Une nuit, saint Benoît, debout à la fenêtre de sa cellule, vit une grande lumière se substituer aux ténèbres. Et il aperçut, dans un rayon plus éclatant que tous ceux du soleil, l’âme de l’évêque de Capoue, Germain, qu’on emportait au ciel. Il comprit aussitôt que cette âme venait de quitter le corps de l’évêque ; et, en effet, saint Germain était mort en ce même instant.

L’année de sa mort, saint Benoît annonça à ses frères qu’il allait mourir. Et six jours avant sa fin, il se fit creuser sa fosse. Le lendemain, une fièvre le saisit, qui alla tous les jours s’aggravant. Le sixième jour, il se fit transporter à la chapelle et reçut le corps du Seigneur en manière de viatique. Puis, soutenu par ses disciples, il se tint debout, les mains levées au ciel, et rendit le dernier soupir au milieu d’une prière.

II. Or, ce même jour, deux frères, dont l’un était enfermé dans sa cellule, et dont l’autre se trouvait très loin, eurent tous deux la révélation de la mort du saint. Car ils virent une voie lumineuse qui, partant de la cellule de saint Benoît, montait à l’orient jusqu’au ciel. Et un inconnu leur demanda ce qu’était cette voie. Et comme tous deux répondaient qu’ils l’ignoraient, l’inconnu leur dit : « Sachez donc que c’est la voie par laquelle le bienheureux Benoît monte au ciel ! »

Il fut enseveli dans l’oratoire de Saint-Jean-Baptiste, qu’il avait fait construire sur les ruines d’un temple d’Apollon. Il florissait vers l’an du Seigneur 518, au temps de Justin l’Ancien.

L
SAINT TIMOTHÉE, PRÊTRE ET MARTYR
(24 mars)

Saint Timothée était d’Antioche ; mais c’est à Rome que se fête l’anniversaire de sa naissance, parce que c’est dans cette ville qu’il fut ordonné prêtre, sous le pape Melchiade, par Sylvestre, qui devint plus tard évêque de Rome. Et Sylvestre non seulement l’ordonna prêtre et le reçut dans sa maison, mais il ne craignit pas de louer en public sa vie et sa doctrine. Pendant un an et trois mois, Timothée enseigna la vérité du Christ, faisant de nombreuses conversions ; après quoi, Dieu l’ayant jugé digne du martyre, il fut pris par les païens, livré au préfet Tarquin, soumis à un long emprisonnement et à mille tortures, et enfin, en bon athlète de Dieu, décapité en compagnie d’assassins. La nuit suivante, saint Sylvestre emporta son corps dans sa maison, où il manda aussitôt l’évêque Melchiade. Celui-ci vint avec ses prêtres et diacres, passa toute la nuit en prières auprès du corps, et consacra ainsi son martyre. Le lendemain, une pieuse femme nommée Théone demanda au pape susdit de pouvoir enterrer Timothée dans son jardin, à côté du lieu où reposait l’apôtre Paul : s’offrant, si on lui donnait le corps, à lui élever à ses frais un tombeau. Et les chrétiens accueillirent sa demande d’autant plus volontiers qu’ils étaient heureux de voir enseveli à côté de saint Paul ce martyr, qui avait été jadis le disciple du grand apôtre.

LI
L’ANNONCIATION
(25 mars)

I. La fête de l’Annonciation célèbre le souvenir du jour où un ange a annoncé l’avènement du fils de Dieu dans la chair.

La Vierge était restée, depuis sa troisième année jusqu’à sa quatorzième, dans le temple avec les autres vierges. Puis, sur la révélation de Dieu, elle avait été fiancée à Joseph, et celui-ci s’était rendu à Bethléem, d’où il était originaire, afin de préparer les choses nécessaires pour les noces. Et Marie, pendant ce temps, était revenue dans la maison de ses parents, à Nazareth. C’est là que l’ange Gabriel lui apparut, et la salua, en lui disant : « Je vous salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes ! » Ce qu’entendant, Marie fut profondément troublée des paroles de l’ange et se demanda ce que signifiait cette salutation. Notons à ce propos qu’elle fut troublée des paroles de l’ange, non de sa vision : car souvent elle voyait des anges. Et l’ange, la réconfortant, lui dit : « Ne craignez pas, Marie, car vous ayez trouvé grâce auprès du Seigneur. Voici que vous allez concevoir et mettre au monde un fils, qui s’appellera Jésus, c’est-à-dire le Sauveur, parce qu’il sauvera son peuple de ses péchés. » Et Marie dit à l’ange : « Comment sera-ce possible, puisque je ne connais aucun homme ? » Elle voulait dire par là : « Puisque je suis résolue à ne point connaître d’homme ! » Et l’ange, répondant, lui dit : « L’Esprit-Saint surviendra en vous, et vous fera concevoir. » Alors Marie, étendant les mains et levant les yeux au ciel, dit : « Me voici, la servante du Seigneur ! Que me soit fait suivant ta parole ! » Puis, se relevant, elle se rendit sur la montagne, auprès d’Elisabeth ; et comme elle la saluait, l’enfant saint Jean bondit de joie dans le ventre de sa mère.

II. Un soldat riche et noble avait renoncé au siècle et était entré dans l’Ordre de Cîteaux. Mais il était si illettré que les moines, rougissant de son ignorance, chargèrent un maître de lui donner des leçons. Or il eut beau recevoir des leçons ; il ne put rien apprendre que deux mots : Ave Maria, qu’il allait répétant toute la journée. Quand il mourut, et qu’on l’ensevelit avec les autres frères, voici que sur sa tombe poussa un lys magnifique, qui portait inscrit sur chacune de ses feuilles en lettres d’or : Ave Maria. Les frères, étonnés d’un si grand miracle, enlevèrent la terre du tombeau, et virent que le lys prenait sa racine dans la bouche du mort. Ainsi ils comprirent avec quelle dévotion il avait dit ces deux mots.