Les Sarrasins croient encore bien d’autres choses au sujet de leur faux prophète : par exemple que Dieu, en créant le ciel et la terre, avait devant les yeux le nom de Mahomet, et que, si Mahomet n’avait pas dû naître, Dieu n’aurait créé ni le ciel ni la terre. On raconte aussi que Mahomet a pris la lune dans son sein, l’a partagée en deux, puis reformée entière. On raconte que, des ennemis voulant lui faire avaler du poison dans de la viande d’agneau, l’agneau lui aurait dit : « Garde-toi de me manger, car j’ai en moi du poison ! » Ce qui n’empêcha pas Mahomet de mourir empoisonné.

Charlemagne.

III. Mais il est temps que notre plume revienne à l’histoire des Lombards. Ceux-ci, donc, bien qu’ils eussent reçu la foi du Christ, causaient cependant de nombreux ennuis à l’empire romain. Mais plus tard, Pépin, le maire du palais du roi des Francs, étant mort, son fils Charles Martel lui succéda, qui, après de nombreuses victoires, laissa sa charge à ses deux fils Charles et Pépin. Mais Charles, renonçant au monde, entra au monastère du Mont Cassin, tandis que son frère Pépin, sans avoir le titre de roi, gérait vaillamment le royaume des Francs. Le roi véritable, Childéric, au contraire, était paresseux et inutile, de telle sorte que Pépin demanda au pape Zacharie si, se contentant d’avoir le nom de roi, cet incapable devait continuer à régner. A quoi le pape répondit que celui-là devait être roi qui savait bien gérer le royaume. Ce qu’entendant les Francs enfermèrent Childéric dans un monastère et firent roi Pépin, en l’an du Seigneur 750.

Or, peu de temps après, Astolphe, roi des Lombards, dépouilla l’Eglise romaine de ses possessions ; et le pape Etienne, qui avait succédé à Zacharie, réclama contre eux l’aide du roi Pépin. Celui-ci vint en Italie avec une nombreuse armée, assiégea le roi Astolphe, et obtint de lui quarante otages, comme gage de sa promesse de ne plus inquiéter l’Eglise romaine et de lui rendre tout ce qu’il lui avait enlevé. Mais dès que Pépin se fut retiré, Astolphe tint pour nulles toutes ses promesses : ce dont il ne tarda pas à être puni, car, peu après, au moment où il partait pour la chasse, il mourut subitement. Il eut pour successeur Desiderius.

C’est vers le même temps que le roi des Goths, Théodoric, qui gouvernait l’Italie par ordre de l’empereur, et qui était infecté de l’hérésie arienne, exila le philosophe Boëce, qui, avec son gendre Symmaque, avait illustré la république et défendu l’autorité du Sénat romain. Exilé à Pavie, Boëce y écrivit son livre de la Consolation. Il fut ensuite mis à mort par ordre de Théodoric. Sa femme, nommée Elpès, passe pour être l’auteur de l’hymne des apôtres Pierre et Paul, qui commence ainsi : Felix per omnes festum mundi cardines. Elle composa aussi sa propre épitaphe, ainsi conçue :

Elpes dicta fui, Siciliæ regionis alumna,

Quam procul a patria conjugis egit amor ;

Porticibus sacris jam nunc peregrina quiesco,

Judicis oberni testificata thronum.

Le roi Théodoric mourut subitement. Saint Grégoire raconte qu’un saint ermite le vit enfoncer, nu, dans la chaudière de Vulcain, par le pape Jean et Symmaque, qu’il avait mis à mort.