Le Christ ressuscité est apparu cinq fois le jour même de sa résurrection, et cinq fois encore durant les jours suivants : 1o il apparut d’abord à Marie-Madeleine, afin de montrer qu’il était mort pour sauver les pécheurs ; 2o il apparut ensuite aux femmes qui revenaient du tombeau ; 3o il apparut ensuite à Simon, mais sans qu’on sache où ni à quel moment ; 4o il apparut ensuite aux disciples allant à Emmaüs ; 5o il apparut aux disciples réunis ; 6o le jour de l’octave de sa résurrection, le Christ apparut aux disciples réunis, en présence de Thomas, qui avait dit qu’il ne croirait que quand il verrait ; 7o il apparut à ses disciples occupés à pêcher le poisson ; 8o il leur apparut sur le mont Thabor ; 9o il leur apparut pendant qu’ils étaient couchés dans le cénacle, et les blâma de leur crédulité et de la dureté de leur cœur ; 10o enfin il leur apparut sur le mont des Oliviers au moment de son ascension.

Et il y a encore trois autres apparitions qui nous sont rapportées comme s’étant produites le jour de sa résurrection, mais, de celles-là, les textes saints ne font point mention : 1o il apparut à Jacques, fils d’Alphée, ainsi qu’on le trouvera exposé dans l’histoire de ce saint ; 2o d’après l’Evangile de Nicodème, il apparut à Joseph d’Arimathie. Nous lisons, en effet, dans cet évangile que les Juifs, en apprenant que Joseph avait réclamé le corps de Jésus et l’avait placé dans son monument, s’emparèrent de lui et l’enfermèrent dans une chambre soigneusement scellée, avec l’intention de le mettre à mort après le sabbat ; et voilà que Jésus, la nuit même de sa résurrection, fit soulever par quatre anges la maison où était enfermé Joseph, s’approcha de celui-ci, lui donna un baiser, et, l’emmenant avec, lui, le reconduisit dans sa maison d’Arimathie ; 3o enfin on croit généralement que le Christ est apparu, en premier lieu, à la Vierge Marie. Les évangélistes, en vérité, n’en disent rien ; mais si l’on devait interpréter leur silence comme une négation, on devrait en conclure que, pas une seule fois, le Christ ressuscité ne serait apparu à sa mère.

