CVIII
LES SAINTS MACHABÉES
(1er août)
Les Machabées étaient sept frères qui, avec leur vénérable mère et le prêtre Eléazar, refusèrent de manger de la viande de porc, afin d’observer la loi : ce qui leur valut d’endurer des supplices inouïs, ainsi qu’on le trouvera décrit tout au long dans le second livre des Machabées. Notons, à ce propos, que l’Eglise d’Orient célèbre des fêtes de saints de l’un et de l’autre Testament, tandis que l’Eglise d’Occident ne fête point les saints de l’Ancien Testament, et cela parce que ces saints descendirent d’abord aux enfers. Elle ne fête que les saints Innocents, dans la personne de chacun desquels c’est le Christ lui-même qui fut tué, et les Machabées. Quant à ceux-ci, elle les fête pour quatre motifs, bien qu’ils soient, eux aussi, descendus aux enfers. C’est, d’abord, à cause de la prérogative du martyre, les Machabées ayant enduré des supplices plus cruels que ceux des autres saints de l’Ancien Testament. En second lieu, à cause de leur caractère symbolique, et du mystère qu’ils représentent. Le chiffre 7 est, en effet, le symbole de l’universalité. Et, en conséquence, les sept Machabées représentent, d’une façon symbolique, tous les saints de l’ancien Testament. En troisième lieu, l’Eglise fête les Machabées à cause de l’exemple de constance et de patience qu’ils ont donné. Enfin, l’Eglise les fête à cause du motif de leur supplice : car c’est pour défendre la loi de Moïse qu’ils ont été martyrisés, de même que les chrétiens doivent être prêts à l’être pour la défense de la loi évangélique. Ces trois dernières raisons de la fête des Machabées se trouvent énoncées dans la Somme de maître Jean Beleth.
CIX
SAINT PIERRE AUX LIENS
(1er août)
La fête de Saint-Pierre aux Liens a été instituée pour quatre motifs : 1o en souvenir de la délivrance de saint Pierre ; 2o en souvenir de la délivrance de saint Alexandre ; 3o pour la destruction du rite des gentils ; 4o afin d’obtenir notre délivrance des liens de nos péchés.
1o L’Histoire scholastique raconte qu’Hérode Agrippa, étant venu à Rome, se lia d’amitié avec Caïus, neveu de l’empereur Tibère. Or, un jour qu’Hérode était dans un char avec Caïus, il leva les mains au ciel et dit : « Puissé-je voir mourir ton vieil oncle, et te voir devenir le maître du monde ! » Sa parole fut entendue par le cocher du char, qui, aussitôt, la rapporta à Tibère. Et celui-ci, indigné, jeta Hérode en prison. Là, comme le prisonnier s’appuyait un jour contre un arbre sur les branches duquel se tenait un hibou, un de ses compagnons, homme habile en divination, lui dit : « Sois sans crainte, car tu seras vite délivré, et tu t’élèveras si haut, que tes amis en seront jaloux. Mais quand tu verras un oiseau pareil à celui-ci au-dessus de ta tête, cela signifiera que tu n’auras plus que cinq jours à vivre. » Quelque temps après, Tibère mourut. Caïus, devenu empereur, délivra Hérode, et le renvoya en Judée avec le titre de roi. Et Hérode, sitôt rentré à Jérusalem, se mit en quête d’un chrétien qu’il pût tourmenter. La veille du jour des Azymes, il tua de son épée Jacques, le frère de Jean. Puis, voyant que cela était agréable aux Juifs, le jour même des Azymes il fit arrêter Pierre et le fit jeter en prison, avec l’intention de le livrer au peuple après la fête des Pâques. Mais un ange, pénétrant, de nuit, dans la prison du saint, le délivra de ses liens et lui ordonna d’aller reprendre librement sa prédication. Le roi, impatient de se venger, ordonna que les gardiens de la prison, coupables d’avoir laissé échapper Pierre, eussent à subir les peines les plus cruelles. Mais Dieu ne voulut point que la délivrance de Pierre fût pour personne une cause de mal. En effet Hérode, s’étant rendu à Césarée, y fut frappé de la main d’un ange, et mourut.
Voici, à ce sujet, ce que raconte Josèphe, au livre XIX de ses Antiquités : « Hérode, étant venu à Césarée, où l’attendait une grande foule, se vêtit d’une robe brillante, toute tissée d’or et d’argent, et se mit en route pour se rendre au théâtre. Et dès que les rayons du soleil touchèrent la robe, leurs reflets doublèrent l’éclat des deux métaux, si bien que la foule, effrayée, crut voir là l’indice d’une nature plus qu’humaine. Hérode se vit donc entouré de gens qui lui criaient : « Jusqu’ici nous t’avons tenu pour un homme ; mais dès maintenant nous te proclamons un dieu ! » Et, pendant qu’Hérode acceptait avec plaisir ces hommages, il vit soudain, au-dessus de sa tête, un hibou ; sur quoi, comprenant que sa mort approchait, il dit au peuple : « Moi, votre dieu, voici que je vais mourir ! » Aussitôt des vers envahirent son corps et se mirent à le ronger. Il mourut cinq jours après. »
C’est donc en souvenir de la miraculeuse délivrance du prince des apôtres que l’Eglise célèbre la fête de saint Pierre aux Liens. Aussi lit-on, dans l’épître de cette fête, la mention de ce miracle.
