— Et vous détestez voir une personne souffrante, ajoutez-le, Elie, dit
Mme de Brayles dont les lèvres pâlissantes se serraient nerveusement.
La bonne santé est, à vos yeux, indispensable.
Il riposta d'un ton sec et hautain:
— Pardon! ne vous méprenez pas! Je trouve insupportables les femmes sans cesse préoccupées de leurs malaises imaginaires, et en occupant constamment leur mari. Mais je sais comprendre une souffrance réelle, y compatir et faire en sorte de la soulager. Soyez sans crainte, je ne suis pas un monstre, comme vous semblez le croire charitablement, Roberte.
Il laissa échapper un petit rire railleur et se leva pour répondre à un appel de sa mère, qui lui demandait de jouer une récente composition musicale d'un jeune Roumain protégé par lui.
Valderez s'était rapprochée de la table à thé et informait à mi-voix Madeleine de Vérans de l'absence momentanée qu'elle allait faire. Comme elle se détournait pour quitter le jardin d'hiver, elle se trouva en face de Mme de Brayles.
— Allez vite vous soigner, chère madame, dit la voix chantante de la jeune veuve. Quoi qu'en dise M. de Ghiliac, il trouve insupportables les femmes souffrantes. La mère de Guillemette en a su quelque chose! Sujette à de trop fréquents malaises, elle voyait son mari prendre alors le train pour Vienne ou Pétersbourg, à moins qu'il ne s'en allât vers les Indes ou le Groenland. C'était une façon charmante d'aider à l'amélioration de cette pauvre petite santé, étant donné surtout qu'elle ne vivait plus hors de sa présence! Ah! les hommes! les hommes!
Les beaux sourcils dorés de Valderez se rapprochèrent, sa voix prit un accent très froid pour répliquer:
— Il est bien difficile, madame, de savoir quelle est, dans un ménage, la part de responsabilité de l'un et de l'autre. Mieux vaut ne pas juger — et ne pas en parler inconsidérément.
Elle inclina légèrement la tête et sortit du jardin d'hiver; laissant Mme de Brayles un peu abasourdie par la fière aisance de cette réponse, qui était une leçon donnée sans ambages, comme se le répétait rageusement Roberte.
Valderez monta à sa chambre, prit un cachet d'aspirine et redescendit aussitôt. Mais, au lieu de regagner les salons, elle s'arrêta dans le salon blanc. Cette pièce lui était entièrement réservée, c'est là qu'elle venait travailler lorsqu'elle trouvait un moment de loisir. Elle était constamment garnie des fleurs les plus belles provenant des serres et des jardins d'Arnelles, choisies chaque jour avec un soin minutieux par le jardinier-chef, sur les ordres de M. de Ghiliac.