Vers la fin de juillet, il l'emmena à Paris pour commander des toilettes. Personne n'avait un goût plus sûr et une plus grande horreur de la banalité et du convenu. Personne, non plus, ne possédait à un degré plus subtil l'amour de l'élégance, de la beauté harmonieuse, du luxe sobre et magnifique. Valderez en fit cette fois l'expérience personnelle. Des merveilles furent commandées pour elle. Et d'abord, elle fut éblouie, un peu grisée même — car enfin, elle était femme, et elle aussi avait le goût très vif de l'élégance et de la beauté. Mais le bon sens chrétien, si profond chez elle, reprit vite le dessus, s'effara un peu des dépenses folles dont elle était l'objet.

Un jour, elle trouva dans son appartement un écrin renfermant un collier de perles d'une grosseur rare et d'un orient admirable. Un peu moins inexpérimentée maintenant, elle pouvait se rendre compte approximativement de la valeur énorme d'une telle parure. Le soir, en se retrouvant avec son mari dans le salon avant le dîner, elle lui dit, après l'avoir remercié:

— Vraiment, tant de choses sont-elles nécessaires, Elie? Cela m'effraye un peu, je l'avoue.

Il se mit à rire.

— Quelle singulière question de la part d'une jeune femme! Vous n'aimez donc pas les toilettes, les bijoux, toutes ces choses pour lesquelles tant de créatures perdent leur âme?

— Je les aime dans une certaine limite, et vous la dépassez, Elie. Ce collier est une folie.

— Ce n'est pas mon avis. Du moment où je puis vous l'offrir sans faire de tort à personne, sans que notre budget risque pour cela de se déséquilibrer, je ne vois pas trop où se trouve la folie?

Il souriait, l'air amusé, mais sans ironie.

— Si, car il me sera pénible de penser que je porte sur moi des parures dont le prix soulagerait tant de malheureux, répondit-elle gravement.

— Mais il faut songer, Valderez, que notre luxe, nos dépenses font vivre une certaine catégorie de travailleurs.