Nazaire, sans se laisser émouvoir par les avertissements paternels, continuait à prêcher le Christ. Enfin ses parents, qui craignaient pour lui les persécutions, obtinrent de lui qu’il quittât Rome. Ils lui donnèrent sept mulets chargés de trésors ; et lui, parcourant les villes d’Italie, il distribuait tout aux pauvres. La dixième année de son départ de Rome, il vint à Plaisance, puis à Milan, où il apprit que les saints Gervais et Protais se trouvaient emprisonnés. Il s’empressa d’aller les voir, dans leur prison, pour les encourager dans la foi. Ce qu’apprenant, le préfet de la ville le fit venir devant lui. Et comme il persistait à confesser le Christ, il fut chassé de Milan après avoir été roué de coups. De nouveau il errait de ville en ville, lorsque sa mère, qui était morte, lui apparut et lui enjoignit de se rendre en Gaule. Pendant qu’il se trouvait dans une ville des Gaules nommée Genève, où il avait fait de nombreuses conversions, une dame noble lui amena son fils, un beau jeune homme appelé Celse, en le priant de le baptiser et de le prendre avec lui. Le préfet des Gaules, dès qu’il le sut, fit saisir Nazaire et Celse, leur fit lier les mains, et les fit enfermer en prison avec une chaîne au cou, se promettant de les torturer le jour suivant. Mais sa femme lui déclara que c’était chose injuste de vouloir venger des dieux tout-puissants en mettant à mort des hommes qui n’avaient fait aucun mal. Et le préfet, touché de ses paroles, remit en liberté les deux saints, mais en leur interdisant de prêcher dans sa province.
Nazaire se rendit alors à Trèves, où, le premier, il prêcha le Christ, et lui éleva une église. Ce qu’apprenant, le gouverneur Cornélius le dénonça à l’empereur Néron, qui envoya cent hommes pour s’emparer de lui. Ces hommes, l’ayant trouvé dans l’église qu’il avait construite, lui lièrent les mains en disant : « Le grand Néron t’appelle. » Et Nazaire leur dit : « Votre maître a des serviteurs dignes de lui ! Vous auriez pu simplement venir me dire : Néron t’appelle ; et je serais venu. » Mais les soldats ne s’obstinèrent pas moins à le tenir enchaîné ; et comme le jeune Celse pleurait, ils le battaient pour le forcer à les suivre. Ainsi ils arrivèrent en présence de Néron, qui les fit jeter en prison, en attendant qu’il eût imaginé des supplices pour les faire périr.
Or, comme Néron avait, un jour, envoyé des chasseurs à la poursuite de bêtes féroces, celles-ci pénétrèrent en grand nombre dans les jardins impériaux, où elles blessèrent et tuèrent une foule de gens. Néron lui-même fut blessé au pied, et eut grand’peine à regagner son palais. Et la blessure continua longtemps à le faire souffrir : si bien que, se souvenant de Nazaire et de Celse, il pensa que les dieux étaient irrités contre lui pour son retard à faire mourir ces infidèles. Il ordonna donc qu’on amenât devant lui Nazaire et le jeune Celse, en ne leur épargnant pas les coups durant le trajet. Quand Nazaire comparut devant lui, il vit que sa figure brillait comme le soleil : et, se croyant le jouet d’un artifice de magie, il enjoignit au saint de laisser là ses sortilèges et de sacrifier aux dieux. Nazaire fut donc conduit dans un temple. Il demanda à y être laissé seul ; puis il pria, et toutes les idoles se brisèrent. Ce qu’apprenant, Néron le fit précipiter dans la mer, ordonnant que, si par hasard il s’en échappait, on le brûlât vif, et que ses cendres fussent jetées à l’eau.
