Il venait de rentrer dans le salon. Sur la tapis, quelques pétales de roses gisaient et aussi une fleur à peine entr'ouverte, que les doigts distraits de la jeune femme avaient fait glisser à terre tout à l'heure. M. de Ghiliac se pencha et la ramassa.

— Il serait dommage de la laisser se faner là! dit-il en la glissant à sa boutonnière.

Attirant à lui un fauteuil, il s'assit près de Valderez, qui venait de prendre son ouvrage.

— Cette nappe d'autel me paraît une merveille. Où avez-vous pris ce dessin?

— C'est moi qui l'ai imaginé, d'après une vieille gravure que j'ai trouvée dans la bibliothèque.

— Mais je ne vous connaissais pas encore ce talent! Vous êtes, décidément, une artiste en tout. Ce dessin est admirablement compris. A qui destinez-vous cet ouvrage?

— A ma pauvre vieille église de Saint-Savinien. J'espère l'avoir terminé pour la fête de l'Assomption.

— Vous me permettrez de vous recommander de ménager vos yeux. Ceci doit être très fatigant. Et, en dehors de ce travail, qu'avez-vous fait? Les derniers livres que je vous ai envoyés vous ont-ils paru intéressants?

La conversation, une fois sur ce terrain, éloignait d'eux tout embarras, et elle se continua longuement, Elie prenant un visible intérêt aux jugements très délicats portés par sa femme sur les oeuvres lues, Valderez écoutant avec un secret ravissement la critique si fine, si brillante et cependant si profonde qu'en faisait M. de Ghiliac.

XV