L'affection jalouse de la mère frivole et idolâtre ne pouvait supporter cette pensée. La froideur déférente de son fils lui avait paru jusqu'ici inhérente au caractère d'Elie. Mais elle se doutait maintenant qu'il pouvait être tout autre, — et elle savait que Valderez serait heureuse.
A tout instant, des gens plus ou moins bien intentionnés venaient lui faire des compliments sur sa belle-fille. Bientôt, excédée, le coeur gonflé de rancune, elle se retira, sous prétexte de chaleur, dans un petit salon moins éclairé, destiné aux personnes désireuses de trouver un peu de repos.
Cette pièce était vide. Mais Mme de Ghiliac y était à peine depuis cinq minutes lorsqu'un bruissement de soie lui annonça que quelqu'un allait troubler sa solitude. Et une rougeur de colère lui monta au visage en voyant apparaître Valderez au bras du comte Serbeck.
— Ah! vous êtes ici, ma mère? Vous cherchez aussi une relative fraîcheur?… je vous remercie, Karl. Laissez-moi maintenant. Je vais me reposer un peu, car vraiment cette migraine augmente et me rend mal à l'aise.
— Si je prévenais Elie? Vous pourriez rentrer à Arnelles…
— Pourquoi le déranger? J'attendrai fort bien ici, dans le calme et la lumière atténuée.
— Oh! j'imagine qu'il ne tient guère à s'attarder! dit le comte avec un sourire d'amicale malice. Et je vais décidément le prévenir, car vous avez vraiment la mine fatiguée.
— Non, Karl, non!
Mais, sans l'écouter, le comte Serbeck sortit du salon.
Valderez s'approcha d'une fenêtre et l'entr'ouvrit pour offrir un instant son visage brûlant à l'air frais du dehors.