Nazaire et le petit Celse furent mis dans un bateau, et, parvenus en pleine mer, ils furent jetés dans les flots. Mais aussitôt une tempête terrible s’éleva autour du bateau, tandis que les deux saints nageaient doucement sur les flots tout unis. Alors les bourreaux, se voyant en danger, se repentirent du mal qu’ils avaient fait aux saints. Et voici que Nazaire, marchant sur l’eau avec le petit Celse, leur apparut, le visage souriant, les rejoignit sur le bateau, apaisa la tempête par sa prière, et parvint ainsi avec eux à un endroit voisin de la ville de Gênes. Il prêcha longtemps dans cette ville, puis se rendit à Milan, où il avait naguère laissé Gervais et Protais. Ce qu’apprenant, le préfet Anolin fit garder Celse dans la maison d’une dame de la ville, et enjoignit à Nazaire de quitter Milan. Le saint se rendit à Rome, où il trouva son père devenu chrétien. Le vieillard lui raconta que l’apôtre Pierre lui était apparu, et l’avait averti d’avoir à suivre auprès du Christ sa femme et son fils. Mais bientôt Nazaire fut pris de nouveau et reconduit à Milan, où, en compagnie du petit Celse, il eut la tête tranchée, au-delà de la Porte Romaine, dans un endroit nommé les Trois-Murs.
Des chrétiens recueillirent leurs corps et les ensevelirent dans leur jardin. Mais, la même nuit, les deux saints apparurent à un pieux homme nommé Cérasius, à qui ils dirent de prendre leurs corps dans sa maison, et de les ensevelir très profondément, pour les dérober aux recherches de Néron. Et Cérasius : « Seigneurs, ne voudriez-vous pas, auparavant, guérir ma fille qui est paralysée ? » Aussitôt la jeune fille se trouva guérie ; et Cérasius enterra les deux saints comme ils l’avaient demandé. Longtemps après, le Seigneur révéla à saint Ambroise l’endroit où étaient leurs corps ; le corps de Nazaire était encore arrosé de son sang, absolument intact avec ses cheveux et sa barbe ; et un parfum merveilleux s’en dégageait. Saint Ambroise laissa le corps de saint Celse à l’endroit où il reposait, et fit transporter celui de saint Nazaire dans l’église des Saints Apôtres. Le martyre des deux saints eut lieu sous Néron, vers l’an du Seigneur 52.
CII
SAINT FÉLIX, PAPE ET MARTYR
(29 juillet)
Félix fut élu pape en remplacement de Libère, et du consentement de celui-ci, qui, n’ayant pas voulu approuver l’hérésie arienne, avait été envoyé en exil par Constance, fils de Constantin. Félix, ainsi promu à la papauté, convoqua un concile de quarante-huit évêques, qui condamna comme hérétiques l’empereur Constance et deux prêtres, ses conseillers. Sur quoi, Constance, furieux, destitua Félix de l’évêché de Rome, et rappela Libère qui, amolli par l’exil, se résigna à tolérer l’hérésie. La persécution prit alors une telle étendue que, avec l’assentiment tacite de Libère, une foule de prêtres et de clercs furent tués presque dans l’église. Félix, qui s’était retiré dans sa maison, y fut pris et eut la tête tranchée. Il souffrit le martyre en l’an du Seigneur 360.
CIII
SAINTS SIMPLICE ET FAUSTIN, MARTYRS
(29 juillet)
Simplice et Faustin, qui étaient frères, souffrirent pour la foi à Rome, sous l’empereur Dioclétien. Après de nombreux supplices, ils eurent la tête tranchée, et leurs corps furent jetés dans le Tibre. Mais leur sœur, nommée Béatrice, retira de l’eau leurs corps et les ensevelit chrétiennement. Sur quoi, le préfet Lucrèce la fit saisir et lui ordonna de sacrifier aux idoles. Et, comme elle refusait, il la fit étrangler, la nuit, par ses serviteurs. Une vierge nommée Lucine déroba le corps de Béatrice, et l’ensevelit à côté des corps de ses frères.
Quelques jours après, le préfet, qui avait pris possession de la maison des martyrs, y prépara un grand festin où il invita ses amis. Or un enfant nouveau-né, que sa mère avait amené là, se mit tout à coup à parler et dit : « Ecoute, Lucrèce, tu as envahi et occis, et maintenant tu es tombé au pouvoir de l’ennemi ! » Et aussitôt Lucrèce, tout tremblant, fut pris par le démon, qui pendant trois heures le tortura si fort qu’il mourut avant d’avoir pu se lever de table. Ce que voyant, tous les assistants se convertirent à la foi chrétienne ; et ils racontaient à tous comment Dieu avait vengé le martyre de ses trois saints. Ce martyre eut lieu vers l’an du Seigneur 287.