Étincelles, dragons volants19869
En l'air ils sèment scintillants,
Qui des cieux en tombant descendent
Commes ces folles gens prétendent.
Mais Raison ne peut concevoir
Que chose puisse des cieux choir;
Car en eux rien n'est corrompable;
Tout est ferme, solide et stable.
Dieu n'y a pas les corps placés
Pour qu'ils soient dehors repoussés.
Tant fût pénétrante et subtile,
A moins que d'être volatile,
Matière ès-cieux ne passerait,
Rien non plus ne les casserait;
Leurs rayons certes bien y passent,
Mais ne leur nuisent ni les cassent;
Ils font en leurs accords divers
Les chauds étés, les froids hivers,
Et font les neiges et les grêles
Tantôt grosses et tantôt grêles,
Et bien d'autres impressions
Selon leurs oppositions,
Et selon ce qu'ils s'entr'éloignent,
Se rapprochent et se conjoignent,
Dont maints hommes sont soucieux,
Les éclipses voyant aux cieux,
Et les planètes disparues
Dont ils ont les lueurs perdues,
Croyant que les astres éteints
Annoncent des malheurs prochains;
Mais si les causes en connussent
Oncques de rien ne s'en émussent.
Puis par grand' tempêtes de vent,
Les flots de la mer élevant,
Font les flos as nuës baisier,19643
Puis refont la mer apaisier,
Qu'el n'est tiex qu'ele ose grondir,
Ne ses floz faire rebondir,
Fors celi qui par estovoir
Li fait la lune adès movoir,
Et la fait aler et venir;
N'est riens qui le puist retenir.
Et qui voldroit plus bas enquerre
Des miracles que font en terre
Li cors du ciel et des esteles,
Tant i en troveroit de beles,
Que jamès n'auroit tout escrit
Qui tout vodroit metre en escrit.
Ainsinc li ciex vers moi s'acquitent
Qui por lor bontés tant profitent,
Que bien me puis aparcevoir
Qu'il font bien tretuit lor devoir.
Ne ne me plaing des élémens;
Bien gardent mes commandemens,
Bien font entr'aus lor mistions,
Tornans en révolucions;
Car quanque la lune a souz soi
Est corruptible, bien le soi;
Riens ne s'i puet si bien norrir
Que tout ne conviengne porrir.
Tuit ont de lor complexion
Par naturele entencion,
Ruile qui ne faut ne ne ment,
Tout vet à son commandement:
Ceste ruile est si généraus,
Qu'el ne puet defaillir vers aus.
Si ne me plaing mie des plantes
Qui d'obéir ne sunt pas lentes.
Les ondes font baiser aux nues19903
Et les font retomber vaincues,
Tant que la mer n'ose mugir
Ni ses flots faire rebondir,
Fors ceux qu'en sa marche éternelle
La lune meut et renouvelle
Et fait aller et revenir;
Rien ne les saurait retenir.
Et s'il est qui là-bas s'enquière
Des miracles que font en terre
Les astres fixes ou errants,
Tant en verra de beaux, de grands,
Qu'il n'y saurait jamais suffire
S'il voulait tout en livre écrire.
Aussi bien, puis-je apercevoir
Que sans manquer à leur devoir
Les cieux envers moi bien s'acquittent
Par leurs bontés qui tant profitent.
Je ne me plains des éléments
Qui gardent mes commandements,
Leurs révolutions régissent
Et leurs mixtions accomplissent.
Tout ce qui sous la lune vit
Est corruptible, je l'ai dit;
Rien n'est qui si bien se nourrisse,
Qu'en la fin ne meure et pourrisse,
Suivant de sa complexion,
Par naturelle intention,
La règle absolue, inflexible.
Car cette règle est infaillible,
Jamais ne change ni ne ment,
Tout marche à son commandement.
Je ne me plains non plus des plantes
Qui d'obéir ne sont pas lentes.
Bien sunt à mes lois ententives,19677
Et font, tant cum eles sunt vives,
Lor racines et lor foilletes,
Trunz et raims, et fruis et floretes;
Chascune chascun en aporte
Quanqu'el puet tant qu'ele soit morte,
Cum herbes, arbres et buissons.
Ne des oisiaus, ne des poissons
Qui moult sunt bel à regarder;
Bien sevent mes rigles garder,
Et sunt si très-bon escolier,
Qu'il traient tuit à mon colier.
Tuit faonnent à lor usages,
Et font honor à lor lignages.
Ne les lessent pas déchéoir,
Dont c'est grans solas à véoir.
Ne ne me plaing des autres bestes
Cui ge fais enclines les testes,
Et regarder toutes vers terre.
Ceus ne me murent onques guerre;
Toutes à ma cordele tirent,
Et font si cum lor peres firent.
Li masle vet o sa femele,
Ci a couple avenant et bele;
Tuit engendrent et vont ensemble
Toutes les fois que bon lor semble;
Ne jà nul marchié n'en feront,
Quant ensemble s'acorderont.
Ains plest à l'ung por l'autre à faire,
Par cortoisie debonnaire;
Et tretuit apaié se tiennent
Des biens qui de par moi lor viennent:
Si font mes beles verminetes,
Formis, papillons et mochetes,
Bien sont soumises à mes lois19937
Et, tant que vivent toutefois,
Font leurs racines et feuillettes,
Troncs et rameaux, fruits et fleurettes;
Toujours chacun en porter veut
Et chacune autant qu'elle peut,
Arbre, buisson, herbette folle,
Tant que la mort les étiole.
Et des poissons, et des oiseaux
Qui sont à regarder si beaux,
J'aurais tort aussi de me plaindre,
Oncques n'en vis mes lois enfreindre.
Chacun est si bon écolier
Qu'ils tirent tous à mon collier.
Tous faonnent selon leurs usages
Et font honneur à leurs lignages,
Sans se laisser jamais déchoir,
Que c'en est grand soulas à voir.
Je ne me plains des autres bêtes
Dont je fais incliner les têtes,
Et vers la terre regarder
Sans nulle haine me garder.
Toutes à ma cordelle tirent
Et font comme leur pères firent.
Le mâle sa femelle suit,
Et le couple joyeux bondit;
Tous engendrent et vont ensemble,
Toutes les fois que bon leur semble;
Jamais nul débat n'en feront,
Quand ensemble s'accorderont;
A l'un plaît ce que l'autre envie,
Par débonnaire courtoisie;
Tous se déclarent satisfaits
Et moult contents de mes bienfaits.