Il préférait s’entendre blâmer que louer ; et il avait demandé à un de ses frères que, dès que le peuple faisait l’éloge de sa sainteté, ce frère lui répétât dans l’oreille les pires injures. Et comme ce frère, bien malgré lui, le traitait de rustre inutile et stupide, François tout joyeux, lui disait : « Que Dieu te bénisse, car ce que tu dis là est bien vrai, et voilà les choses que je mérite d’entendre ! » Ce parfait serviteur de Dieu préférait aussi servir que commander, obéir qu’ordonner. Il s’était constitué un gardien, à la volonté duquel il se soumettait aveuglément. Au frère qui l’accompagnait dans sa route, il avait toujours soin de promettre obéissance ; et c’était toujours lui qui le servait.
Un jour qu’il passait par la Pouille, il trouva, à terre, une bourse qui paraissait gonflée de deniers. Son compagnon voulait la ramasser, pour en distribuer le contenu aux pauvres, mais François lui dit : « Mon cher fils, nous n’avons pas le droit de prendre le bien d’autrui ! » Cependant, comme le frère insistait, François lui permit de prendre la bourse et de l’ouvrir ; et ils virent qu’au lieu d’argent elle contenait une grosse vipère. Sur quoi le saint dit : « L’argent, pour les serviteurs de Dieu, n’est jamais autre chose qu’une vipère venimeuse. »
Etant l’hôte d’un habitant d’Alexandrie, en Lombardie, cet homme lui demanda que, pour observer le précepte de l’évangile, il consentît à manger tout ce qu’on lui servirait. Le saint promit ; et l’hôte lui fit servir un magnifique chapon. Ce qu’apprenant, un impie se présenta devant eux, pendant qu’ils mangeaient, et leur demanda l’aumône au nom de Dieu. Saint François lui fit aussitôt donner une part du chapon ; et l’impie, au lieu de la manger, la garda avec soin ; puis, le lendemain, pendant que le saint prêchait, il montra le morceau en disant : « Tenez, voici de quoi se nourrit cet homme, que vous honorez comme un saint ! Car c’est lui-même qui m’a donné, hier soir, ce reste de sa table ! » Et il montrait le morceau de chapon, mais la foule ne voyait qu’un morceau de poisson, et l’on traitait de fou l’accusateur du saint. Et quand celui-ci s’aperçut du miracle, tout honteux il demanda pardon ; et aussitôt la viande reprit sa forme première.
François voulait qu’on traitât avec un respect tout particulier les mains des prêtres, qui ont le pouvoir de transformer le pain en le corps de Dieu. Et il disait souvent : « Si je rencontrais ensemble un grand saint du ciel et un pauvre petit prêtre, je courrais d’abord baiser les mains du prêtre, et je dirais au saint : « Attends-moi un instant, saint Laurent, car les mains de cet homme produisent le Verbe vivant, et il faut d’abord que je leur fasse ma révérence ! »
Innombrables sont les miracles qu’il opéra pendant sa vie. Le pain même qu’on lui apportait à bénir guérissait les malades. Il changeait l’eau en vin, et tout malade qui goûtait de ce vin recouvrait la santé. Et quand, après une longue maladie, il sentit la mort s’approcher, il se fit déposer sur la terre nue, bénit tous ses frères, et, en souvenir de la Cène, partagea entre eux une bouchée de pain. Il invitait la mort elle-même à louer Dieu avec lui, la saluant avec joie, et lui disant : « Bienvenue est ma sœur la mort ! » C’est ainsi qu’il s’endormit dans le Seigneur.
Un frère nommé Augustin, qui cultivait le jardin du couvent, tomba malade et perdit la parole. Mais tout à coup il s’écria : « Attends-moi, mon père, attends-moi ! Je viens avec toi. » Et comme ses frères lui demandaient ce qu’il voulait dire, il répondit : « Ne voyez-vous pas notre père François, qui marche dans le ciel ? » Et aussitôt, s’endormant dans le Seigneur, il rejoignit son maître.
Une femme, qui avait une piété spéciale pour saint François mourut, pendant que le clergé célébrait ses obsèques, soudain elle se redressa sur son lit, et dit à l’un des prêtres : « Mon père, je veux me confesser. J’étais morte, et j’allais être condamnée à la prison éternelle, car j’avais sur la conscience un péché dont je ne m’étais confessée à personne. Mais saint François a daigné prier pour moi, et a obtenu que je revinsse à la vie pour révéler mon péché et en recevoir mon pardon. » Elle se confessa, reçut l’absolution et s’endormit dans le Seigneur.
Un paysan de Vicera, à qui des frères franciscains demandaient une charrue, leur répondit : « Plutôt que de vous donner ma charrue, j’aimerais mieux vous écorcher, et votre saint François avec vous ! » Peu de temps après, le fils de cet homme tomba malade et mourut. Et son père, se roulant à terre, invoquait saint François : « C’est moi qui ai commis le péché, c’est moi que tu devais punir ! Grand saint, rends à un pieux suppliant ce que tu as enlevé à l’impie blasphémateur ! » Et aussitôt le fils, ressuscité, lui dit : « Quand je suis mort, saint François m’a conduit par un chemin long et sombre jusque dans une belle prairie ; et puis il m’a dit : « Retourne maintenant chez ton père, mon cher enfant, je ne veux pas te retenir plus longtemps ! »
Un pauvre demandait à un riche de lui prolonger le crédit d’une dette, par amour pour saint François. A quoi le riche répondit ; « Je t’enfermerai dans un lieu où François lui-même ne pourra pas te venir en aide. » Et il le fit jeter en prison. Mais, le soir même, saint François apparut au prisonnier, brisa ses chaînes et le ramena dans sa maison.
Un soldat, après avoir déprécié les miracles de saint François pendant qu’il jouait aux dés, s’écria : « Si François est saint, que ces deux dés amènent donc le total 18 ! » Aussitôt l’un des deux dés se trouva porter 12 au lieu de 6, et neuf fois de suite ce miracle se renouvela. Mais le soldat, aggravant son ancienne folie d’une folie pire encore, s’écria : « Si ce François est vraiment un saint, je veux que mon corps tombe aujourd’hui percé d’une épée ! » Et, dès que la partie fut finie, le neveu de cet homme, s’étant pris de querelle avec lui, tira son épée et lui en transperça le ventre, ce dont il mourut sur-le-champ.