A travers les herbes petites.22603
Ainsi les vieilles devant dites,
Si jamais elles ont été
Surprises, durant leur été,
Par les paroles séduisantes
Et les postures suppliantes,
De loin découvrent le panneau
Et plus n'y tombent à nouveau.
Si même soupirants sincères,
Dans l'espoir des douceurs si chères
D'Amour, sont vraiment pris aux lacs
Dont si plaisants sont les soulas
Et le travail si délectable
Qu'ils ne trouvent rien d'agréable
Comme ce dur et fol espoir
Qui tant est rose et tant est noir,
Elles écoutent et devisent
Si c'est fable ou vrai ce qu'ils disent,
Et toujours sont en grand soupçon
D'être prises à l'hameçon,
Et vont soupesant les paroles,
Tant les craignent fausses et folles
Pour tous les mensonges passés
Dont leur souvient encore assez;
Car toujours croit chacune vieille
Qu'on la veut décevoir et veille.
Et, s'il vous plaît à ce fléchir
Votre cœur, pour vous enrichir,
Vous aussi qui, sans répugnance,
Cherchez là votre jouissance,
Bien pouvez ce chemin hanter
Pour vous ébattre et contenter.
Mais vous qui cherchez la jeunesse,
De mon maître et de sa sagesse
Que que mes mestres me commant,22343
(Si sunt moult bel tuit si commant)
Bien vous redi por chose voire,
(Croie-m'en qui m'en voldra croire),
Qu'il fait bon de tout essaier
Por soi miex ès biens esgaier,
Ausinc cum fait li bon lechierres
Qui des morsiaus est congnoissierres
Et de plusors viandes taste,
En pot, en rost, en soust, en paste,
En friture et en galentine,
Quant entrer puet en la cuisine;
Et set loer et set blasmer
Liquex sunt dous, liquex amer,
Car de plusors en a goustés.
Ausinc sachiés, et n'en doutés,
Que qui mal essaié n'aura,
Jà du bien gaires ne saura;
Et qui ne set d'honor que monte,
Jà ne saura congnoistre honte;
N'onc nus ne sot quel chose est aise,
S'il n'ot avant apris mesaise;
Ne n'est pas digne d'aise avoir,
Qui ne vuet mésaise savoir;
Et qui bien ne la set soffrir,
Nus ne li devroit aise offrir.
Ainsinc va des contraires choses,
Les unes sunt des autres gloses,
Et qui l'une en vuet definir,
De l'autre li doit sovenir;
Ou jà par nule entencion
N'i metra diffinicion:
Car qui des deus n'a congnoissance,
Jà n'i congnoistra difference,
Écoutez le commandement22637
(Car toujours parle sagement).
Il nous affirme, et c'est notoire
(Me croira qui voudra me croire),
Qu'il est bon de tout essayer
Pour aux plaisirs mieux s'égayer.
Tel aussi de plusieurs mets tâte,
En pot, en rôt, en sauce, en pâte,
Le vrai gourmand, le fin lécheur,
Qui des morceaux est connaisseur;
Quand peut entrer en la cuisine,
Friture il tâte et galantine,
Et sait louer et sait blâmer
Ce qu'il sent doux ou bien amer,
Car de plusieurs choses il goûte:
Ainsi, sachez-le, sans nul doute,
Qui du mal essayé n'aura,
Du bien peu de chose saura,
Et qui ne sait où l'honneur monte
Ne pourra connaître la honte,
Et n'est pas digne d'aise avoir
Qui ne veut mésaise savoir,
Et ne saurait estimer aise
S'il n'a souffert quelque mésaise;
Donc nul ne devrait aise offrir
A qui n'a su devant souffrir.
Ainsi va des contraires choses.
Les unes sont des autres gloses;
Qui voudrait l'une définir,
De l'autre il lui doit souvenir.
Car qui des deux n'a connaissance
N'y verra nulle différence;
Jamais par nulle intention
N'en fera définition.]
Sans quoi ne puet venir en place22377
Diffinicion que l'en face.]
Tout mon harnois tel que le port,
Se porter le puis à bon port,
Voldrai as reliques touchier,
Se je l'en puis tant aprouchier.
Lors ai tant fait et tant erré
A tout mon bordon defferré,
Qu'entre les deus biaus pilerés,
Cum viguereus et legerés,
M'agenoillai sans demorer,
Car moult oi grant fain d'aorer
Li biau saintuaire honorable
De cuer dévost et pitéable:
Car tout iert jà tumbé à terre,
Qu'au feu ne puet riens tenir guerre,
Que tout par terre mis n'éust,
Sans ce que de riens m'i n'éust.
Trais en sus ung poi la cortine
Qui les reliques encortine:
De l'ymage lors m'apressai
Que du saintuaire près sai;
Moult le baisai dévotement,
Et pour estuier sainement,
Voil mon bordon metre en l'archiere
Où l'escherpe pendoit derriere.
Bien le cuidai lancier de bout,
Mais il resort, et ge rebout,
Mès riens n'i vaut, tous jors recule,
Entrer n'i pot por chose nule,
Car ung palis dedans trovoi,
Que ge bien sens, et pas nel' voi,
Dont l'archiere iert dedans hordée.
Dès-lors qu'el fu primes fondée,
Tout mon harnais tel que le porte,22671
A bon port si je le transporte,
Je veux aux reliques toucher
Si les puis assez approcher.
Enfin tout le long de la route,
J'ai tant sondé, de rude joûte,
Avec mon bourdon déferré,
J'ai tant fait et j'ai tant erré,
Qu'entre les deux piliers d'ivoire,
Vigoureux, fier de ma victoire,
M'agenouillai sans demeurer,
Car moult ai grand' faim d'adorer
De cœur dévot et pitoyable
Le beau sanctuaire honorable.
Or tout à terre était tombé,
Car tant avait le feu flambé,
Qu'il avait jeté tout par terre,
Sans pourtant aucun mal me faire.
Le rideau j'écarte un petit
Qui les reliques garantit,
Et de l'image je m'approche
Qui du sanctuaire est tout proche.
Moult la baise dévotement
Et veux mettre, en pieux servant,
Mon bourdon dans la meurtrière
Où pend l'écharpe par derrière.
Bien je le crus lancer de bout
Mais il ressort aussitôt tout;
Il repart, mais toujours recule,
Entrer n'y peut pour chose nulle,
Car un obstacle est en dedans,
Que pas ne vois, mais que je sens,