Puisqu'ils ne veulent pas ouvrer20527
Pour la servir et honorer!
Quand ses tables ni ses jachères
Qu'elle fit si belles et chères,
Pour ses œuvres continuer
Que Mort ainsi ne peut tuer,
Quand ses enclumes ils méprisent,
Oui, c'est Nature qu'ils détruisent.
Certe, ils devraient grand' honte avoir,
Ces monstres qu'ici vous fais voir,
Quand ils ne daignent la main mettre
Aux tables, pour écrire lettre,
Ni laisser leur empreinte. Ils sont
Trop amers! Car tôt deviendront
Les enclumes toutes moussues
S'elles sont oisives tenues,
Quand, sans coup de marteau férir,
Ils les laissent ainsi périr.
Les jachères, si l'on n'y fiche
Le soc, demeureront en friche;
De rouille l'enclume bientôt
Rougit, quand se tait le marteau.
Que tout vivants enfouis soient
Tous ceux qui les outils n'emploient
Que Dieu de sa main a taillés,
Et qu'à ma dame il a baillés
Pour donner la vie éternelle
A créature temporelle,
Car il les lui voulut bailler
Pour qu'elle en sût d'autres tailler.
Ceux-là font mal, et bien le semble,
Car si tous les hommes ensemble
Les voulaient laisser soixante ans,
Ils n'engendreraient point d'enfants,
Et se ce plaist à Diex sans faille,20295
Dont vuet-il que le monde faille,
Ou les terres demorront nuës
A pueplier as bestes muës,
S'il noviaus hommes ne faisoit,
Se refaire les li plaisoit,
Ou ceus féist résusciter
Por la terre arriers habiter;
Et se cil virge se tenoient
Soixante ans, de rechief faudroient,
Si que, se ce li devoit plaire,
Tous jors les auroit à refaire.
Et s'il ert qui dire volsist
Que Diex le voloir en tolsist
A l'ung par grace, à l'autre non,
Por ce qu'il a si bon renon,
N'onques ne cessa de bien faire,
Donc li redevroit-il bien plaire,
Que chascuns autretel féist,
Si qu'autel grace en li méist.
Si r'aurai ma conclusion
Que tout aille à perdicion.
Ge ne sai pas à ce respondre,
Se foi n'i vuet créance espondre;
Car Diex en lor commencement
Les ame tous onniement,
Et donne raisonnables ames
Ausinc as hommes cum as fames.
Si croi qu'il voldroit de chascune,
Non pas tant seulement de l'une,
Que le meillor chemin tenist
Par quoi plus-tost à li venist.
S'il vuet donques que virge vive
Aucuns, por ce que miex le sive,
Et les terres resteraient nues20561
A repeupler aux bêtes mues,
Ou bien c'est que Dieu, sans mentir,
Veut laisser le monde périr,
A moins qu'il ne lui plaise faire
Nouveaux hommes naître sur terre
Ou bien les morts ressusciter
Pour la terre encore habiter.
Et si voulaient rester pucelles
Soixante ans toutes les femelles,
Déréchef le monde mourrait,
A refaire toujours serait.
Et si quelqu'un dit que par grâce
Dieu fait que tel vouloir trépasse
Au cœur de l'un, de l'autre non
(Car il a certes bon renom
Et ne cessera de bien faire),
Donc il lui dut sans doute plaire
Que chacun de la sorte agît,
Pourquoi telle grâce en lui mit:
Adonc il me faudra conclure
A perdition de Nature.
Car certes je ne sais comment
Répondre à ce bel argument,
Si la Foi, par bonne sentence,
N'éclaircit pareille croyance.
Car Dieu, dès le commencement,
Les aime tous également
Et donne raisonnables âmes
Aux hommes aussi bien qu'aux femmes,
Et je crois qu'il veut que chacun,
Et non pas tant seulement l'un,
Toujours le meilleur chemin tienne
Par lequel à lui plus tôt vienne.
Des autres por quoi nel' vorra?20329
Quele raison l'en destorra?
Donc semble-il qu'il ne li chausist
Se généracion fausist.
Qui voldra respondre, respoingne[59],
Ge ne sai plus de la besoingne:
Viengnent devin qui en devinent[60],
Qui de ce deviner ne finent.
Mès cil qui des grefes n'escrivent,
Par qui les mortex tous jors vivent,
Es beles tables précieuses
Que Nature, por estre oiseuses,
Ne lor avoit pas aprestées,
Ains lor avoit por ce prestées
Que tuit i fussent escrivans,
Cum tuit et toutes en vivans.
Cil qui les deux martiaux reçoivent,
Et n'en forgent si cum il doivent
Droitement sus la droite enclume;
Cil qui lor peschiés si enfume
Par lor orgoil qui les desroie,
Qu'il despisent la droite voie
Du champ bel et plantéureus,
Et vont comme maléureus
Arer en la terre déserte,
Où lor semence va à perte,
Ne jà n'i tendront droite ruë,
Ains vont bestornant la charruë,
Et conferment lor euvres males
Par excepcions anormales,
Quant Orphéus vuelent ensivre[61],
Qui ne sot arer ne escrivre,
S'il impose aux uns de rester20595
Vierges, pour son los mériter,
Pourquoi pas les autres de même?
Quelle est donc sa raison suprême?
A ce compte, peu lui ferait
Si génération manquait.
Qui voudra répondre réponde;
C'est pour moi chose trop profonde;
Aux devins je laisse le soin[60b],
S'ils peuvent, d'éclaircir ce point.
Mais ceux qui des poinçons n'écrivent,
Par qui les mortels toujours vivent,
Sur les belles tablettes, las!
Que la Nature n'avait pas
Pour rester vierges apprêtées,
Mais leur avait pour ce prêtées
Que tous y fussent écrivants
Et toutes, tant que sont vivants:
Ceux qui les deux marteaux reçoivent
Et n'en forgent pas comme ils doivent
Sur la bonne enclume, tous ceux
Qui masquent leurs vices honteux
D'un vain orgueil qui les dévoie,
Et méprisent la bonne voie
Du terrain bel et plantureux,
Et s'en vont comme malheureux,
De travers tournant la charrue,
Par une abominable rue,
Labourer en terrain désert
Où toute semence se perd,
Et vont souillant leurs œuvres mâles
Par exceptions anormales,
Suivant l'exemple d'Orphéus[61b]
Qui labourer ne voulait plus