En l’an du Seigneur 687, florissait en Angleterre le vénérable Bède, prêtre et moine, qui a sa place parmi les saints, mais que l’Eglise appelle d’ordinaire le « Vénérable », et non le « saint ». On raconte, en effet, qu’un jour, dans sa vieillesse, sa vue s’étant obscurcie, il se faisait conduire par un guide, au bras duquel il allait par villes et villages, prêchant la parole de Dieu. Or un jour, comme il traversait une vallée déserte jonchée de grosses pierres, le guide, par moquerie, dit à Bède qu’il y avait là une foule nombreuse, qui attendait en silence sa prédication. Le vieillard se mit donc à prêcher ; et au moment où il terminait son discours par les mots Per omnia secula seculorum, toutes les pierres lui répondirent à haute voix, Amen, venerabilis pater ! On raconte aussi que, après sa mort, un prêtre s’occupait à écrire un distique latin qu’il voulait faire graver sur son tombeau. Il avait déjà écrit le premier vers : Hac sunt in fossa, et il avait d’abord songé à mettre au second vers : Bedæ sancti ossa. Mais ce second vers n’allait pas bien pour la mesure : de sorte que le prêtre se coucha, se réservant de réfléchir jusqu’au lendemain. En voici que, le lendemain, en arrivant au tombeau, il trouva le distique complété ainsi de la main des anges :

Hac sunt in fossa

Bedæ venerabilis ossa.

Et l’on raconte encore que le vénérable Bède, au jour de l’Ascension, se fit transporter à l’autel, où il récita jusqu’au bout l’antienne O Rex gloriæ, Domine virtutum ; après quoi il s’endormit dans le Seigneur, et un parfum sortit de lui, si doux, que tous se croyaient transportés en paradis. Son corps est conservé, avec de grands honneurs, dans la ville de Gênes.

Vers le même temps, à savoir en l’an 700, Racord, roi des Frisons, au moment de recevoir le baptême, et comme il avait déjà un de ses pieds dans la piscine, demanda tout à coup si c’était au ciel ou en enfer que se trouvaient la plupart de ses ancêtres ; puis, apprenant que c’était en enfer, il retira le pied qu’il avait mis dans l’eau, et dit : « Mieux vaut aller avec le plus grand nombre qu’avec le plus petit ! » Mais on raconte qu’il n’agit ainsi que sur la promesse fallacieuse du démon, qui lui avait dit que, trois jours après, il lui donnerait des biens incomparables ; et, le quatrième jour, ce Racord mourut, d’une mort subite, pour l’éternité. — La même année, on raconte qu’en Campanie du blé, de l’orge et des légumes tombèrent du ciel sous forme de pluie.

En l’an 740, comme on transportait le corps de saint Benoît du Mont Cassin au monastère de Fleury-sur-Loire, et le corps de sa sœur sainte Scolastique au Mans, un moine du Mont Cassin s’opposa à cette translation ; mais les miracles de Dieu et la résistance des Francs eurent raison de sa défense. — La même année, il y eut un grand tremblement de terre, qui détruisit certaines villes, et en transporta d’autres à une distance de plus de six milles, avec tous leurs murs et tous leurs habitants. La même année encore fut faite la translation à Rome de sainte Pétronille, fille de l’apôtre saint Pierre, sur le tombeau de marbre de laquelle ce grand saint avait écrit lui-même : « A Pétronille dorée, ma bien chère fille ! » Et c’est encore vers ce temps que les Tyriens ravagèrent l’Arménie. Ces barbares, ayant été atteints d’une peste, reçurent des chrétiens le conseil de se tondre la tête en forme de croix. Et ils ont gardé jusqu’à nos jours cette pratique, en souvenir de la guérison ainsi obtenue.

A la mort du glorieux Pépin, son fils Charlemagne monta sur le trône. Le pape Adrien lui envoya des légats pour lui demander secours contre le roi des Lombards Desiderius, qui, à l’exemple de son père Astolphe, vexait, en toute manière, l’Eglise romaine. Sur quoi Charles, ayant rassemblé une grande armée, entra en Italie par le mont Cenis, mit le siège devant Pavie, s’empara de Desiderius et de toute sa famille, les exila en Gaule, et rendit à l’Eglise tous les droits que les Lombards lui avaient enlevés. Il avait dans son armée deux vaillants soldats du Christ, Amicus et Amélius, qui furent tués à Mortara, dans la bataille où Charlemagne défit les Lombards. Et ainsi se termina le règne de ces Lombards, qui désormais n’eurent plus de chefs que ceux que leur désignaient les empereurs.

Charles se rendit ensuite à Rome, où le pape, dans un synode de cent cinquante-quatre évêques, lui conféra le droit d’élire les souverains pontifes et d’investir, avant leur consécration, les archevêques et évêques des diverses provinces. C’est aussi à Rome que le pape sacra rois les fils de Charlemagne, Pépin, roi d’Italie, et Louis, roi d’Aquitaine. Mais Pépin, convaincu d’avoir conspiré contre son père, fut tonsuré et fait moine.

En l’an 780, sous le règne de l’impératrice Irène et de son fils Constantin, un homme découvrit, sous un mur en Thrace, un coffre de pierre où se trouvait le cadavre d’un homme avec cette inscription : « Le Christ naîtra de la Vierge Marie. Et c’est sous les empereurs Constantin et Irène que tu me reverras, ô soleil ! »

A la mort d’Adrien, Léon fut élu pape, homme infiniment vénérable, mais à qui les proches d’Adrien firent crever les yeux et couper la langue par la populace, pendant qu’il célébrait les litanies. Mais Dieu lui rendit miraculeusement la vue et la parole ; après quoi Charlemagne le réinstalla dans son siège et châtia les coupables.