— Comment est cette jeune fille?

— Voilà trois ans que nous ne l'avons vue. C'était à cette époque une grande fillette de quinze ans, ni bien ni mal, les traits non formés, un peu gauche et mal faite encore, mais très distinguée cependant. Des cheveux superbes, de délicieuses petites dents et des yeux extrêmement beaux. Avec cela, très sérieuse, dévouée d'une manière admirable à tous les siens, très pieuse, très timide, ignorant tout du monde, mais intelligente et suffisamment instruite.

— Eh! mais, voilà mon affaire! J'avais comme l'intuition que je découvrirais quelque chose chez vous. La famille est de bonne noblesse?

— Vieille noblesse comtoise, pure de mésalliances.

M. de Ghiliac demeura un instant silencieux, les yeux songeurs, en pétrissant entre ses doigts la fleur méconnaissable.

— D'après ce que vous me dites, elle n'aurait que dix-huit ans, reprit-il. C'est un peu jeune.

— Elle serait plus malléable.

— C'est vrai. Et si elle est sérieuse, après tout!… Habituée à vivre à la campagne, dans une quasi pauvreté, Arnelles devra lui paraître un Eden.

— Evidemment. Et je ne me la figure pas du tout romanesque. Il est vrai qu'avec les jeunes filles, on ne sait jamais… Mon cher Elie, puis-je vous demander d'avoir égard à une de mes petites faiblesses en cessant de massacrer cette pauvre fleur?

— Pardon, mon cousin, j'avais oublié…