Et la cuilli si haut li vens,21393
Que toutes les famés vivans,
Lor cors, lor cuers et lor pensées
Ont de cele odor encensées.
Amors de la chartre léuë
A si la novele espanduë,
Que jamès n'iert lions de vaillance
Qui ne s'acort à la sentence.
Quant Genius ot tout léu,
Li baron de joie esméu,
Car onc mes, si cum il disoient,
Si bon sermon oï n'avoient,
N'onc puis qu'il furent concéu
Si grant pardon n'orent éu,
N'onques n'oïrent ensement
Si droit escommeniement,
Por ce que le pardon ne perdent,
Tuit à la sentence s'aerdent,
Et respondent tost et vias,
Amen, amen, fias, fias.
Si cum la chose ert en ce point,
N'i ot puis de demore point;
Chascuns qui le sermon amot
Le note en son cuer mot à mot:
Car moult lor sembla saluable
Por le bon pardon charitable,
Et moult l'ont volentiers oï.
Et Genius s'esvanoï,
Conques ne sorent qu'il devint,
Dont crient en l'ost plus de vint.
Or à l'assaut sans plus atendre
Qui bien set la sentence entendre!
Moult sunt nostre anemi grevé!
Lors se sunt tuit en piez levé,

Et le vent si haut le cueillit21671
Que tretoute femme qui vit
Son cœur, son corps et ses pensées
A de cette odeur encensées.
Amour du message entendu
La nouvelle a tant répandu,
Qu'il n'est plus homme de vaillance
Qui ne s'accorde à la sentence.
Sitôt qu'eut tout lu Génius,
Lors les barons de joie émus
(Car oncques, disaient-ils, personne
N'entendit sentence si bonne,
Et nul depuis qu'il fut conçu
N'avait si grand pardon reçu;
Nul n'avait pareillement même
Entendu si juste anathême),
Les barons donc répondent tôt:
Amen, amen, bravo, bravo!
Et pour que le pardon lui serve,
Chacun la sentence conserve.
Comme était la chose en ce point
Dès lors n'y eut demeure point;
Car chacun trouvant convenable
Pour le bon pardon charitable
Le serment que moult il aimait
Mot à mot en son cœur le met.
De Génius, la charte ouïe,
L'image s'est évanouie,
Et nul ne sut ce qu'il devint.
Lors en l'ost chantent plus de vingt:
«Or à l'assaut, sans plus attendre,
Qui bien sait la sentence entendre!
Moult sont nos ennemis grevés!»
Lors se sont tous sur pied levés

Près de continuer la guerre21427
Por tout prendre et metre par terre.

CV
Venus se recoursa devant
Ainsi que por cuillir le vent,
Et ala plus-tost que le pas
Au chastel, mais n'i entra pas.
Venus, qui d'assaillir est preste,
Premierement lor amoneste
Qu'il se rendent; et cil que firent?
Honte et Paor li respondirent:
Honte et Paor à Venus.
Certes, Venus, ce est néans,
Jà ne metrés les piez céans;
Non voir, s'il n'i avoit que moi,
Dist Honte, point ne m'en esmoi.
L'Acteur.
Quant la déesse entendi Honte:
Venus.
Vile orde garce, à vous que monte,
Dist-ele, de moi contrester?
Vous verrés jà tout tempester,
Se li chastiaus ne m'est rendus:
Par vous n'iert-il jà deffendus:
Encontre nous le deffendrés!
Par la char Diex vous le rendrés,

Prêts à continuer la guerre21705
Pour tout prendre et mettre par terre.

CV
Vénus par devant se retrousse
Comme pour cueillir vent en housse,
Et vient plus vite que le pas
Au castel, mais n'y entre pas.
Vénus, qui d'assaillir est prête,
Premièrement leur fait requête
Qu'ils se rendent. Avec hauteur
Lors lui répondent Honte et Peur:
Honte et Peur à Vénus.
Vénus, vous perdrez votre peine;
Vous n'entrerez, quoi qu'il advienne.
Non, vraiment, n'y eût-il que moi,
Dit Honte, point n'aurais d'émoi.
L'Auteur.
Lors, oyant Honte, la déesse:
Vénus.
Que vous sert, garce, larronnesse,
Dit-elle, de me résister?
Vous verrez tretout tempêter,
Si la place ne m'est rendue,
Qui plus ne sera défendue.
Contre nous vous la défendrez!
Par la chair Dieu! vous la rendrez!