V. Au temps du pape saint Corneille, des Grecs pieux volèrent les corps des apôtres, qu’ils voulaient emporter dans leur pays ; mais les démons habitant les idoles furent contraints, par la force divine, de crier : « Au secours, Romains, car on emporte vos dieux ! » Sur quoi toute la ville se mit à la poursuite des voleurs : car les fidèles comprenaient qu’il était question des apôtres, et les païens croyaient qu’il était question de leurs idoles, si bien que les Grecs, épouvantés, jetèrent les corps des apôtres dans un puits voisin des catacombes, d’où les fidèles parvinrent plus tard à les retirer. Et comme on hésitait pour savoir lesquels des os appartenaient à saint Pierre et lesquels à saint Paul, on pria et jeûna et une voix du ciel répondit : « Les os les plus grands sont ceux du prédicateur, les plus petits ceux du pêcheur. » Et les os des deux saints se séparèrent spontanément et ceux de chacun des deux saints furent rapportés dans l’église qui leur était consacrée. Cependant d’autres auteurs prétendent que le pape Sylvestre fit peser dans une balance les os les plus grands et les plus petits, en proportion égale, et donner à chaque église la moitié exacte des deux corps.

VI. Saint Grégoire raconte, dans son Dialogue, que, près de l’église où repose le corps de saint Pierre, vivait un saint homme nommé Agontius. Or, une jeune fille paralytique passait toutes ses journées dans cette église : elle rampait sur les mains, car ses reins et ses pieds étaient paralysés. Et comme depuis longtemps elle implorait saint Pierre de lui rendre la santé, le saint lui apparut et lui dit : « Va trouver Agontius, qui demeure près d’ici ; il te guérira ! » Aussitôt la jeune fille se mit à se traîner à travers les bâtiments de l’église, dans l’espoir de découvrir où était cet Agontius. Mais voici que ce dernier vint au-devant d’elle ; et elle lui dit : « Notre pasteur et père nourricier saint Pierre m’envoie vers toi pour que tu me guérisses de mon infirmité ! » Et Agontius : « Si vraiment c’est lui qui t’envoie, lève-toi et marche ! » Après quoi il lui tendit la main pour l’aider à se lever, et aussitôt elle fut guérie, sans garder la moindre trace de sa paralysie.

Grégoire rapporte aussi, dans le même livre, l’histoire d’une jeune romaine nommée Galla, fille du consul et patricien Symmaque, qui devint veuve après un an de mariage. Mais tandis que son âge et sa fortune l’engageaient à se remarier, elle préféra s’unir, en noces spirituelles, à Dieu. Et comme son corps était dévoré d’un feu intérieur, les médecins dirent que, si elle se refusait toujours aux caresses des hommes, la chaleur qui était en elle lui ferait pousser une barbe sur le visage. Et c’est, en effet, ce qui lui arriva. Mais elle n’eut aucune crainte de cette difformité extérieure, comprenant bien que rien de tel ne pouvait l’empêcher d’être aimée de son mari céleste, si seulement elle restait pure au dedans. Abandonnant la vie séculière, elle entra dans un couvent qui dépendait de l’église de saint Pierre ; et là, longtemps, elle servit Dieu par la prière et par les aumônes. Elle fut enfin atteinte d’un cancer au sein. Et comme, auprès de son lit, étaient toujours allumés deux flambeaux, — parce que, aimant la lumière, elle ne pouvait supporter ni les ténèbres spirituelles ni les corporelles, — elle vit l’apôtre Pierre debout devant elle entre les deux flambeaux. Alors, pleine d’amour et de joie, elle s’écria : « Qu’est-ce, mon maître ? Mes péchés me sont-ils remis ? » Et lui, inclinant la tête avec un sourire bienveillant, répondit : « Oui ! viens ! » Et elle : « Je demande que ma mère chérie l’abbesse vienne avec moi ! » Galla rapporta la chose à l’abbesse ; et, trois jours après, toutes deux moururent ensemble.

Saint Grégoire nous dit encore qu’un prêtre d’une grande sainteté, étant sur le point de mourir, s’écria : « Bienvenus êtes-vous, mes maîtres, qui daignez vous approcher d’un misérable esclave tel que moi ! » Et comme les assistants lui demandaient à qui il parlait ainsi : « Ne voyez-vous donc pas que les saints apôtres Pierre et Paul sont là près de moi ? » Et, pendant qu’il recommençait à remercier les deux apôtres, son âme fut délivrée des liens du corps.

VII. Certains auteurs ont mis en doute que Pierre et Paul aient été martyrisés le même jour, et ont prétendu qu’ils étaient morts à un an d’intervalle. Mais saint Jérôme et tous les saints qui traitent de cette question s’accordent à dire que le martyre des deux saints eut lieu le même jour et la même année. C’est, d’ailleurs, ce qui apparaît clairement de l’épître de Denis. La vérité est seulement que les deux saints n’ont pas été suppliciés au même endroit ; et quand le pape Léon dit qu’ils l’ont été au même endroit, il entend simplement par là que tous deux ont été suppliciés à Rome.

Mais bien qu’ils soient morts le même jour et à la même heure, saint Grégoire a ordonné que leur fête soit célébrée séparément, et que la commémoration de saint Paul ait lieu le lendemain de celle de saint Pierre. Celui-ci mérite, en effet, d’être honoré le premier, étant à la fois supérieur en dignité et antérieur en conversion : sans compter que son titre de souverain pontife achève de lui donner tous les droits à cette primauté.

XC
SAINT PAUL, APÔTRE
(30 juin)

L’apôtre Paul, après sa conversion, eut à souffrir de nombreuses persécutions, dont saint Hilaire résume l’histoire en ces termes : « A Philippes il fut frappé de verges, mis en prison, et attaché par les pieds à une barre de bois ; à Lystre, il fut lapidé ; à Icone et à Thessalonique, injustement accusé ; à Ephèse, livré aux bêtes ; à Damas, jeté du haut d’un mur ; à Jérusalem, arrêté, frappé, lié, attaqué ; à Césarée, mis en prison ; dans son voyage d’Italie, exposé à une tempête ; enfin à Rome, sous Néron, jugé et mis à mort. »

Nous devons ajouter qu’à Lystre il guérit un paralytique, ressuscita un jeune homme tombé d’une fenêtre, et fit encore beaucoup d’autres miracles. A Mitylène, une vipère le mordit à la main sans lui faire aucun mal ; et l’on dit que toute la descendance de l’homme dont il était l’hôte est à l’abri du venin des serpents ; au point que, quand un enfant naît dans cette race, on met des serpents dans son berceau, pour reconnaître s’il est bien le fils de son père. Et Haymon raconte que Paul travaillait de ses mains depuis le chant du coq jusqu’à la cinquième heure, puis se livrait à la prédication jusqu’à la nuit, et estimait que les quelques heures qui lui restaient suffisaient fort bien pour sa nourriture, son sommeil, et ses prières.

Lorsqu’il vint à Rome, Néron, qui n’était pas encore confirmé dans l’empire, apprit que les Juifs lui cherchaient querelle au sujet de leur loi et de la foi chrétienne ; mais il n’y prit point garde et laissa Paul aller librement où il voulait. Saint Jérôme, de son côté, raconte que, la vingt-cinquième année après la passion du Seigneur, et la seconde année du règne du Néron, Paul vint à Rome comme prisonnier, mais y resta deux ans libre, puis, relâché par l’empereur, alla prêcher l’évangile en Occident, et fut enfin décapité le même jour où saint Pierre fut crucifié, dans la quatorzième année du règne de Néron.