Autres merveilles dire vais.21571
C'est que de ce soleil les rais
Ne troublent pas ni ne retardent
Les yeux de ceux qui les regardent,
Ni ne les viennent éblouir,
Mais font renforcer, réjouir,
Voire fortifier la vue,
Par la belle lumière vue
Pleine de suave chaleur
Qui, par merveilleuse valeur,
Tout le parc de parfum inonde,
Tant de grande douceur abonde.
Et pour ne pas trop vous tenir,
Daignez d'un mot vous souvenir:
Qui du parc la forme et l'essence
Saurait, pourrait dire, je pense,
Qu'oncques en si beau paradis
Adam ne fut créé jadis.
Pour Dieu, seigneurs, donc que vous semble
Du parc et du jardin ensemble?
Dites, en toute loyauté,
Lequel est de plus grand' beauté;
Donnez raisonnables sentences
Des accidents et des substances.
Des deux fontaines à vos yeux
Laquelle sourd ses eaux le mieux,
Plus vertueuses et plus pures?
Des canaux jugez les natures,
De l'escarboucle et des cristaux
Jugez les vertus et les maux,
Le pin, et l'olive fleurie
Dessus la fontaine de vie.
Je m'en tiens à vos jugements
Si, suivant les bons errements
Que léu vous ai ça arriere,21329
Donnés sentence droituriere:
Car bien vous di sans flaterie,
Haut et bas ne m'i met-ge mie[71],
Car se tort i voliés faire,
Dire faus, ou vérité taire,
Tantost, jà nel' vous quier celer,
Aillors en vodroie apeler.
Et por nous plustost acorder,
Ge vous voil briefment recorder,
Selonc ce que vous ai conté,
Lor grant vertu, lor grant bonté:
Cele les viz de mort enivre,
Mès ceste fait de mort revivre.
Seignor, sachiés certainement,
Se vous vous menés sagement,
Et faites ce que vous devrés,
De ceste fontaine bevrés.
Et por tout mon enseignement
Retenir plus legierement,
(Car leçon à briez moz léuë
Plus est de legier retenuë).
Ge vous voil ci briément retraire
Tretout quanque vous devés faire.
Pensés de Nature honorer,
Servés la par bien laborer;
Mès comment que la chose aviengne,
De raison vueil qu'il vous soviengne,
Et se de l'autrui riens avés,
Rendez-le, se vous le savés;
Et se vous rendre ne poés
Les biens despendus ou joés,
Que je vous ai tracés arrière,21605
Donnez sentence droiturière.
Mais, sans mentir, je vous promets
Que haut ni bas ne m'y soumets[71b].
Car si tort vous y vouliez faire,
Dire faux ou vérité taire,
Tantôt, à ne vous rien celer,
Ailleurs j'en voudrais appeler.
Pour mieux nous accorder ensemble,
Souffrez qu'en deux mots je rassemble
Selon ce que vous ai conté,
Leur grand' vertu, leur grand' beauté:
L'un les vivants de mort enivre
Et l'autre fait de mort revivre.
Seigneurs, sachez certainement
Que si vous vivez sagement
Et faites ce que devez faire,
Vous boirez à cette dernière.
Et pour tout mon enseignement
Retenir plus facilement
(Car leçon en quelques mots lue
Est plus aisément retenue),
Je veux, avant de vous quitter,
En quelques lignes vous dicter
Et vous dire une fois dernière
Tout ce que prudhomme doit faire.
Pensez de Nature honorer,
Et servez-la par bien ouvrer.
Mais comment que la chose advienne
De Raison veux qu'il vous souvienne.
Quand le bien d'autrui vous avez,
Rendez-le, si vous le savez,
Et si vous ne pouvez le rendre,
S'il vous faut forcément attendre,
Aiés-en bonne volenté,21361
Quant des biens aurés à plenté.
D'occision nus ne s'aprouche,
Netes aiés et mains et bouche;
Soiés loïal, soiés piteus,
Lors irés où champ deliteus
Par trace l'aignelet sivant
En pardurableté vivant,
Boivre de la bele fontaine
Qui tant est doce, et clere et saine,
Que jamès mort ne recevrés,
Si-tost cum de l'iauë bevrés;
Ains irés par joliveté
Chantant en pardurableté
Motez, conduis et chançonnettes
Par l'erbe vert sor les floretes,
Souz l'olivete karolant.
Que vous voi-ge ci flajolant?
Drois est que mon frestel estuie,
Car biau chanter sovent ennuie;
Trop vous porroie huimès tenir,
Ci vous voil mon sermon fenir:
Or i perra que vous ferés,
Quant en haut encroé serés
Por préeschier sus la bretesche.
L'Acteur.
Genius ainsinc lor préesche,
Et les resbaudist et solace;
Lors gete le cierge en la place,
Dont la flame toute enfumée
Par tout le monde est alumée.
N'est dame qui s'en puist deffendre,
Tant la sot bien Venus espandre;
Ayez-en bonne volonté21639
Dès qu'aurez biens en quantité.
Que nul à son prochain ne touche,
Nettes ayez et main et bouche,
Soyez loyaux, soyez piteux;
Lors irez au parc merveilleux
Boire à la très-belle fontaine
Qui tant est douce et claire et saine,
Les pas de l'agnelet suivants
Et dans l'éternité vivants.
Car la mort vers vous sera vaine
Dès que boirez à la fontaine;
Mais irez tout pleins de gaîté,
Chantant pendant l'éternité
Mottets et lais et chansonnettes
Par l'herbe verte et les fleurettes,
Sous l'olivette en karolant.
Mais que vous vais-je flageolant?
Temps est que ma flûte je plie,
Car beau chanter souvent ennuie.
Trop pourrais céans vous tenir,
Ci vous veux mon sermon finir.
Bientôt nous vous verrons à l'œuvre,
Lorsque du prêche à la manœuvre
Franchirez créneaux et talus.
L'Auteur.
Ainsi leur prêche Génius,
Et les transporte et les conquête.
Lors le cierge en la place il jette
Dont le brandon tout enfumé
Par tout le monde est allumé.
Tant sut ce feu Vénus répandre
Que dame ne s'en peut défendre,