Désespérant de la tuer par ce moyen, le juge dit à son chancelier de mander auprès d’elle les jeunes gens les plus vigoureux et les plus ardents de la ville, afin qu’ils usassent de son corps jusqu’à la faire mourir. Mais le premier qui entra dans la prison aperçut une troupe de vierges resplendissantes qui priaient autour d’Euphémie ; et aussitôt il devint chrétien. Alors le juge la fit suspendre par les cheveux, puis, devant l’inefficacité de ce nouveau supplice, la condamna à être privée de nourriture et à être pressée comme une olive entre d’énormes pierres. Elle resta ainsi pendant sept jours, nourrie par un ange ; et, au bout de sept jours, les quatre grosses pierres se trouvèrent réduites en une fine cendre.

Honteux d’être vaincu par une jeune fille, le juge la fit plonger dans une fosse où se trouvaient trois bêtes d’une férocité effroyable. Mais ces bêtes accoururent près d’elle pour la caresser, et, joignant leurs queues, lui firent comme un trône où le juge la vit s’asseoir. Enfin un bourreau, entrant dans la fosse, perça d’un glaive le côté de la sainte, qui acheva ainsi les épreuves de son martyre. Pour le récompenser, le juge le revêtit d’un manteau de soie et lui ceignit les reins d’une ceinture dorée ; mais, au moment où cet homme sortait de la fosse, un lion s’élança sur lui et le dévora, ne laissant que le manteau, la ceinture et quelques ossements. Quant au juge Priscus, il en vint à se dévorer lui-même, et rendit son âme au démon. Sainte Euphémie fut ensevelie à Chalcédoine, l’an du Seigneur 280 ; et, par ses mérites, tous les Juifs et païens de Chalcédoine se convertirent au christianisme.

CXXXV
SAINT LAMBERT, ÉVÊQUE ET MARTYR
(17 septembre)

Lambert était noble de naissance, mais il fut plus noble encore par la sainteté de sa vie. Instruit dans les Ecritures dès son enfance, il était si aimé de tous que, après la mort de son maître Théodard, il fut élu, à sa place, évêque de Maëstricht. Le roi Childéric avait pour lui une estime toute particulière, et le préférait à tous les autres évêques, jusqu’à ce que, un jour, trompé par la malice croissante des envieux, il le chassa de son siège, et nomma Féramond pour le remplacer.

Lambert se réfugia alors dans un monastère où, pendant sept ans, il donna l’exemple de la plus haute vertu. Mais une nuit, comme il se levait pour prier, il fit par hasard un grand bruit sur le pavé. Et l’abbé, entendant le bruit, dit : « Que celui qui a fait ce bruit aille aussitôt à la croix ! » Aussitôt Lambert, pieds nus, et couvert d’un cilice, courut vers la croix qui était à la porte du monastère, et y resta jusqu’au matin, dans la neige et la glace. Et quand, le lendemain, l’abbé vit que c’était lui qui était allé à la croix, il l’envoya chercher, et, avec tous les moines, lui demanda pardon. Et l’évêque les accueillit avec une indulgence parfaite. Sept ans après, Féramond fut enfin chassé de son siège, et saint Lambert y remonta, par ordre du roi Pépin. Et comme deux méchants recommençaient à le tourmenter, ses amis les tuèrent ainsi qu’ils le méritaient. Vers le même temps, Lambert fit de vifs reproches à Pépin au sujet d’une courtisane qu’il gardait près de lui. Alors le frère de cette courtisane, qui servait à la cour, s’entendit avec Dodon, frère des deux hommes qui avaient été tués ; et, ayant assemblé une armée, ils assiégèrent la maison de l’évêque. Celui-ci était en prière quand un de ses serviteurs vint lui annoncer que la maison était assiégée. Le saint prit d’abord un poignard ; mais bientôt il se ravisa et jeta le poignard, préférant vaincre ses ennemis par sa mort que de souiller de leur sang ses mains sacrées. Il engagea ses compagnons à confesser leurs péchés et à attendre courageusement la mort ; puis il se remit en prière ; et aussitôt les impies, forçant les portes, s’élancèrent sur lui et le mirent à mort. Quand ils se furent retirés, un des serviteurs de Lambert embarqua secrètement son corps sur un bateau et le transporta dans l’église, où il fut enseveli en grande pompe par les habitants, désolés de sa mort. Cette mort eut lieu en l’an du Seigneur 620.

CXXXVI
SAINT CORNEILLE, PAPE ET MARTYR
(18 septembre)

Le pape Corneille, successeur de saint Fabien, fut relégué en exil avec son clergé par l’empereur Décius. En exil, il reçut une lettre d’encouragement de saint Cyprien, évêque de Carthage. Revenu à Rome, il comparut devant Décius, qui, après l’avoir fait frapper de verges plombées, ordonna qu’il fût conduit au temple de Mars, pour sacrifier aux idoles, ou, en cas de refus, pour subir la peine capitale. Comme on le conduisait, un soldat le pria de s’arrêter dans sa maison et de prier pour sa femme Sallustie, qui, depuis cinq ans, était paralysée. Corneille, par sa prière, guérit cette femme : sur quoi son mari et elle, ainsi que vingt autres soldats, se convertirent à la foi chrétienne. Et Décius les fit tous conduire au temple de Mars ; et comme ils se refusaient à sacrifier, tous subirent le martyre avec saint Corneille. Ce martyre eut lieu en l’an 253.

Trois ans plus tard, Cyprien, évêque de Carthage, fut envoyé en exil par le proconsul Patron. Mais le proconsul Galère, successeur de Patron, le rappela à Carthage et le condamna à la peine capitale. Et Cyprien, après avoir remercié Dieu de cette condamnation, recommanda à ses amis de donner quinze pièces d’or à son bourreau pour le récompenser. Puis, fermant les yeux, il reçut le coup mortel, en l’an 256.

CXXXVII
SAINT EUSTACHE, MARTYR
(20 septembre)

Eustache s’appelait d’abord Placide. Il commandait les armées de l’empereur Trajan. C’était un homme bon et miséricordieux, mais adonné au culte des idoles. Il avait une femme, païenne comme lui, et comme lui excellente ; et deux fils, à qui il avait fait donner l’éducation la plus raffinée.