— Je l'admets. Mais si ce luxe est exagéré, il excite l'envie et la haine. De plus il amollit l'âme et le corps. Je crois qu'une certaine modération s'impose.
— Le juste milieu, toujours! Ce terrible juste milieu si difficile à atteindre! Vous y êtes, vous, Valderez. Mais moi, hélas!
Il riait, très gai, en offrant son bras à la jeune femme pour la conduire à la salle à manger dont le maître d'hôtel venait d'ouvrir la porte. Ce mondain égoïste avait-il compris le sentiment exprimé par elle? Valderez en doutait. En tout cas, il souhaitait calmer les scrupules de sa femme, car le lendemain, comme elle entrait dans la salon où il l'attendait pour l'emmener en automobile à Fontainebleau, il lui remit un portefeuille à son chiffre en disant:
— Je tiens à me faire pardonner ce que vous appelez mes folies. Dépensez vite pour vos pauvres les petits billets qui se trouvent là dedans, et demandez-m'en d'autres le plus tôt possible.
Comme elle ouvrait la bouche pour lui exprimer sa reconnaissance, il dit vivement:
— Non, pas de remerciements! Je vois dans vos yeux que vous êtes contente, cela me suffit.
Des actes de ce genre, accomplis avec une bonne grâce si simple et si chevaleresque, étaient bien faits pour toucher Valderez. Pourquoi fallait-il que ce doute fût toujours là? Il empoisonnait sa vie, il maintenait la barrière entre Elie et elle.
A cette époque, le Tout-Paris avait commencé à fuir vers d'autres cieux. M. de Ghiliac, libéré de devoirs mondains, en profitait pour faire connaître à sa femme le Paris artistique. Il se montrait le plus aimable et le plus érudit des ciceroni, et Valderez oubliait les heures en regardant des chefs-d'oeuvre, en écoutant la voix chaude et vibrante qui lui en faisait si bien détailler toutes les beautés. Le soir, il la conduisait au théâtre lorsqu'une pièce pouvait lui convenir, l'après-midi, ils faisaient des excursions en automobile, ou se rendaient au Bois. Ils rencontraient quelques personnalités parisiennes, qui s'empressaient de se faire présenter à la jeune marquise. Partout, Valderez était l'objet d'une admiration qui la gênait fort, mais amenait une lueur de contentement et de fierté dans le regard de M. de Ghiliac. La jeune femme le remarqua un jour, et se demanda avec anxiété si la nouvelle attitude d'Elie n'était pas due simplement à ce fait que, la beauté de sa femme flattant son orgueil, il se plaisait à s'en parer, à la faire valoir par l'élégance raffinée du cadre dont il l'entourait. Et pour apprivoiser la jeune provinciale récalcitrante, il se faisait aimable et sérieux, discrètement empressé…
Valderez se révoltait contre cette pensée qui venait trop souvent l'assaillir, depuis son séjour à Paris. Mais elle reparaissait toujours, quand elle croyait saisir dans les yeux d'Elie cette expression de joie orgueilleuse qui l'avait frappée, ou bien encore lorsqu'elle le voyait choisir avec soin quelqu'une des parures délicieuses destinées à rehausser la beauté de cette jeune femme auparavant délaissée par lui.
Quand les quinze jours fixés par M. de Ghiliac pour leur séjour à Paris furent écoulés, il demanda un soir à sa femme: