— Désirez-vous rester encore quelque temps ici, Valderez?
— Je n'y tiens pas, et je serais même heureuse d'aller revoir ma petite Guillemette, qui trouve le temps si long. Voulez-vous voir sa dernière lettre, Elie?
Il prit la feuille, couverte d'une écriture inhabile, la parcourut rapidement, et dit avec un sourire:
— Eh bien! retournons donc à Arnelles! Je ne demande pas mieux, pour ma part. Nous profiterons, pour travailler, du temps qui nous reste encore avant l'arrivée de nos invités.
XVI
Vers la fin d'août, les châtelains d'Arnelles virent apparaître l'avant-garde de leurs hôtes en la personne du duc et de la duchesse de Versanges, grand-oncle et grand'tante d'Elie. C'étaient d'aimables et charmantes vieilles gens, que le grand chagrin de leur vie — la mort d'un fils unique tué au cours d'une exploration en Afrique — n'avait pas rendu misanthropes, ni aigris contre les autres plus heureux. Elie, leur plus proche parent, l'héritier du vieux titre ducal, était de leur part l'objet d'une affection enthousiaste. Ce n'était pas à eux qu'il eût fallu parler d'absence de coeur chez lui, qu'ils prétendaient très bon et très délicat, toujours prêt à leur témoigner un dévouement discret. Ceux qui les entendaient ne protestaient généralement pas, par respect, mais songeaient: "Ce bon duc, cette excellente duchesse, dans leur admiration aveugle pour leur petit-neveu, lui prêtent leurs propres qualités, dont il est certainement si loin."
Absents de Paris les deux mois où Valderez y avait séjourné, ils ne connaissaient pas encore leur nouvelle nièce. Dès le premier abord, elle les conquit complètement. Et tandis que Mme de Versanges causait avec Valderez, son mari glissa à l'oreille d'Elie:
— On s'étonne, parmi tes connaissances, que tu t'enterres si longtemps à la campagne. Mais quand on connaîtra cette merveille, on te comprendra, mon cher ami!
M. de Ghiliac sourit en répliquant:
— Mon oncle, ne faites surtout pas de compliments à Valderez! Je vous préviens qu'elle les reçoit sans aucun plaisir.