Eh bien, l'abandonna Jason,13993.
Le faux, le traître, le félon,
Et la pauvre amante trahie,
Dans un noir accès de folie,
Étrangla les enfants qu'elle eut
De Jason, lorsqu'elle le sut,
Étouffant, sa pitié de mère
Et fit pis que marâtre amère.
Mille exemples vous en dirais,
Mais trop grand travail en aurais.
Bref, tous ces ribauds femmes trichent,
En mille endroits leurs amours fichent;
Donc il les faut aussi tricher
Et partout notre cœur ficher.
Sottise à un seul de se rendre!
Femme doit plusieurs amis prendre,
Et pour leur plaire faire tant
Que tous les mette en grand tourment.
Si grâces n'a, qu'elle en acquière
Et soit pour eux d'autant plus fière,
Que plus, pour son cœur obtenir,
Ils s'efforcent de la servir.
Qu'elle accueille de préférence
La froideur et l'indifférence,
Prise les jeux et les chansons,
Les noises fuie et les sermons.
Si belle n'est, que bien se vête,
Plus est laide, plus soit coquette,
Et s'elle voit un beau jour choir
(Ce qui serait moult triste à voir)
Sa belle chevelure blonde,
Ou si besoin est qu'on la tonde
Par suite d'une infirmité
Qui compromette sa beauté,
Si que de ceus ne puisse ovrer13889.
Por grosses treces recovrer,
Face tant que l'en li aporte
Cheveus de quelque fame morte,
Ou de soie blonde borriaus,
Et boute tout en ses forriaus.
Sus ses oreilles port tex cornes[67],
Que cers, ne bués, ne unicornes,
S'il se devoient effronter,
Ne puist ses cornes sormonter.
Et s'el ont mestier d'estre taintes,
Taingne-les en jus d'erbes maintes,
Car moult ont forces et mécines
Fruit, fust, feulle, escorce et racines.
Et s'el reperdoit sa color[68],
Dont moult auroit au cuer dolor,
Face qu'ele ait oingtures moistes
En ses chambres dedens ses boistes,
Tous jors por soi farder repostes:
Mès bien gart que nus de ses ostes
Nes puist ne sentir, ne véoir;
Trop li en porroit meschéoir.
S'ele a biau col et gorge blanche,
Gart que cil qui sa robe trenche,
Si très-bien la li escolete,
Que sa char pere blanche et nete
Demi pié darriers et devant;
Si en sera plus decevant.
Et s'ele a trop grosses espaules,
Por plaire as dances et as baules,
De délié drap robe port,
Si perra de mains lait deport.
Ou bien si quelque ribaud lâche14027.
Par corroux lui tire et l'arrache,
Au point de ne plus en laisser
De quoi grosses nattes tresser,
Qu'elle ordonne alors qu'on apporte
Les cheveux d'une femme morte,
Ou blonde soie, en fins rouleaux,
Qu'elle glisse sous ses bandeaux.
Qu'elle porte au front telles cornes[67b]
Que jamais cerfs, bœufs ou licornes,
Assez hardis pour l'affronter,
Son chef ne puissent surmonter.
Et s'elle a besoin d'être teinte,
Qu'elle prenne jus d'herbe mainte,
Car pour la tête, c'est connu,
Moult ont grand' force et grand' vertu
Fruit, bois, feuille, écorce et racine.
Si de sa florissante mine
Elle perd la belle couleur,
Dont moult aurait au cœur douleur,
Que toujours elle ait onguents moites
En sa chambre, dedans ses boîtes,
Pour se farder en tapinois;
Que nul étranger toutefois
Ne les aperçoive ni sente,
Elle en pourrait être dolente.
Belle gorge a-t-elle et cou blanc?
Que le ciseau d'un coup savant
Avec tant d'art la décolète,
Que sa chair luise blanche et nette
Demi-pied derrière et devant,
Il n'est rien d'aussi séduisant.
A-t-elle épaules trop enflées?
Pour plaire au bal, aux assemblées,
Et s'el n'a mains beles et netes13921.
Ou de sirons, ou de bubetes,
Gart que lessier ne les i vueille,
Face-les oster à l'agueille,
Ou ses mains en ses gans repoingne,
Si ni perra bube ne roingne.
Et s'ele a trop lordes mameles,
Preingne cuevrechief ou toéles
Dont sus le pis se face estraindre,
Et tout entor ses costés ceindre,
Puis atachier, coudre ou noer;
Lors si se puet aler joer.
Et comme bonne baisselete,
Tiengne la chambre Venus nete;
S'ele est preus et bien enseignie,
Ne lest entor nule iraignie
Qu'el n'arde, ou rée, errache ou housse,
Si qu'il n'i puisse cuillir mousse.
S'ele a lais piez, tous jors se chauce[69],
A grosse jambe ait tenvre chauce.
Briément, s'el set sor li nul vice,
Covrir le doit, se moult n'est nice.
S'el set qu'ele ait mauvese alaine,
Ne li doit estre grief ne paine
De garder que jà ne jéune,
Ne qu'el ne parole jéune,
Et gart, s'el puet, si bien sa bouche,
Que près du nez as gens ne touche.
Et s'il li prent de rire envie,
Si bel et si sagement rie,
Qu'ele descrieve deus fossetes
D'ambedeus pars de ses levretes:
Que robe porte de fin drap,14061.
Moins laid son défaut paraîtra.
S'elle a mains laides toutes nues,
Que ses boutons et ses verrues
Ne laisse en paix sa peau souiller,
Mais tantôt les fasse tailler,
Ou bien ses mains en ses gants cache
Et ne montre bouton ni tache.
Et si les seins elle a trop lourds,
Qu'un bandeau vienne à leur secours,
Dont sa poitrine fasse étreindre
Et tout autour ses côtes ceindre,
Puis attacher, coudre ou nouer,
Lors pourra-t-elle aller jouer.
Qu'elle tienne, en bonne coquette,
La chambre de Vénus bien nette;
Qu'elle ait soin d'ôter ou rôtir,
Sans lui laisser mousse cueillir,
La moindre toile d'araignée,
Si sage est et bien enseignée.
Bref, un défaut s'elle se voit,
Toujours dissimuler le doit
Si n'est trop simple la pauvrette.
S'elle a le pied laid, que discrète
Ne se déchausse; il faut enfin
A grosse jambe soulier fin.
Se sait-elle mauvaise haleine?
Que par trop ne s'en mette en peine.
Que seulement se garde à jeun
De jamais parler à quelqu'un,
Et s'il se peut, veille à sa bouche
Que près du nez les gens ne touche.
Quand besoin de rire la prend,
Si bien rie et si sagement