2o Le second motif de la fête est la commémoration de la délivrance du pape saint Alexandre, le sixième pape qui gouverna l’Eglise après saint Pierre. Ce pontife était tenu prisonnier par le tribun Quirin, ainsi que le préfet de Rome Hermès, qu’il avait converti à la foi. Et Quirin dit à Hermès : « Je m’étonne qu’un homme raisonnable comme toi renonce aux honneurs de la préfecture pour rêver de je ne sais quelle autre vie ! » Et Hermès : « Moi aussi, autrefois, je raillais tout cela, et croyais que notre vie terrestre était l’unique vie. » Et Quirin : « Prouve-moi qu’il y a une autre vie, et aussitôt tu m’auras pour disciple ! » Et Hermès : « Le saint Alexandre, que tu tiens enchaîné, te le prouvera mieux que je ne saurais le faire. » Et Quirin, furieux : « Je te demande de me prouver cela, et tu me renvoies à Alexandre, que je tiens enchaîné à cause de ses crimes ! Je te séparerai de cet Alexandre, et je vous mettrai tous les deux sous double garde ; et, si je le trouve avec toi, ou toi avec lui, je veux bien me convertir et vous écouter ! » Or, pendant qu’Alexandre était en prière, un ange vint vers lui et le conduisit dans la prison d’Hermès, de telle sorte que Quirin, à sa grande surprise, les trouva ensemble. Hermès lui raconta alors comment Alexandre avait ressuscité son fils. Et Quirin dit à Alexandre : « Ma fille Balbine souffre de la goutte. Si tu peux obtenir sa guérison, je te promets de me convertir à ta foi. » Et Alexandre : « Va vite la chercher et amène-la-moi dans ma cellule ! » Et Quirin : « Puisque tu es ici, comment pourrai-je te trouver dans ta cellule ? » Et Alexandre : « Va vite, car celui qui m’a conduit ici va tout de suite me reconduire là-bas ! » Et la fille de Quirin, dès qu’elle entra dans la cellule d’Alexandre, y trouva celui-ci et se prosterna à ses pieds, voulant baiser ses chaînes. Mais Alexandre lui dit : « Ma fille, ce ne sont point mes chaînes que tu dois baiser, mais celles qui ont servi pour saint Pierre. Fais-les rechercher, baise-les pieusement, et tu recouvreras la santé ! » Aussitôt Quirin fit rechercher les chaînes qui avaient servi pour saint Pierre ; et, les ayant retrouvées, il les donna à sa fille. Et celle-ci, dès qu’elle les eut baisées, recouvra la santé. Alors Quirin, plein de repentir, remit en liberté Alexandre et se fit baptiser avec toute sa maison. Saint Alexandre institua une fête en souvenir de ce jour ; et il fit élever, en l’honneur de saint Pierre, une église où il déposa les chaînes du saint, et qui fut nommée Saint-Pierre aux Liens. Au jour de cette fête, une foule innombrable se réunit dans l’église susdite, pour baiser les chaînes de l’apôtre Pierre.
3o Le troisième motif de l’institution de la fête nous est raconté par Bède de la façon suivante. L’empereur Octave et Antoine s’étaient partagés l’empire de telle façon qu’Octave avait eu l’Occident et Antoine l’Orient. Mais Antoine, homme débauché et lubrique, répudia la sœur d’Octave, qu’il avait épousée, et prit pour femme Cléopâtre, reine d’Egypte. Octave, indigné, marcha avec son armée contre Antoine, et le vainquit. Antoine et Cléopâtre durent s’enfuir ; et, désespérés, ils se donnèrent la mort. Alors Octave détruisit le royaume d’Egypte, et fit de l’Egypte une province romaine. Puis il entra à Alexandrie, et la dépouilla de ses richesses au profit de Rome, qu’avaient dévastée les guerres civiles. Aussi put-il dire de Rome : « Je l’ai trouvée de briques, je la laisse de marbre. » Il augmenta à tel point la chose publique romaine que, le premier, il fut appelé « auguste » ; et ce titre se transmit à tous ses successeurs sur le trône impérial. Et c’est en souvenir de lui que le mois qui d’abord s’appelait sextile (étant en effet le sixième depuis Mars) a porté désormais le nom d’Auguste ou d’août. Et jusqu’au règne de Théodose, c’est-à-dire jusque vers l’an 426, les Romains fêtèrent tous les ans, l’anniversaire de la victoire d’Octave, qui avait eu lieu le 1er août.
Or, la fille de Théodose, Eudoxie, femme de Valentinien, s’étant rendue à Jérusalem par suite d’un vœu, acheta chez un Juif, pour une somme énorme, les deux chaînes qui avaient servi, sous le règne d’Hérode, à enchaîner saint Pierre. De retour à Rome le 1er août, elle fut désolée de voir que les Romains continuaient à fêter le souvenir d’un empereur païen. Mais comme, d’autre part, elle savait que c’était là une coutume trop ancienne pour pouvoir être aisément supprimée, elle eut l’idée de maintenir la fête, mais en la consacrant au souvenir de saint Pierre. Elle s’entendit donc avec le saint pape Pelage, qui, par d’éloquentes exhortations, décida le peuple à remplacer le souvenir de l’empereur païen par celui du prince des apôtres. Et Eudoxie, pour consacrer cette heureuse décision, donna au peuple les chaînes qu’elle avait rapportées de Jérusalem. On mit ces chaînes auprès de celles qui avaient enchaîné saint Pierre à Rome, sous Néron. Et les deux paires de chaînes se soudèrent aussitôt ensemble, pour ne plus constituer qu’une seule chaîne.