Et tout néis quanqu'eles cuident,17177
Ainsinc se purgent et se vuident.
Si ne sui-ge pas lor pareille,
Nule vers moi ne s'apareille,
Car ge ne sui pas jangleresse,
Vilotiere, ne tenceresse;
Ains sui de mon cors prodefame,
Comment qu'il aut vers Diex de l'ame.
Jà n'oïstes-vous onques dire
Que j'aie fait nul avoutire,
Se li fol qui le vous conterent,
Par mauvestié nel' controverent.
Ne m'avés-vous bien esprovée?
Où m'avés-vous fauce trovée?
Après, biau Sire, regardés
Comment vostre foi me gardés.
Certes, malement mespréistes,
Quant anel où doi me méistes,
Et vostre foi me fiançastes:
Ne sai comment faire l'osastes.
S'en moi ne vous osés fier,
Qui vous fist à moi marier?
Por ce pri que la vostre fois
Me soit sauve au mains ceste fois,
Et loiaument vous asséure,
Et promet et fiance et jure
Par le benéuré saint Pierre,
Que ce sera chose souz pierre.
Certes moult seroie ore fole,
Se de ma bouche issoit parole
Dont éussiés honte et damage:
Honte feroie à mon linage,
C'onques nul jor ne diffamoi,
Et tout premierement à moi.
Tout ce qu'elle a pu voir, ouïr,17389
Quand il lui plaît son cœur m'ouvrir.
Mais point ne suis de ces bavardes,
Ces hypocrites, ces paillardes;
Vous n'allez pas me comparer
A cela, j'ose l'espérer;
Car de corps je suis prude femme,
Et Dieu seul peut sonder mon âme.
Or jamais vous n'avez appris
Que j'aie adultère commis,
Ou bien les fous qui le contèrent
Par méchanceté l'inventèrent.
M'avez-vous pu fausse trouver
Quand il vous plut de m'éprouver?
Et comment votre foi, beau sire,
M'avez gardé, je vais le dire.
Quand l'anneau me mîtes au doigt
Et me promites votre foi,
Vous étiez menteur et faussaire,
Ne sais comment l'osâtes faire.
Si n'osez en moi vous fier,
Qui vous fit à moi marier?
Qu'une fois, je vous en conjure,
Votre foi soit sincère et pure,
Et je vous jure désormais
Et loyalement vous promets,
Au nom du bienheureux saint Pierre,
Que ce sera chose sous pierre.
Il serait certe à moi bien sot,
Si sortait de ma bouche un mot
Dont vous eussiez honte et dommage.
Je ferais honte à mon lignage
Que ne déshonorai jamais,
Que je sache, et j'en pâtirais,
L'en seult dire, et voirs est sans faille,17211
Que trop est fox qui son nez taille,
Sa face a tous jors deshonore:
Dites-moi, se Diex vous secore,
Ce dont vos cuers se desconforte,
Ou se ce non, vous m'avés morte.
Genius.
Lors li debaille et pis et chief,
Et puis le baise de rechief,
Et plore sor li lermes maintes,
Entre les baiseries faintes.
XCV
Comment le fol Mary couart
Se met dedans son col la hart,
Quant son secret dit à sa Fame,
Dont pert son corps, et elle s'ame.
Adonc li meschéans li conte
Son grant damage et sa grant honte,
Et par sa parole se pent;
Et quant dit l'a, si s'en repent;
Mès parole une fois volée
Ne puet plus estre rapelée.
Lors li prie qu'ele se taise,
Cum cil qui plus est à mesaise
C'onques avant esté n'avoit,
Quant sa fame riens n'en savoit.
Et cele li redist sans faille
Qu'el s'en taira, vaille que vaille.
Au surplus, la première, sire.17423
J'entends une vérité dire
Souvent et bien la retenez:
Fol est qui se coupe le nez;
Sa face à toujours déshonore.
A Dieu si vous croyez encore,
Dites-moi ce dont vous souffrez,
Ou sinon morte me verrez.
Génius.
Lors sein et tête lui découvre,
Déréchef de baisers le couvre,
Et puis de pleurs l'inonde maints
Au milieu de cent baisers feints.
XCV
Comment le fol mari couard
Lui-même au col se met la hart,
Quand son secret dit à sa femme,
Dont perd son corps, elle son âme.
Lors lui conte le malheureux
Sa grand' honte, son cas affreux;
Dès lors il a livré sa tête.
A peine dit, il le regrette;
Mais un mot, sitôt envolé,
Ne peut plus être rappelé.
Lors il priera qu'elle se taise,
Car il est à plus grand mésaise
Que jamais avant il n'était,
Quand sa femme rien ne savait.
Bien lui promet-elle sincère,
Vaille que vaille, de se taire;