On sait que, dans l’intervalle de sa passion et de sa résurrection, le Christ est descendu dans les limbes, pour y faire sortir les saints Pères qui y attendaient sa venue. L’Evangile ne nous donne aucun détail sur cette descente aux limbes ; mais nous en trouvons un récit, d’ailleurs très sujet à caution, dans l’évangile de Nicodème. D’après ce livre, deux fils du vieux Siméon, Carin et Leucius, ressuscitèrent avec le Christ, et se montrèrent à Anne, à Caïphe, à Nicodème, à Joseph d’Arimathie et à Gamaliel. Et comme on leur demandait ce que le Christ avait fait, aux enfers, ils répondirent : « Pendant que nous étions plongés dans les ténèbres, en compagnie de nos pères les patriarches, soudain une lumière d’or et de pourpre nous a environnés. » Aussitôt Adam, le père du genre humain, s’est écrié joyeusement : « Cette lumière est celle de l’auteur de toute lumière, qui nous a promis de nous envoyer sa lumière éternelle ! » Puis Isaïe s’est écrié : « Ceci est le Fils de Dieu, lumière du Père, de même que je l’ai prédit de mon vivant, quand j’ai dit que le peuple, qui marchait dans les ténèbres, verrait une grande lumière. » Puis est survenu notre père Siméon qui a dit : « Glorifiez le Seigneur, que j’ai tenu enfant dans mes mains, et de qui j’ai dit, sous la dictée de l’Esprit-Saint : maintenant mes yeux ont vu cela. » Puis est survenu un ermite qui nous a dit : « Je suis Jean, qui ai baptisé le Christ, et lui ai préparé les voies, et qui l’ai désigné du doigt en disant : voici l’Agneau de Dieu ! Je suis descendu ici aujourd’hui pour vous annoncer que le Christ va bientôt venir près de vous. » Puis Seth dit : « Comme je me rendais aux portes du paradis, pour prier Dieu de me transmettre, par son ange, un peu d’huile de l’arbre de miséricorde, afin que j’en oignisse le corps de mon père Adam, l’ange Michel m’apparut et me dit que je ne pourrais pas avoir de cette huile avant que se fussent écoulés cinq mille cinq cents ans. » Ce qu’entendant, tous les patriarches et prophètes furent remplis de joie ; mais Satan, prince de la mort, dit à l’enfer : « Prépare-toi à recevoir Jésus, qui se glorifie d’être le Fils de Dieu, et qui cependant craint la mort, car il a dit que son âme était triste jusqu’à la mort, etc. Il a rendu l’ouïe à bien des hommes que j’avais faits sourds, et remis sur leurs pieds bien des hommes que j’avais faits boiteux. » A quoi l’enfer répondit : « Si tu es puissant, quel homme est donc ce Jésus, qui, tout en craignant la mort, résiste à ta puissance ? » Et Satan : « Je l’ai tenté, j’ai excité le peuple contre lui, j’ai aiguisé la lance qui l’a transpercé, je lui ai mêlé du fiel et du vinaigre, j’ai préparé le bois de sa croix. D’un instant à l’autre, il va mourir, et je te l’amènerai. » L’enfer lui répondit : « Au nom de ton pouvoir et du mien, je te conjure de ne pas me l’amener ici, car j’ai eu déjà à reconnaître la toute-puissance de sa parole, et je n’ai pas pu l’empêcher, tout récemment encore, de m’enlever Lazare. » Au même instant, une voix haute comme le tonnerre s’est fait entendre, qui disait : « Enfer, relève tes portes, car voici que va entrer le roi de gloire ! » A ces mots, les démons accoururent et fermèrent les portes d’airain avec des barres de fer. Et David s’écria : « N’ai-je point prédit que le Seigneur briserait les portes d’airain ? » De nouveau, la voix retentit et dit : « Enfer, relève tes portes ! » Puis le Roi de gloire entra ; et tendant sa main, il prit la main d’Adam et lui dit : « Paix à toi et à tous les justes d’entre tes fils ! » Puis il sortit des enfers, et tous les saints le suivirent. Jésus remit ensuite Adam à l’archange Michel, qui le fit entrer au paradis. Et comme nous y entrions tous, nous vîmes venir à nous deux vieillards, dont l’un nous dit : « Je suis Enoch, et mon compagnon est Elie, qui s’est élevé jusqu’ici dans un char de feu. Tous deux, nous n’avons pas encore goûté de la mort, car nous sommes destinés à attendre la venue de l’Antéchrist, à combattre avec lui, à être tués par lui, et, le troisième jour, à être élevés dans les nuages. » Pendant qu’Enoch parlait, survint un homme qui portait une croix sur ses épaules ; et il leur dit : « J’étais un larron, et, étant crucifié près de Jésus, j’ai cru en lui, et l’ai prié de se souvenir de moi dans le royaume de son Père. Alors il m’a répondu que, aujourd’hui même, je serais avec lui dans le paradis. Et il m’a dit que si l’on refusait de me laisser entrer, le signe de cette croix suffirait à me faire ouvrir les portes. En effet, on vient de m’admettre ici, et de m’indiquer ma place sur le côté droit du paradis. » Et lorsque Carin et Leucius eurent dit cela, soudain ils se transfigurèrent, et on ne les revit plus.

