Cependant, le préfet Almaque, qui avait décapité sainte Cécile, continuait à sévir cruellement contre les chrétiens. Il fit rechercher soigneusement saint Urbain, le découvrit — sur la dénonciation d’un certain Carpasius — dans une grotte où il était caché avec trois prêtres et trois diacres, et les fit jeter en prison. Il le manda ensuite en sa présence, lui reprocha d’avoir corrompu cinq mille personnes, parmi lesquelles la sacrilège Cécile et deux hommes illustres, Tiburce et Valérien. Après quoi il le somma d’avoir à lui restituer le trésor de Cécile. Mais Urbain : « A ce que je vois, ta cruauté à l’égard des saints s’inspire davantage de ta cupidité que de ta dévotion à tes dieux. Sache donc que le trésor de sainte Cécile est monté au ciel par les mains des pauvres ! » Le préfet fit alors battre Urbain et ses compagnons avec des verges plombées. Et comme le pontife invoquait le Seigneur sous son nom d’Elyon, il s’écria en souriant : « Ce vieillard veut paraître savant, et voilà pourquoi il emploie des mots que nous ignorons ! » Mais comme les martyrs restaient fermes dans leur foi, ils furent reconduits dans la prison, où Urbain baptisa le geôlier Anolinus et trois tribuns que le préfet lui avait envoyés. Ce qu’apprenant, celui-ci fit trancher la tête à Anolinus, puis ordonna à Urbain et à ses compagnons de répandre de l’encens devant une idole ; mais, sur la prière d’Urbain, l’idole s’abattit de son piédestal et tua les vingt-deux prêtres qui lui rendaient hommage. De nouveau roués de coups, les chrétiens furent de nouveau sommés de sacrifier devant une idole ; mais ils crachèrent sur l’idole, firent le signe de la croix, et, s’étant donné réciproquement le baiser de paix, se laissèrent mettre à mort, sous le règne de l’empereur Alexandre.
Aussitôt l’homme qui les avait dénoncés, Carpasius, fut saisi du démon, et, avant de mourir étouffé, se mit à blasphémer ses dieux et à faire malgré lui l’éloge des chrétiens ; sur quoi sa femme, Arménie, sa fille Lucine, et toute sa famille reçurent le baptême des mains du saint prêtre Fortunat, et ensevelirent pieusement les corps des martyrs.
LXXVI
SAINTE PÉTRONILLE, VIERGE
(31 mai)
Pétronille, dont la vie nous a été racontée par saint Marcel, était la fille de l’apôtre saint Pierre ; et celui-ci, la voyant trop belle, obtint de Dieu qu’elle souffrît de la fièvre. Or un jour, comme ses disciples étaient auprès de lui, Tite lui dit : « Toi qui guéris tous les malades, pourquoi ne fais-tu pas que Pétronille se lève de son lit ? » Et Pierre lui répondit : « Parce que cela me convient ainsi ! » Ce qui ne signifie nullement, d’ailleurs, qu’il n’ait pas eu le moyen de la guérir ; car, aussitôt, il lui dit : « Lève-toi, Pétronille, et viens vite nous servir ! » La jeune fille, guérie, se leva et vint les servir. Mais, quand elle eut fini, son père lui dit : « Pétronille, retourne dans ton lit ! » Elle y retourna, et fut tout de suite reprise de sa fièvre. Et plus tard, lorsqu’elle commença à être parfaite dans l’amour de Dieu, son père lui rendit la parfaite santé.
Alors un seigneur, nommé Flaccus, frappé de sa beauté, vint la demander en mariage. Et elle répondit : « Si tu veux m’épouser, envoie-moi des jeunes filles qui me conduisent jusque dans ta maison ! » Mais quand elles furent arrivées, Pétronille se mit à jeûner et à prier, communia, se coucha dans son lit, et, après trois jours, rendit son âme à Dieu.
