Qui de côté son curé laisse;
Et si le prêtre protestait,
A l'accuser je suis tout prêt
Et le punir en telle guise
Qu'il perdra certes son église.
Or de telle confession
Qui comprend la conclusion;

[p.92]