LIV
SAINT SECOND, MARTYR
(30 mars)

1. Second était un vaillant soldat, en même temps qu’un admirable chevalier du Christ, pour qui il souffrit glorieusement le martyre dans la ville d’Asti ; et, aujourd’hui encore, cette ville s’honore de son souvenir et le vénère comme un saint patron. Il fut d’abord instruit dans la foi du Christ par le bienheureux Calocérus, que le préfet Sapritius avait fait enfermer dans la prison d’Asti. Or comme, un jour, ce Sapritius se préparait à sortir d’Asti pour se rendre à Tortone et pour y présider à l’exécution d’un autre prisonnier chrétien, le bienheureux Marcien, Second lui demanda de pouvoir l’accompagner, soi-disant pour se distraire, mais en réalité pour voir Marcien. Et voici qu’au sortir des murs d’Asti une colombe descendit sur le casque de Second ; et Sapritius dit à son compagnon : « Vois-tu, Second, comme nos dieux t’aiment ? Ils te font rendre hommage par les oiseaux du ciel ! » Plus tard, quand ils arrivèrent au fleuve Tanaro, Second vit un ange qui marchait sur l’eau et qui lui disait : « Second, aie la foi, et tu marcheras de même sur les adorateurs des idoles ! » Et Sapritius : « Mon frère Second, j’entends les dieux qui t’adressent la parole ! » Et quand ils arrivèrent à un autre fleuve, nommé la Bormida, de nouveau un ange leur apparut, marchant sur les eaux ; et il dit à Second : « Crois-tu en Jésus, ou bien doutes-tu ? » Et Second répondit : « Je crois à la vérité de sa passion ! » Et Sapritius dit : « Qu’entends-je là ? ». En arrivant à Tortone, ils virent sur la porte de la prison le bienheureux Marcien, qui, mis en liberté par un ange, dit à Second : « Second, entre dans la voie de vérité, et marches-y, et tu recevras la palme de la foi ! » Et Sapritius lui dit : « Qui est cet homme, qui nous parle ainsi comme en songe ? » Et Second répondit : « Ce qui te fait l’effet d’un songe est pour moi un avertissement et une consolation ! »

II. Second se rendit ensuite à Milan ; et, devant les portes de la ville, il rencontra Faustin et Jonitas, qui eux aussi étaient prisonniers pour leur foi, mais qu’un ange avait fait sortir de la prison et conduits jusque-là. Et ces deux saints hommes le baptisèrent avec l’eau d’un nuage qui se changea en pluie. Alors voici soudain qu’une colombe descendit du ciel, apportant une hostie consacrée, qu’elle donna à Faustin et à Jonitas, qui, à leur tour, la remirent à Second, en le chargeant d’aller la porter au bienheureux Marcien. Second rebroussa chemin ; et, la nuit, comme il était parvenu au bord du Pô, un ange vint au-devant de lui, prit son cheval par la bride, et lui fit traverser les eaux du fleuve comme sur un pont ; puis, à Tortone, il fit entrer Second dans la cellule où Marcien était revenu s’enfermer. Ainsi Second put remettre à Marcien la sainte hostie ; et Marcien, la prenant, dit : « Que le corps et le sang du Seigneur soient avec moi dans la vie éternelle ! » Puis, sur l’ordre de l’ange, Second sortit de la prison et se rendit à son hôtellerie. Et, le lendemain, lorsque Marcien eut subi le martyre, Second enleva son corps et l’ensevelit.

III. Ce qu’apprenant, Sapritius le fit venir et lui dit : « A ce que je vois, tu fais profession d’être chrétien ? — Oui. — Aspires-tu donc à mourir dans les supplices ? — C’est toi, plutôt, qui mériterais de mourir ainsi ! » Puis, comme il se refusait à sacrifier aux idoles, le préfet le fit dépouiller de ses vêtements, mais aussitôt un ange s’approcha de lui et le couvrit d’un manteau. Sapritius le fit alors suspendre sur un chevalet, et ordonna qu’il fût torturé jusqu’à ce que se rompissent toutes les articulations de ses bras ; mais, de nouveau, le Seigneur lui rendit aussitôt la santé. Le préfet, exaspéré, le fit enfermer dans la prison. Mais là un ange lui apparut qui lui dit « Lève-toi, Second, et suis-moi ! Je te conduirai vers ton Créateur. » Puis l’ange le conduisit jusqu’à la ville d’Asti et le fit entrer dans la prison ou se trouvait Calocérus ; et le Sauveur y était aussi. L’apercevant, Second se jeta à ses pieds. Mais le Sauveur : « Ne crains rien, Second, car je suis ton Maître, et je t’arracherai à tous les maux ! » Après quoi, les ayant bénis, il remonta au ciel.

