Auques près de la bordéure22411
S'en iert plus fort et plus séure.
Forment m'i convint assaillir,
Sovent hurter, sovent faillir.
Se behorder m'i véissiés,
Por quoi bien garde i préissiés,
D'Ercules vous péust membrer,
Quant il volt Cacus desmembrer.
Trois fois a la porte assailli,
Trois fois hurta, trois fois failli,
Trois fois s'assist en la valée
Tout las por avoir s'alenée,
Tant ot soffert paine et travail:
Et ge qui ci tant me travail,
Que trestout en tressu d'angoisse,
Quant cest palis tantost ne froisse,
Sui bien, ce cuit, autant lassés
Cum Hercules, et plus assés.
Tant ai hurté, que toutevoie
M'aparçui d'une estroite voie
Par où bien cuit outrepasser,
Mès convint le palis casser.
Par la sentele que j'ai dite,
Qui tant iert estroite et petite,
Par où le passage quis ai,
Le palis au bordon brisai.
Sui moi dedens l'archiere mis,
Mès ge n'i entrai pas demis.
Pesoit moi que plus n'i entroie,
Mès outre pooir ne pooie;
Mès por nule riens ne lessasse
Que le bordon tout n'i passasse.

Dont on barra la meurtrière22703
Quand on la construisit naguère.
Il était tout auprès du bord
Qu'il rend ainsi plus sûr et fort.
Déréchef ardent je l'assaille,
Souvent heurte, en vain me travaille.
Si vous eussiez pu assister
Au combat et me voir joûter,
Il vous fût souvenu d'Hercule
De Cacus forçant la cellule.
Trois fois la porte il assaillit,
Trois fois heurta, trois fois faillit,
Trois fois fut s'asseoir dans la plaine
Épuisé et tout hors d'haleine,
Tant de peine il avait souffert.
Et moi, tout mon travail se perd,
Tant que tretout je fonds d'angoisse
De ce que l'obstacle ne froisse,
Et suis autant, je crois, lassé
Qu'Hercule même et plus assé.
Tant heurtai, qu'enfin à grand' joie
J'aperçus une étroite voie
Par où je pense outre-passer;
Mais le barrage il faut casser.
Par cette sente que j'ai dite,
Étroite certes et petite,
Par où le passage avisai,
Du bourdon l'obstacle brisai.
Lors me mis en la meurtrière,
Mais n'entrai plus d'à moitié guère.
De n'entrer mieux je gémissais,
Mais passer outre ne pouvais;
Mais, croyez-moi, pour rien au monde,
Combien me peine et me morfonde,

Outre le passai sans demore,22443
Mès l'escherpe dehors demore
O les martelez rebillans
Qui dehors erent pendillans.
Et si m'en mis en grant destroit,
Tant trovai le passage estroit;
Car largement ne fu-ce pas
Que ge trespassasse le pas;
Et se bien l'estre du pas sé,
Nus n'i avoit onques passé:
Car j'i passai tout li premiers,
N'encor n'ierent pas coustumiers
Li liex de recevoir passage.
Ne sai s'il fist puis avantage
Autant as autres cum à moi,
Mès bien vous di que tant l'amoi,
Que ge ne le poi onques croire,
Néis se ce fust chose voire;
Car nus de legier chose amée
Ne mescroit, tant soit diffamée,
Ne si ne le croi pas encores;
Mès au mains sai-ge bien que lores
N'iert-il ne froés ne batus,
Et por ce m'i sui embatus,
Que d'autre entrée n'i a point
Por le bouton cuillir à point.
Si saurés cum ge m'i contins,
Tant qu'à mon gré le bouton tins.
Le fait orrés et la maniere,
Por ce que se mestier vous iere,
Quant la douce saison vendra,
Seignors Valets, qu'il convendra
Que vous ailliés cuillir les Roses,
Ou les ouvertes, ou les closes,

Je ne laisserais le combat22737
Que le bourdon tout n'y passât.
Je le passe outre sans demeure,
Mais l'écharpe dehors demeure
Avec les marteaux sautillants
Qui dehors étaient pendillants.
Et je m'en mis en grand ouvrage,
Tant étroit trouvai le passage,
Car largement ne fût-ce pas
Que je franchis ce dernier pas,
Et si je connais ce passage.
Nul avant n'y passa, je gage,
Et j'y passai tout le premier,
Car n'était certes coutumier
Ce lieu de recevoir passage,
Je ne sais s'il fit d'avantage,
Autant à d'autre comme à moi
Depuis; mais tant l'aimais, ma foi,
Que jamais ne le pourrai croire
Quand ce serait chose notoire.
Nul ne croit de l'objet aimé
Le mal dit, tant soit diffamé,
Et je ne le crois pas encore.
Mais alors, ceci point n'ignore,
Il n'était battu ni tracé,
Aussi m'y suis-je tôt glissé;
Car il n'y a d'autre fissure
Pour cueillir à point la fleur mûre.
Or sachez comme m'y contins,
Tant qu'à mon gré le bouton tins.
Le fait oyez et la manière,
La leçon vous est nécessaire;
Car la douce saison viendra,
Seigneurs varlets, où il faudra

Que si sagement i ailliés,22477
Que vous au cuillir ne failliés.
Faites si cum vous m'orrés faire,
Se miex n'en savés à chief traire;
Car se vous plus largetement,
Ou miex, ou plus sotivement
Poés le passage passer,
Sans vous destraindre ne lasser,
Si le passés à vostre guise,
Quant vous aurés la voie aprise.
Tant aurés au mains d'avantaige,
Que ge vous aprens mon usaige
Sans riens prendre de vostre avoir:
Si m'en devés bon gré savoir.
Quant g'iere ilec si empressiés,
Tant fui du Rosier apressiés,
Qu'à mon voloir poi la main tendre
As rainsiaus por le bouton prendre.
Bel-Acueil por Diex me prioit
Que nul outrage fait n'i oit;
Et ge li mis moult en convent,
Por ce qu'il m'en prioit sovent,
Que jà nule riens n'i feroie
Fors sa volenté et la moie.