Le premier est celui de baron, qui comprenoit tous les gentilshommes élevés en dignité, tant à cause des titres qui leur avoient été accordés par les rois qu'à cause de leurs fiefs, en vertu desquels ils avoient droit de porter la bannière dans l'armée du roi, d'y conduire leurs vassaux, et d'avoir un cri particulier; c'est pourquoi ils sont connus ordinairement sous le nom de Bannerets: ce premier ordre répond à l'idée que nous avons de la haute noblesse.

Le second ordre étoit celui des bacheliers ou des simples chevaliers; on les appeloit Milites secundi ordinis, Milites mediæ nobilitatis.

Le troisième ordre enfin étoit celui des écuyers, titre honorable alors, puisqu'il ne se donnoit guère qu'aux fils des chevaliers; au lieu qu'aujourd'hui il est devenu si commun, que ces nobles, infimæ nobilitatis, rougissent de le porter, comme infiniment au-dessous d'eux.

La noblesse a toujours été en grande recommandation dans tous les États de l'univers; et il n'y a presque à présent que celui des Turcs où elle n'est pas considérée. Ils défèrent tout à la vertu et au courage, sans considérer ni le sang ni la naissance, [p.412]comme l'a remarqué Busbec, ambassadeur à la Porte pour l'empereur Ferdinand Ier.

Je m'imagine bien que le préjugé dans lequel nous sommes élevés par rapport à la barbarie des Turcs empêchera leur sentiment de faire fortune, quoique puisé dans un principe reconnu véritable par tous les plus grands philosophes; mais il n'en sera pas moins certain que la vraie noblesse vient de notre propre vertu, et non par l'effet du hasard de nos ancêtres, quoique cette transmission de leur part ait force de loi parmi nous. Aussi je ne doute pas que, lorsqu'il fut question d'introduire cette distinction, qu'il nous a plu d'appeler noblesse, parmi des hommes égaux par le droit naturel, et subordonnés par le droit des gens et par les lois d'une sage politique, on ait eu égard aux actions généreuses de ceux qui, les premiers, ont été honorés de la noblesse. Il n'y a guère d'État où l'on fasse plus de cas de ce titre qu'en France, avec d'autant plus de raison que ce ne fut qu'au prix de leur sang et de leurs biens que les chefs de ces maisons illustres qui sont parmi nous acquirent un titre si glorieux, et ce n'est qu'en suivant ces grands exemples que leurs descendans peuvent se dire véritablement nobles.

Nos anciens sermonaires ne connoissoient rien au-dessus du titre de baron.

Saint Vincent Ferrière, dans la troisième partie de ses Sermons, parlant de saint Joachim, père de la Sainte-Vierge, le nomme baron.

Cum Anna et Joachim venissent de Nazaret in Hierosolimam ad Templum ut offerent secundum consuetudinem, quia Joachim erat baro voluit offerre. Le Grand-Prêtre, le regardant avec surprise, lui demanda: Et quis estis vos? etc....

[p.413] Un autre sermonaire a appelé le Lazare baron de Béthanie.

Le titre de baron a passé de mode en France, où la plupart des gentilshommes veulent être marquis ou comtes, n'ayant souvent pour toute seigneurie qu'un simple hameau. Cependant, on ne reconnaît aujourd'hui en France, pour marquis et pour comtes, que ceux qui possèdent aujourd'hui des marquisats et des comtés; et ces terres, dont les édits de Charles IX et de Henri III ont fixé l'étendue et la continence, ne peuvent porter ces titres sans les lettres du Prince.