IV. Or le lendemain matin, à Tortone, les gardes envoyés par Sapritius trouvèrent la prison fermée comme la veille, mais n’y trouvèrent plus Second. Sapritius revint alors à Asti. Afin de châtier au moins Calocérus, il se fit amener celui-ci ; mais voilà qu’on lui annonce que Second est dans la prison avec Calocérus ! Le préfet les fit donc venir tous deux, et leur dit : « Ce sont nos dieux qui, sachant que vous les dédaigniez, veulent que vous périssiez ensemble ! » Et, sur leur nouveau refus de sacrifier aux idoles, il leur fit répandre sur la tête et dans la bouche un mélange de poix et de résine bouillante. Mais eux, ils buvaient ce mélange comme une eau délicieuse, et disaient d’une voix claire : « Seigneur, que tes dons sont doux à ma gorge ! » Enfin Sapritius ordonna que tous deux fussent décapités, Second à Asti, et Calocérus dans la ville d’Albenga. Et, aussitôt que saint Second eut été décapité, des anges enlevèrent son corps, et l’ensevelirent avec beaucoup de chants et de louanges. Ce martyre eut lieu le troisième jour des calendes d’avril.

LV
SAINT MAMERTIN, ABBÉ
(30 mars)

Mamertin fut d’abord païen. Pendant qu’il adorait une idole, il perdit un œil, et une de ses mains se dessécha. Il crut avoir offensé ses dieux, et voulut courir au temple pour obtenir son pardon. Mais il rencontra en route un saint homme nommé Savin, qui lui demanda d’où lui était venue son infirmité. Il répondit : « J’ai offensé mes dieux et maintenant je vais les prier de me rendre ce que, dans leur colère, ils m’ont enlevé. » Et Savin : « Tu te trompes, mon frère, en prenant les démons pour des dieux. Va plutôt trouver Germain, évêque d’Auxerre et, si tu suis ses conseils, tu seras guéri ! » Mamertin partit aussitôt ; mais la pluie le força à s’arrêter, en route, dans un lieu où étaient ensevelis saint Amator et plusieurs autres saints évêques. Dans une cellule placée sur une tombe de saint Concordien, il trouva un abri pour la nuit. Et il vit en rêve un homme qui, venant jusqu’à la porte de la cellule, appelait saint Concordien pour assister à une fête, où il disait que se trouvaient déjà saint Amator, saint Pèlerin et d’autres évêques. Et une voix répondit de la tombe : « Je ne puis venir cette nuit, étant forcé de veiller sur mon hôte, pour l’empêcher d’être dévoré par les serpents qui habitent ici. » Mais bientôt l’inconnu revint et dit : « Saint Concordien, lève-toi, viens, et emmène avec toi ton sous-diacre Vivien et son acolyte Junien ! Alexandre se chargera de veiller sur ton hôte. » Et Mamertin vit ensuite que saint Concordien, le prenant par la main, l’emmenait avec lui ; mais, lorsqu’ils furent arrivés près des autres évêques, saint Amator dit : « Qui est cet étranger que tu nous amènes ? » Et saint Concordien : « C’est mon hôte ! » Et saint Amator : « Chasse-le d’ici, car il est impur et ne saurait rester avec nous ! » Sur quoi Mamertin, toujours en rêve, se prosterna devant saint Amator, qui lui ordonna de se rendre au plus vite auprès de saint Germain. Aussi, dès qu’il fut éveillé, courut-il vers ce saint ; et dès que celui-ci eut entendu l’histoire de son rêve, il retourna avec lui au tombeau de saint Concordien. Là, sous la pierre du tombeau, ils virent un grand nombre de serpents dont la longueur dépassait dix pieds. Et saint Germain leur ordonna de sortir de là, pour aller se cacher dans un lieu où ils ne pourraient faire de mal à personne. C’est ainsi que Mamertin fut baptisé. Il recouvra aussitôt la santé, et entra dans le monastère de saint Germain, dont il devint abbé, après la mort de saint Ollodius.