C’est le pape Léon qui présida le concile de Chalcédoine, où l’on décida que les vierges seules pourraient prendre le voile, et où fut également décrété que, désormais, la Vierge Marie serait appelée « Mère de Dieu ».
Et comme Attila ravageait l’Italie, saint Léon, après avoir prié pendant trois jours et trois nuits dans l’église des apôtres, dit aux siens : « Qui veut me suivre, me suive ! » Et Attila, dès qu’il l’aperçut, descendit de son cheval, se prosterna à ses pieds, et lui dit de demander tout ce qu’il voudrait. Le pape lui demanda, et obtint aussitôt, qu’il quitterait l’Italie et rendrait la liberté à tous ses captifs. Et comme les compagnons d’Attila lui reprochaient que lui, le vainqueur du monde, se fût laissé vaincre par un prêtre, le barbare répondit : « J’ai agi dans mon intérêt et dans le vôtre, car j’ai vu, à la droite de cet homme, un guerrier gigantesque qui m’a dit, l’épée en main : « Si tu n’obéis à ce prêtre, tu périras avec tous les tiens ! »
Le pape Léon, ayant écrit une lettre à Fabien, évêque de Constantinople, contre Eutychès et Nestorius, la déposa sur le tombeau de saint Pierre, et, priant le saint, lui dit : « Tout ce que, en ma qualité d’homme, j’ai écrit d’erroné dans cette, lettre, toi, gardien de l’Eglise, corrige-le et rectifie-le ! » Et, quarante jours après, saint Pierre lui apparut et lui dit : « J’ai lu et corrigé ! » Et, lorsque Léon reprit sa lettre, il la trouva corrigée et rectifiée par la main de l’apôtre.
Une autre fois, Léon passa quarante jours à jeûner et à prier sur le tombeau de saint Pierre, afin d’obtenir le pardon de ses péchés. Et saint Pierre, lui apparaissant, lui dit : « J’ai prié pour toi le Seigneur, et il t’a remis tous tes péchés. Mais tu devras seulement te renseigner au sujet de l’imposition des mains, » c’est-à-dire veiller à ce que cette imposition se fasse de la manière convenable. Saint Léon mourut vers l’an du Seigneur 460.
LXXXIX
SAINT PIERRE, APÔTRE
(29 juin)
I. L’apôtre Pierre surpassait en ferveur les autres apôtres : car il voulut connaître le nom de celui qui livrerait Jésus, et, comme dit saint Augustin, il n’eût pas manqué de déchirer avec ses dents le traître, s’il avait connu son nom : et, à cause de cela, Jésus ne voulut point le lui nommer, parce que, comme dit Chrysostome, s’il l’avait nommé, Pierre se serait aussitôt levé et l’aurait égorgé. C’est lui aussi qui, sur les flots, marcha vers Jésus, et qui fut choisi par Jésus pour assister à la transfiguration, comme aussi à la résurrection de la fille de Jaïre ; c’est lui qui trouva la pièce de monnaie dans la bouche du poisson ; c’est lui qui reçut du Seigneur les clefs du royaume des cieux, qui fut chargé de paître les agneaux du Christ, qui, le jour de la Pentecôte, convertit trois mille hommes par sa prédication, qui annonça la mort à Ananias et à Saphir, qui guérit le paralytique Enée, qui baptisa Corneille, qui ressuscita Tabite, qui, par l’ombre seule de son corps, rendit la santé aux malades, qui fut emprisonné par Hérode et délivré par un ange. Quant à ce que furent sa nourriture et son vêtement, lui-même nous l’apprend, dans le livre de Clément : « Je ne me nourris, dit-il, que de pain avec des olives, et, plus rarement, avec quelques légumes ; pour vêtement j’ai toujours la tunique et le manteau que tu vois sur moi ; et, ayant tout cela, je ne demande rien d’autre. » On dit aussi qu’il portait toujours dans son sein un suaire dont il se servait pour essuyer ses larmes, parce que, toutes les fois qu’il se rappelait la douce voix de son divin maître, il ne pouvait s’empêcher de pleurer de tendresse. Il pleurait aussi au souvenir de son reniement ; et, de là, lui était venue une telle habitude de pleurer que Clément nous rapporte que son visage semblait tout brûlé de larmes. Clément nous dit encore que, la nuit, en entendant le chant du coq, il se mettait en prières, et que de nouveau les larmes coulaient de ses yeux. Et nous savons aussi, par le témoignage de Clément, que, le jour où la femme de Pierre fut conduite au martyre, son mari, l’appelant par son nom, lui cria joyeusement : « Ma femme, souviens-toi du Seigneur ! »
Un jour, Pierre envoya en prédication deux de ses disciples : l’un d’eux mourut en chemin, l’autre revint faire part à son maître de ce qui était arrivé. Ce dernier était, suivant les uns, saint Martial, suivant d’autres, saint Materne, et suivant d’autres encore, saint Front ; le disciple qui était mort était le prêtre Georges. Alors Pierre remit au survivant son bâton, lui disant d’aller le poser sur le cadavre de son compagnon. Et, dès qu’il l’eut fait, le mort, qui gisait déjà depuis quarante jours, aussitôt revint à la vie.
