16493. Comme le soir fait une armée
Qui, luttant toute la journée,
N'a pu l'ennemi surmonter,
Pour mieux ensuite le dompter.
LXXXVII
Comment les messagers agiles
D'Amour, ambassadeurs habiles,
A Vénus vinrent pour secours
Quérir à l'ost du Dieu d'Amours,
De l'ost, munis de leurs messages,
Ils s'orientent comme sages
Et sont à Cythère venus,
Là sont en grand honneur tenus.
Cythère se dresse sereine
Dedans un bois sur une plaine,
Si haut, que nul arc, tant soit-il
Grand et fort et l'archer subtil,
N'y lancerait carreau ni flèche.
Vénus, qui toutes dames prêche,
De ce manoir toujours fleuri
A fait son séjour favori.
Si j'en voulais peindre tout l'être,
Trop vous ennuîrais-je peut-être
Et m'en pourrais vite lasser;
Je vais donc brèvement passer.
Vénus était au bois allée
Pour chasser en une vallée[116b];
Avec elle était Adonis,
Le plus cher de tous ses amis.
Chasseur alerte, infatigable,
De cœur aimant autant qu'aimable,
16329. Enfès iert, jones et venans,
Mès moult iert biaus et avenans:
Midis estoit pieçà passés,
Chascuns ert de chacier lassés.
Sous ung poplier en l'erbe estoient
Jouste ung vivier où s'ombroioient:
Li chien qui las de corre furent,
Tesgans où ru du vivier burent.
Lor darz, lor arz et lor cuirées
Orent delez eus apoiées:
Jolivement se déduisoient,
Et les oisillons escoutoient
Par ces rainsiaus tout environ.
Après lor gieux, en son giron
Venus embracié le tenoit,
Et en baisant li aprenoit
De chacier où bois la maniere,
Si cum ele en iert coustumiere.
LXXXVIII
Comment Venus à Adonis,
Qui estoit sur tous ses amis,
Deffendoit qu'en nulle maniere
N'allast chasser à beste fiere.
Amis, quant vostre mute iert preste,
Et vous irés querant la beste,
Chaciés la, puis qu'el torne en fuie;
Se vous trovés beste qui fuie,
Corés après hardiement;
Mès contre ceus qui fierement
16523. C'était un bel adolescent,
Joli, gracieux, avenant.
De midi l'heure était passée;
Vénus de la chasse lassée,
Avec lui, sous un peuplier,
Sur le gazon, près d'un vivier
Riant, goûtait le frais et l'ombre
Dans ce réduit charmant et sombre.
Près d'eux leur carquois et leurs dards
Avec leur arc gisaient épars.
Haletants d'une longue course,
Les chiens buvaient l'eau de la source,
Et chacun gaîment se jouait
Et les oisillons écoutait
Sur les rameaux du voisinage.
Puis cessant leur doux badinage,
Vénus sur son sein le pressait,
Et le baisant, lui apprenait
De chasser au bois la manière,
Comme elle en était coutumière.