Alors Flaccus, se voyant déçu, s’adressa à une compagne de Pétronille appelée Félicula, la sommant de se marier avec lui ou de se sacrifier aux idoles. La jeune fille s’étant refusée à faire aucune de ces deux choses, Flaccus la jeta en prison, où elle resta sept jours sans manger ni boire ; puis il ordonna qu’elle fût torturée sur un chevalet et que son corps fût jeté à la voirie. Saint Nicodème en retira ses restes et les ensevelit : ce qui lui valut à son tour d’être emprisonné, frappé de lanières plombées, et jeté dans le Tibre, d’où le clerc Juste retira ses restes pour les ensevelir honorablement.
LXXVII
SAINT PIERRE L’EXORCISTE, MARTYR
(2 juin)
Pierre l’exorciste avait été mis en prison par un préfet qui persécutait les chrétiens. Or la fille du geôlier de la prison, nommé Archémius, était possédée d’un démon qui la faisait beaucoup souffrir. Et un jour que son père s’en plaignait devant son prisonnier, celui-ci lui dit que, s’il voulait croire au Christ, sa fille recouvrerait aussitôt la santé. Archémius lui répondit : « Je me demande comment ton maître pourrait guérir ma fille, tandis qu’il n’a pas même le pouvoir de te délivrer, toi qui souffres tant pour lui ! » Et Pierre : « Mon Dieu a bien le pouvoir de me délivrer, mais il veut que, par des souffrances passagères, nous parvenions à une gloire éternelle. » Et Archémius : « Hé bien, je vais te mettre une double chaîne : et si ton Dieu te délivre, et s’il guérit ma fille, je croirai au Christ ! » Or, cette même nuit, Pierre, délivré de sa double chaîne, tout vêtu de blanc, et tenant en main une croix, apparut devant Archémius, qui se prosterna à ses pieds. Puis, trouvant sa fille guérie, le geôlier reçut le baptême avec toute sa maison ; et plusieurs des prisonniers, s’étant convertis, furent baptisés par le prêtre Marcellin. Ce qu’apprenant, le préfet se fit amener tous ces prisonniers. Et Archémius, tout en les convoquant et en leur baisant les mains, leur dit que ceux qui redouteraient d’aller au martyre pouvaient s’enfuir impunément.
Cependant le préfet, apprenant que Marcellin et Pierre avaient baptisé leurs compagnons, les fit mettre tous deux dans des cachots séparés. Marcellin, dépouillé de ses vêtements, dut s’étendre sur du verre brisé, avec privation de manger et de boire ; Pierre fut enfermé au haut d’une tour, dans une cellule sans air et sans lumière, où il fut également condamné à mourir de faim. Mais un ange vint les délivrer l’un et l’autre et les reconduisit auprès d’Archémius, leur enjoignant de se présenter devant le préfet sept jours plus tard, après avoir, pendant ces sept jours, réconforté leurs frères prisonniers. Or le préfet, ne les trouvant plus dans leurs cachots, manda Archémius, et, sur son refus de sacrifier aux idoles, ordonna qu’il fût enterré vif avec sa femme. Et les deux saints, à cette nouvelle, sortirent de leur cachette, rejoignirent Archémius dans son cachot, où saint Marcellin célébra la messe, et dirent ensuite aux incrédules : « Voyez, nous aurions pu délivrer Archémius et rester cachés ; mais nous n’avons voulu faire ni l’un ni l’autre ! » Alors les païens, irrités, tuèrent Archémius à coups d’épée et lapidèrent sa femme et sa fille. Quant à Marcellin et à Pierre, ils eurent la tête tranchée, à l’entrée d’une forêt qui aujourd’hui encore porte le nom de « blanche », en commémoration de leur martyre. Un certain Dorothée vit leurs deux âmes, toutes couvertes de soie éclatante et de pierreries, être emportées au ciel par des anges : sur quoi lui-même devint chrétien, et plus tard mourut dans le Seigneur. Le martyre des saints Pierre et Marcellin eut lieu sous le règne de l’empereur Dioclétien.