M. Francisque Michel, qui traduit cors par cours, partout, sans s'inquiéter si ce mot désigne les cours du ciel, c'est-à-dire les astres errants, ou simplement les corps dispersés dans la nature, comme au vers 17649, par exemple, ne se donne pas plus de peine pour traduire mors. Mais alors il traduit au hasard, selon sa fantaisie, tantôt par mort, tantôt par mœurs, et quand l'orthographe le [p.390] gêne, il la change. Ce n'est pas plus difficile que cela.
Mors veut dire ici mœurs, en latin mores. Mors, en tant que régime, ne peut signifier que morts ou mœurs. Or, l'épithète de meschéans, qu'il traduit par méchante, ne pouvant qualifier que la mort personnifiée, il fallait absolument à M. Francisque Michel un singulier. Donc, au lieu de mors, il écrit mort, meschéant, et, comme conséquence, il change la rime précédente; mais alors, pourquoi n'écrit-il pas chétif et récréant, et laisse-t-il chetis au pluriel et récréant au singulier?
De plus, mort était du féminin, mœurs était encore du masculin, de même qu'en latin, comme le prouve, entre autres, le vers 17744. Il est vrai qu'ici meschéans peut s'appliquer aux deux mots, puisque les participes présents n'avaient pas de féminin au XIIIe siècle; mais meschéant, participe de meschéoir, signifiait: qui a de fâcheuses conséquences, fatal, mauvais, et ce n'est que plus tard qu'il signifia cruel, doué de mauvais instincts. D'un autre côté, au vers 17748, le doute ne devait pas être permis: Tex mors destinées, en dehors du sens, qui est indiscutable, indique que mors, féminin, signifie morts, de sorte que le vers suivant:
Qui tel éur lor ont méu,
se rapporte à destinées. Mais M. Francisque Michel ne s'embarrasse pas pour si peu, et il traduit mors par mœurs, commettant ici un deuxième contre-sens.
Est-il besoin enfin de critiquer la traduction de récréant par cessant d'agir? Récréant, participe de recrere, avait le même sens que recréu. Il signifiait: qui se rend, rendu, abattu.
[p.391] Note 29, pages [76]-[77].
Vers 17727-17953. Empédocles, philosophe et poëte, de la ville d'Agrigente, en Sicile, désirant qu'on crût qu'il tenoit de la déité et qu'on le tînt comme un dieu après sa mort, quitta adroitement la compagnie avec laquelle il étoit allé sur le mont Etna, le remonta et se précipita dans le volcan. On ne s'aperçut de cet acte de folie que parce qu'on trouva ses pantoufles qui avoient été rejetées à plus de cinquante pas par l'effet d'une irruption. (Lantin de Damerey.)
Vers 17740-17966. Origènes naquit à Alexandrie, l'an 185 de J.-C, et mourut à Tyr l'an 256. D'autres historiens placent sa mort en l'an 254 ou 252. Il enseigna la théologie aux hommes et aux femmes, et, pour se mettre à l'abri de la calomnie, à cause de sa fréquentation avec le sexe, il se rendit eunuque, prenant trop à la lettre ce qu'a dit J.-C. dans son Évangile, au sujet des eunuques volontaires pour le royaume des cieux. On dit qu'il composa six mille volumes, c'est-à-dire six mille rouleaux. Ce travail immense devoit lui attirer le surnom d'entrailles de fer, à plus juste titre qu'au grammairien Didymus, qui n'avoit fait que trois mille cinq cens volumes. (Lantin de Damerey.)