— Plusieurs jours de repos, entendez-vous, mademoiselle la petite folle? Voilà une dure punition… Allons! bonsoir, ma petite fille, et fais de beaux rêves avec les anges.

Il se pencha sur le lit et l'enfant lui jeta ses bras autour du cou.

— Oh! papa! je rêverai à maman! Elle est si belle! Et les anges ne doivent pas être meilleurs qu'elle!

— Enfant, la vérité sort de ta bouche. Valderez, malgré votre éloignement pour les compliments, il vous faut accepter celui de notre petite Guillemette.

Un regard d'admiration profonde et tendre enveloppait Valderez. Elle rougit légèrement et se pencha pour prendre la sortie de bal déposée en entrant sur un fauteuil. M. de Ghiliac l'aida à s'en revêtir, et, lorsqu'elle eut embrassé Guillemette, ils s'éloignèrent tous deux.

Le trajet, d'ailleurs assez court, fut silencieux. Valderez avait une menace de migraine qui la rendait somnolente. Cependant, il n'y avait plus trace, à l'intérieur de cette voiture, du parfum qui l'avait naguère impressionnée si désagréablement. M. de Ghiliac l'avait banni de partout et remplacé par la fine senteur d'iris, discrète et saine, qu'aimait la jeune marquise.

Si Valderez avait jamais désiré des satisfactions d'amour-propre, elle eût atteint, ce soir, le comble du bonheur. De l'avis de tous, jamais elle n'avait été plus idéalement belle. Et personne n'ignorait — M. de Ghiliac avait tenu à le faire savoir — qu'elle avait été la collaboratrice de son mari dans l'exquis petit chef-d'oeuvre qui se jouait sur le théâtre de la Voglerie.

C'était un triomphal succès pour la jeune châtelaine d'Arnelles. Elle n'en paraissait point enivrée le moins du monde, et accueillait avec une grâce simple et réservée les compliments enthousiastes, l'encens subtil des admirations et des louanges que l'on brûlait devant elle comme devant son mari.

Mme de Ghiliac assistait la rage au coeur à ce triomphe de sa bru. Ce qu'elle avait tant redouté s'était produit: la jeune marquise rejetait dans l'ombre celle qui avait tenu si longtemps le sceptre de l'élégance et de la beauté. A quoi lui servaient la splendeur de sa toilette, les savants artifices destinés à entretenir son apparente jeunesse, les diamants qui la paraient? — les célèbres diamants de famille qu'elle n'avait eu jamais l'idée d'offrir à sa bru, et qu'Elie, par déférence, ne lui avait jamais demandés. Oui, à quoi lui servait tout cela, près de cette Valderez qui portait, elle aussi, des parures royales, qui possédait sa beauté sans rivale, son charme si pur devant lequel tous s'inclinaient, et, en outre, recevait maintenant comme un reflet de la célébrité littéraire de son mari.

Mais elle avait encore quelque chose de plus précieux, de plus rare que tous ses joyaux, — l'amour d'Elie.