Aussinc se convient-il retraire11889.
D'oroison por son labor faire;
Car l'Escripture s'i acorde
Qui la vérité en recorde.
Et si deffent Justiniens
Qui fist nos livres anciens,
Que nus hons, en nule maniere,
Poissans de cors, son pain ne quiere,
Por qu'il le truisse à gaaingnier;
L'en le devroit miex mehaingnier,
Ou en faire apperte justice,
Que soustenir en tel malice.
Ne font pas ce que faire doivent
Cil qui tex aumosnes reçoivent,
S'il n'en ont espoir priviliege
Qui de la poine les aliege;
Mais ne cuit pas qu'il soit éus
Se li princes n'est décéus,
Ne si ne recuit pas savoir
Qu'il le puissent par droit avoir.
Si ne fais-ge pas terminance
Du prince ne de sa poissance,
Ne par mon dit ne voil comprendre
S'el se puet en tel cas estendre,
De ce ne me doi entremette.
Mès ge croi que selonc la letre
Les aumosnes qui sont déuës
As lasses gens povres et nuës,
Fiebles et viez et mehaingniés,
Par qui pains n'iert mes gaaingniés,
Por ce qu'il n'en ont la poissance,
Qui les mangüe en lor grevance,
Il mangüe son dampnement,
Se cil qui fist Adam ne ment.
Aussi devons-nous oublier11989.
Les oraisons pour travailler;
Ainsi le comprend l'Écriture
Qui enseigne vérité pure.
Tel le défend Justinien
Qui fit notre code ancien.
Puissant de corps, dit-il, personne
Ne devra demander l'aumône,
Puisque son pain il peut gagner.
Mieux vaut le battre et l'éloigner
Ou en faire bonne justice,
Que l'aider en telle malice.
Ce n'est pas faire son devoir
Qu'aumônes telles recevoir,
A moins d'avoir un privilége
Qui du châtiment vous protége.
Or je ne pense pas savoir
Qu'on le puisse par droit avoir;
Donc il faut que soit par feintise
Du roi la bonne foi surprise.
Non pas qu'en rien je veuille, moi,
Limiter le pouvoir du roi,
Ni par ces mots faire comprendre
Qu'il ne puisse à tels cas s'étendre,
Car ceci discuter ne doi;
Mais je pense selon la loi
Que, les aumônes qui sont dues
A faibles gens pauvres et nues,
Vieillards infirmes, sans soutien,
Qui ne peuvent gagner leur pain
Parce qu'ils n'en ont la puissance,
Ravir par male concurrence,
C'est pourchasser son damnement,
Si le père d'Adam ne ment.
Et sachiés, là où Diex commande11923.
Que li prodons quanqu'il a vende,
Et doint as povres et le sive,
Por ce ne vuet-il pas qu'il vive
De li servir en mendience:
Ce ne fu onques sa sentence;
Ains entent que de ses mains euvre,
Et qu'il le sive par bonne euvre.
Car saint Pol commanda ovrer
As apostres por recovrer
Lor necessités et lor vies,
Et lor deffendoit truandies,
Et disoit: «De vos mains ovrés,
Jà sor autrui ne recorés.»
Ne voloit que riens demandassent
A quelque gens qu'il préeschassent,
Ne que l'évangile vendissent:
Ains doutoit que s'il requéissent,
Qu'il ne tosissent en requerre;
Qu'il sunt maint donéor en terre
Qui por ce donnent, au voir dire,
Qu'il ont honte de l'escondire,
Ou le requerant lor ennuie,
Si li donnent por qu'il s'enfuie.
Et savés que ce lor prouffite?
Le don perdent et la merite.
Quant les bonnes gens qui ooient
Le sermon saint Pol, li prioient
Por Diex qu'il vosist du lor prendre,
N'i vosist-il jà la main tendre;
Mès du labor des mains prenoit
Ce dont sa vie sostenoit.
Or, sachez-le, quand Dieu commande12023.
Que tout son bien le sage vende
Pour le suivre, ayant tout donné,
Pour ce n'a-t-il pas ordonné
Qu'on le servît par mendiance
(Jamais ce ne fut sa sentence):
Mais œuvre manuelle fît
Et par bonne œuvre le suivît.
Saint Paul à travailler convie
Tous les apôtres, pour leur vie
Soutenir avec dignité
Et défend la mendicité:
«Travaillez, dit-il aux apôtres,
N'ayez jamais recours aux autres.»
A la gent qui les écoutait,
Qu'ils demandassent ne voulait,
Ni que l'Évangile vendissent;
Mais il redoutait qu'ils ne prissent,
Bel et bien, tout en demandant.
Car maints, et leurs corps défendant,
Ne donnent, il faut bien le dire,
Que pour la honte d'éconduire,
Ou bien pour que le requérant
Ennuyeux s'en aille à l'instant.
L'aumône en rien ne leur profite,
Car sont perdus don et mérite.
Quand les bonnes gens qui venaient
Saint Paul entendre le priaient,
Pour Dieu, qu'il voulût du leur prendre,
Onc n'y voulut-il la main tendre;
Mais du labeur des mains gagnait
Ce dont ses jours il soutenait.
Amours.
Di-moi donques comment puet vivre11955.
Fors homs de cors qui Diex vuet sivre,
Puis qu'il a tout le sien vendu,
Et as povres Diex despendu,
Et vuet tant solement orer
Sans jamès de mains laborer.
Le puet-il faire?
Faux-Semblant.
Oïl.
Amours.
Comment?
Faux-Semblant.
S'il entroit, selon le commant[28]
Saint Augustin, en abbaie
Qui fust de propre bien garnie,
Si cum sunt ore cil blanc moine,
Cil noir, cil reguler chanoine,
Cil de l'Ospital, cil du Temple,
Car bien puis faire d'eus exemple,
Et i préist sa soutenance,
Car là n'a point de mendiance:
Neporquant maint moines laborent,
Et puis au Diex service acorent;
Et por ce qu'il fu grant discorde
En ung tens dont ge me recorde,
Sur l'estat de mendicité,
Briefment vous iert ci recité