Et d'éternelle clarté rit.20999
Il n'a futur ni prétérit,
Le présent tout le jour compasse;
Mais ce n'est pas présent qui passe
Pour soudain passé devenir
Ni dont soit partie à venir,
Dans le présent qui les rassemble
Les trois temps sont fondus ensemble;
Onc prétérit présent n'y fut,
Et je déclare que le fu-
Tur n'y aura jamais présence,
Tant est de stable permanence.
Car le ciel est resplendissant
Qui toujours leur est paraissant,
Fixe le jour en un point stable,
Comme en printemps inaltérable.
Si beau ni si pur il n'était,
Voire quand Saturne régnait,
Qui maintenait d'or le bel âge,
A qui Jupin fit tant d'outrage,
Son fils, et tant le tourmenta
Que les couilles lui déplanta.
Mais pour qui vérité raconte,
Celui-là certes fait grand' honte
Et dommage par trop affreux,
Quand à prudhomme valeureux
Par malice il tranche la couille.
Car qui des couilles le dépouille,
Sans parler de sa grand' douleur,
De sa grand' honte et sa fureur
(De ceci ne douté-je mie),
Lui ravit l'amour de sa mie
A qui ne sera plus lié
Si bien, et s'il est marié,

L'amor de sa loial moillier.20761
Grans pechiés est d'omme escoillier[65],
Ensorquetout cil qui l'escoille
Ne li tolt pas sans plus la coille[66],
Ne s'amie que tant a chiere,
Dont jamès n'aura bele chiere,
Ne sa moillier, car c'est du mains,
Mès hardement et muers humains
Qui doivent estre es vaillans hommes:
Car escoilliés, certain en sommes,
Sunt coars, pervers, et chenins,
Por ce qu'il ont muers femenins.
Nus escoilliés certainement
N'a point en soi de hardement,
Se n'est espoir en aucun vice,
Por faire aucune grant malice:
Car à faire grans déablies
Sunt toutes fames trop hardies.
Escoillié en ce les resemblent,
Por ce que lor muers s'entresemblent;
Ensor que tout li escoillieres,
Tout ne soit-il murtriers, ne lierres,
Ne n'ait fait nul mortel pechié,
Au mains a-il de tant pechié,
Qu'il a fait grant tort à Nature
De li tolir s'engendréure.
Nes escuser ne l'en sauroit,
Jà si bien pensé n'i auroit,
Au mains ge; car se g'i pensoie,
Et la vérité recensoie,
Ains porroie ma langue user,
Que l'escoilleor escuser
De tel pechié, de tel forfait,
Tant a vers Nature forfait.

Puisque si mal va son affaire,21033
L'Amour de son épouse chère
Il ne gardera pas entier.
C'est grand péché d'homme écouiller[65b],
Car celui qui quelqu'un écouille
Ne lui prend seulement la couille
Ni l'amour de sa mie avec,
Ses caresses et son respect
(A plus forte raison sa femme),
Mais la vertu, la grandeur d'âme,
En un mot, les mœurs des vaillants.
Car couards sont, traîtres, méchants,
Les écouillés, certains en sommes,
Puisqu'ont mœurs de femme et sont hommes.
Nul écouillé, c'est reconnu,
N'a ni courage, ni vertu;
Il n'a que l'audace du vice
Pour faire aucune grand' malice.
Des écouillés femmes sont sœurs,
Puisqu'elles ont les mêmes mœurs,
Or à faire grand' diableries
Sont toutes femmes trop hardies.
En sorte que tout écouilleur,
Ne fût-il meurtrier, voleur,
Eût-il de mortel péché pure
La conscience, qu'à Nature,
Quand sa fécondité ravit,
Trop grande injure et grand tort fit.
Nul n'y saurait trouver excuse;
Car le cœur toujours s'y refuse,
Le mien du moins. J'ai beau penser
Et la vérité recenser,
Nul doute que ma langue n'use
Avant que l'écouilleur n'excuse,

Mès quelcunques pechiés ce soit,20795
Jupiter force n'i faisoit,
Mès que sans plus à ce venist
Que le regne en sa main tenist.
Et quant il fu rois devenus,
Et sires du monde tenus,
Si bailla ses commandemens,
Ses lois, ses establissemens,
Et fist tantost tout à délivre
Por les gens enseignier à vivre,
Son ban crier en audience,
Dont ge vous dirai la sentence.

CIV
Comment Jupiter fist preschier
Que chascun ce qu'avoit plus chier
Prenist, et en fist à son gré
Du tout et à sa voulenté.
Jupiter qui le monde regle
Commande et establit pour regle,
Que chascuns pense d'estre aaise;
Et s'il set chose qui li plaise,
Qu'il la face, s'il la puet faire,
Por solas à son cuer atraire.
Onc autrement ne sarmonna,
Communement abandonna
Que chascuns en droit soi féist
Quanque delitable véist:
Car deliz, si cum il disoit,
Est la meillor chose qui soit,