Abaissant la vitre, il lança au dehors les pétales écrasés. Puis il se tourna vers M. d'Essil.
— Voilà ce qui s'appelle aimer les fleurs! Quant à moi, ces produits de serre, ces créations compliquées me laissent insensible. Après avoir quelque temps réjoui mes yeux de leur beauté, je les détruis sans pitié. La vraie fleur, pour moi, celle que je n'ai jamais touchée que pour en admirer la simplicité harmonieuse, c'est l'humble fleur des champs et des bois.
M. d'Essil écarquilla des yeux stupéfaits, ce qui eut pour effet d'exciter de nouveau la gaieté un peu railleuse de M. de Ghiliac.
— Juste ciel! mon pauvre cousin, je crois que je vous révèle ce soir des horizons insoupçonnés! Elie de Ghiliac devenu lyrique et sentimental! Vous n'en revenez pas… et moi non plus, du reste. Voyons, soyons sérieux. Nous parlions, non pas d'une fleur, mais de Mlle de Noclare — ce qui est tout un peut-être?
— Une fleur des champs, Elie.
La bouche railleuse eut un demi-sourire.
— En ce cas, soyez tranquille, nous la traiterons comme telle. Mais me serait-il possible de voir sa photographie?
— Ma femme en a une, datant malheureusement de trois ans. Je vous l'enverrai demain.
— Avec l'adresse exacte, je vous prie. Du moment où je suis décidé à me remarier, je veux en finir le plus tôt possible avec cet ennui. Donc, si la physionomie me plaît à peu près, d'après la photographie, je pars pour le Jura afin de voir cette jeune personne. Mais il me faudrait un prétexte, pour me présenter à M. de Noclare de votre part.
— Je vous remettrai un mot pour lui en donnant comme motif à votre voyage le désir de consulter de vieilles chroniques qu'il possède et dont je vous ai parlé.