Les besteletes là se mucent21229
Qui les douces rousées sucent,
Que li dous ruissiaus fait espendre
Par les flors et par l'erbe tendre.
Si pendent à l'olive escrites
En ung rolet letres petites
Qui dient à ceus qui les lisent,
Qui souz l'olive en l'ombre gisent:
Ci cort la fontaine de vie
Par desouz l'olive foillie,
Qui porte le fruit de salu.
Quiex fu li pins qui l'a valu?
Si vous di qu'en cele fontaine,
(Ce croiront foles gens à paine,
Et le tendront plusors à fables)
Luit uns charboucles merveillables[69]
Sor toutes merveilleuses pierres,
Trestous réons et à trois quierres,
Et siet emmi si hautement,
Que l'en le voit apertement
Par tout le parc reflamboier;
Ne ses rais ne puet desvoier
Ne vent, ne pluie, ne nublece,
Tant est biaus et de grant noblece:
Et sachiés que chascune quierre,
(Tex est la vertu de la pierre,)
Vaut autant cum les autres deus:
Tex sunt entr'eus les forces d'eus.
Ne les deus ne valent que cele,
Combien que chascune soit bele;
Ne nus ne les puet deviser,
Tant les sache bien aviser,
Ne s'i joindre par avisées,
Qu'il ne les truisse devisées.
Les bêtelettes de venir21503
Les douces perles recueillir
Que le doux ruisseau fait épandre
Emmi les fleurs et l'herbe tendre.
A l'olivier pendent écrits,
Sur un rouleau, signes petits
Qui disent à ceux qui les lisent,
Quand à l'ombre de l'arbre gisent
Que nul pin oncques ne valut:
«Ci, portant le fruit du salut,
S'étend l'olivette fleurie
Dessus la fontaine de vie.»
Or dans la fontaine (et ceci
Folles gens croiront à demi
Et le tiendront plusieurs à fable)
Luit une escarboucle admirable[69b]
Plus que diamants les plus beaux.
Ronde, elle a trois angles égaux
Et sied au milieu, mais si haute
Que toujours on la voit sans faute
Par tout le parc reflamboyer.
Rien ne peut faire dévoyer
Ses rais, vent, nuage ni pluie;
Sa splendeur tretous les défie.
Chaque angle vaut les autres deux,
Si bien sont parfaites entre eux
Proportions et harmonie
(Tant sa vertu est infinie),
Comme les deux ont du premier
La beauté, l'éclat tout entier.
On a beau les joindre en pensée,
Toujours la pierre est divisée,
Et nul ne la peut diviser,
Tant la sache bien aviser.
Mès nus solaus ne l'enlumine,21263
Qu'il est d'une color si fine,
Si clers et si resplendissans,
Que li solaus esclarcissans
En l'autre iauë li cristaus doubles,
Lés li seroit oscurs et troubles.
Briefment, que vous en conteroie?
Autre soleil léans ne roie
Que cil charboucles flamboians;
C'est li solaus qu'il ont léans,
Qui plus de resplendor habonde
Que nus solaus qui soit où monde.
Cis la nuit en exil envoie,
Cis fait le jor que dit avoie
Qui dure pardurablement
Sans fin et sans commencement,
Et se tient en un point de gré,
Sans passer signe ne degré,
Ne minuit, ne quelque partie
Par quoi puisse estre ore partie[70].
Si r'a si merveilleus pooir,
Que cil qui là le vont véoir,
Si-tost cum cele part se virent,
Et lor face en l'iauë remirent,
Tous jors de quelque part qu'il soient,
Toutes les choses du parc voient,
Et les congnoissent proprement,
Et eus-méismes ensement;
Et puis que là se sunt véu,
Jamès ne seront décéu
De nule chose qui puist estre,
Tant i deviennent sage mestre.
Mais nul soleil ne l'enlumine,21537
Car elle est de couleur si fine,
D'un éclat si resplendissant,
Que le soleil ëclaircissant
Là-bas le fameux cristal double
Serait près d'elle obscur et trouble.
Bref, encor que vous conterais?
Nul soleil n'y lance ses rais,
Car plus de resplendeur abonde
Que nul soleil qui soit au monde
L'escarboucle aux rais flamboyants.
C'est le soleil qui luit léans,
Qui la nuit en exil envoie
Et fait le jour qui ne dévoie,
Et qui dure éternellement,
Sans fin et sans commencement,
Et se tient en la même ligne
Sans passer ni degré, ni signe,
Ni minuit, sans un mouvement
Dont on fasse une heure, un moment[70b].
Tant merveilleuse est sa puissance
Que ceux qui sont en sa présence
Et qui là-haut le peuvent voir,
Sitôt que vers ce beau miroir
Leur visage sans plus ils virent
Et dans la fontaine le mirent,
De quelque côté que ce soit,
Tout dans le parc l'œil aperçoit.
Soudain ils savent tout connaître
Jusqu'à leur cœur et tout leur être,
Et depuis qu'ils se seront vus,
Jamais ils ne seront déçus
De nulle chose qui puisse être.
Tant chacun devient sage maître.
Autres merveilles vous dirai:21295
Que de cesti soleil li rai
Ne troublent pas, ne ne retardent
Les yex de ceux qui les regardent,
Ne ne les font essaboïr,
Mès enforcier et resjoïr,
Et ravigorer lor véuë
Por la bele clarté véuë
Plaine d'atrempée chalor,
Qui par merveilleuse valor
Tout le parc d'odor resplenist
Par la grant doçor qui en ist.
Et por ce que trop ne vous tiengne,
D'ung brief mot voil qu'il vous soviengne
Que qui la forme et la matire
Du parc verroit, bien porroit dire
C'oncques en si bel paradis
Ne fu formés Adam jadis.
Por Diex, seignor, donc que vous semble
Du parc et du jardin ensemble?
Donnés-en resnables sentences
Et d'accidens et de sustances:
Dites par vostre loiauté
Liquex est de grignor biauté;
Et regardés des deux fontaines
Laquele rent iauës plus saines,
Plus vertueuses et plus pures,
Et des dois jugiés les natures,
Jugiés des pierres précieuses
Lesqueles sunt plus vertueuses;
Et puis du pin et de l'olive
Qui cuevre la fontaine vive.
Je m'en tieng à vos jugemens,
Se vous, selonc les erremens