II. En ce temps-là vivait à Jérusalem un magicien nommé Simon qui se prétendait la Vérité Première, promettait de rendre immortels ceux qui croiraient en lui, et disait que rien ne lui était impossible. Il disait encore, ainsi que nous le rapporte le livre de Clément : « Je serai adoré publiquement comme un dieu, je recevrai les honneurs divins, et je pourrai faire tout ce que je voudrai. Un jour que ma mère Rachel m’avait envoyé aux champs pour moissonner, j’ordonnai à une faux de moissonner d’elle-même, et elle se mit à l’œuvre, et fit dix fois plus d’ouvrage que les autres. » Il disait aussi, d’après Jérôme : « Je suis le Verbe de Dieu, je suis l’Esprit-Saint, je suis Dieu tout entier ! » Il faisait mouvoir des serpents d’airain, il faisait rire des statues de pierre et de bronze, il faisait chanter les chiens. Or cet homme voulut discuter avec Pierre, et lui montrer qu’il était Dieu. Au jour convenu, Pierre se rencontra avec lui, et dit aux assistants : « Que la paix soit avec vous, mes frères, qui aimez la vérité ! » Alors Simon : « Nous n’avons pas besoin de ta paix : car si nous nous tenons en paix, nous ne pourrons pas travailler à découvrir la vérité. Les voleurs aussi ont la paix entre eux. N’invoque donc pas la paix, mais la lutte ; et la paix ne se produira que lorsque l’un de nous deux aura vaincu l’autre. » Et Pierre : « Pourquoi crains-tu le mot de paix ? La guerre ne naît que du péché ; et où il n’y a pas péché, il y a paix. C’est dans les discussions que se trouvent la vérité, c’est par les œuvres que se réalise la justice. » Et Simon : « Tout cela ne signifie rien. Mais moi je te montrerai la puissance de ma divinité, et tu seras forcé de m’adorer : car je suis la Vertu Première, je puis voler dans les airs, créer de nouveaux arbres, changer les pierres en pain, rester dans la flamme sans souffrir aucun mal ; tout ce que je veux faire, je peux le faire. » Mais Pierre discutait une à une toutes ses paroles, et découvrait la fraude de tous ses maléfices. Et Simon, voyant qu’il ne pouvait résister à Pierre, jeta à l’eau tous ses livres de magie, afin de n’être pas dénoncé comme magicien, et s’en alla à Rome, pour s’y faire adorer comme un dieu. Et Pierre, dès qu’il le sut, le suivit à Rome.
III. Il y arriva dans la quatrième année du règne de Claude, y passa vingt-cinq ans, et y ordonna, en qualité de coadjuteurs, deux évêques, Lin et Clef, l’un pour le dehors, l’autre pour la ville même. Infatigable à prêcher, il convertissait à la foi de nombreux païens, guérissait de nombreux malades ; et, comme il faisait toujours l’éloge de la chasteté, les quatre concubines du préfet Agrippa, converties par lui, refusèrent de retourner près de leur amant : en telle sorte que celui-ci, furieux, cherchait une occasion de perdre l’apôtre. Or le Seigneur apparut à Pierre et lui dit : « Simon et Néron ont de mauvais desseins contre toi ; mais ne crains rien, car je suis avec toi, et je te donnerai comme consolation la société de mon serviteur Paul, qui, dès demain, arrivera à Rome. » Sur quoi Pierre, comme le raconte Lin, devinant que la fin de son pontificat approchait, se rendit à l’assemblée des fidèles, prit par la main Clément, l’ordonna évêque, et le fit asseoir dans sa chaire. Le lendemain, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé, Paul arriva à Rome, et, en compagnie de Pierre, commença à y prêcher le Christ.
Cependant le magicien Simon était si aimé de Néron qu’on savait qu’il tenait entre ses mains les destinées de la ville entière. Un jour, comme il se trouvait en présence de Néron, il avait su changer son visage de telle sorte que tantôt il paraissait un vieillard, et tantôt un adolescent : ce que voyant, Néron avait cru qu’il était vraiment le fils de Dieu. Un autre jour, le magicien dit à l’empereur : « Pour te convaincre que je suis le fils de Dieu, fais-moi trancher la tête ; et, le troisième jour, je ressusciterai ! » Néron ordonna à son bourreau de lui trancher la tête. Mais Simon, par un artifice magique, fit en sorte que le bourreau, croyant le décapiter, décapita un bélier ; après quoi, il cacha les membres du bélier, laissa sur le pavé les traces du sang, et se cacha lui-même pendant trois jours. Le troisième jour il comparut devant Néron, et lui dit : « Fais effacer les traces de mon sang sur le pavé, car voici que je suis ressuscité, comme je te l’ai promis ! » Et Néron ne douta plus de sa divinité. Un autre jour encore, pendant que Simon était auprès de Néron dans une chambre, un diable qui avait revêtu sa figure parla au peuple sur le Forum. Enfin il sut inspirer aux Romains un tel respect qu’ils lui élevèrent une statue, sous laquelle fut placée l’inscription : « Au saint dieu Simon. »